août 2017
Yash Tandon

« Les APE vont tuer l’industrie naissante »

Par Sabine CESSOU
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Pour le célèbre économiste ougandais, les États africains, divisés, n’ont pas les moyens de défendre leurs intérêts face à une Union européenne qui fait bloc. Fustigeant les accords de libre-échange, il appelle le continent à résister pour défendre son économie et sa place sur la scène internationale.

Issu d’une famille indienne installée en Ouganda, cet économiste de renom est connu pour ses prises de position hétérodoxes. Comme en témoigne le titre de son dernier essai : Trade Is War, The West’s War Against the World (OR Books, 2015), qui s’intitulerait Le commerce, c’est la guerre, La guerre de l’Occident contre le monde, s’il existait en version française. Professeur au sein de l’Institut Thabo Mbeki pour le leadership en Afrique (TMALI), un programme spécial qui forme des cadres africains à l’Université d’Afrique du Sud (Unisa) de Pretoria, ce grand ami du défunt historien burkinabè Joseph Ki-Zerbo a côtoyé toute une génération de nationalistes continentaux qui se sont battus pour l’indépendance – dont Thomas Sankara, qu’il cite souvent. Cet esprit libre aime aussi échanger avec des sommités telles que Noam Chomsky, Samir Amin et Vandana Shiva…

Ancien élève de la London School of Economics (LES), il porte depuis longtemps un regard critique sur l’économie, qui n’est pas une « science, mais une idéologie ». Fondateur en 1997 de l’Institut pour l’information et les négociations sur le commerce du Sud et de l’Est (Seatini), une ONG installée à Kampala qui forme au droit de la propriété intellectuelle comme aux arcanes du commerce international, il a été directeur du think tank genevois South Centre de 2005 à 2009. Son dernier cheval de bataille : les Accords de partenariat économique (APE) proposés par l’Union européenne (UE) à l’Afrique depuis 2007 etqui n’ont commencé à être ratifiés qu’en 2014 – non sans susciter de vives polémiques.

AMB : Pourquoi défendez-vous l’idée selon laquelle les accords de commerce correspondent à des déclarations de guerre ?

Yash Tandon : Le commerce n’a certes pas toujours été une guerre. L’Afrique, l’Inde et la Chine ont par exemple échangé pendant des siècles sans s’affronter ni se coloniser les unes les autres. Mais, il y a quatre siècles, l’esclavage a introduit un élément de violence en faisant de l’être humain une matière première. Or, cet aspect du capitalisme moderne n’est pas assez exploré. Karl Marx en a parlé, sans aller assez loin, ni étudier l’impact de la traite transatlantique sur l’essor du libéralisme contemporain. Le monde connaissait déjà l’esclavage comme système de production, mais la traite négrière, qui a fait des hommes des marchandises, a été la première manifestation de l’accumulation de capital de l’ère moderne.

Une accumulation qui se fait en assujettissant un grand nombre de personnes pour le bénéfice d’un petit groupe.

Les APE représentent-ils à vos yeux un nouvel acte violent ?

Le capitalisme dans son ensemble est un système de rapports de force dans lequel s’inscrivent ces accords, qui impliquent des négociations entre deux puissances : d’un côté, l’Europe, qui parle d’une seule voix, de l’autre l’Afrique avec ses États fragmentés.

 

(...) RETROUVEZ L'INTÉGRALITÉ DE CET ARTICLE, AINSI QUE LE REPORTAGE "APE, LES ACCORDS DE LA DISCORDE" DANS LE NUMÉRO 20 D'AMB, EN KIOSQUE !

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