novembre 2015

« VOLANT-NOMBRIL »

Par Emmanuelle PONTIÉ
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Je sais, le sujet peut paraître anecdotique. Mais finalement, il concerne tout le monde. Spécialement dans les pays où les panneaux de signal isation routière sont restés au hangar et où les agents de la circulation préfèrent boire des bières au quartier plutôt que de réguler le flux des automobilistes aux heures de pointe. Eh oui, le temps que vous passez dans votre voiture à Libreville ou à Douala pour vous rendre d’un point A à un point B n’a plus aucun rapport avec la distance. Les feux, neuf fois sur dix en panne, génèrent un joyeux Far West où chacun roule pour sa pomme. Les grosses voitures défilent royalement, grillant la priorité aux petites bagnoles de pauvres. Les sens interdits inexistants entraînent des face-à-face surréalistes dans des rues minuscules, autant de situations qui en finissent aux mains la plupart du temps, entre deux automobi listes hystériques qui mettent un point d’honneur à ne pas céder. Et chacun sort de son véhicule pour tenter de raisonner X ou Y, de se substituer au gendarme, avec plus ou moins de bonheur. Les taxis jaunes, verts, rayés ou non, sont évidemment les plus gonflés, pilant en pleine voie pour attraper un client ou en faire descendre un autre, grillant toutes les priorités, inventant des troisièmes files sur le bas-côté des rues là où il n’y en a pas, et créant des embouteillages à tout va. Sous certains cieux, du genre Ouaga ou Bamako, il faut rajouter à ce vrai cirque routier l’omniprésence des deux-roues, véritables armées de cycles qui se ruent ou stoppent au croisement, en polluant dangereusement les angles morts des rétroviseurs des voitures. Finalement, l’absence du gendarme (qui laisse faire même quand il est à son poste, voire accepte un petit billet pour fermer les yeux sur tel ou tel manquement au code de conduite) serait un moindre mal si les conducteurs faisaient preuve d’un minimum de civisme. Mais là, walou !

C’est chacun pour soi et Dieu pour tous ! C’est la loi du « volant-nombril » selon l’expression imagée d’un chauffeur excédé à Brazzaville. Madame Truc a besoin d’acheter du pain, elle pile au milieu d’une rue devant le commerçant choisi, créant une file démentielle derrière elle, et insultant ceux qui râlent quand elle sort enfin de son shopping pour libérer la voie. Monsieur Muche, de même, lorsqu’il croise un vieux pote piéton avec qui il a envie de parler par la fenêtre et à n’en plus finir du dernier match de foot ou de la nouvelle « petite » qu’il courtise. Mais alors, penser à l’autre et le prendre en compte sur sa route, on s’en fiche comme de sa première igname ! C’est grave. Lorsque l’État est défaillant en matière de gestion de la cité au quotidien, si le citoyen l’est encore plus, on va où ? Ben pourtant, on y va… Et sans complexes aucun !

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