novembre 2017
On en parle

« Nos richesses », « Cette chose étrange en moi »... Quatre livres à lire cet hiver

Par CATHERINE FAYE
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Avec son troisième roman en lice pour les GRANDS PRIX LITTÉRAIRES, l’auteure algérienne impose une oeuvre entre fiction et réalité. Voici les livres que nous vous recommandations en ce mois de novembre.

On la dirait sortie d’un film de fantasy, yeux gris-vert, regard perçant, grande bouche aux contours parfaitement dessinés, longues mèches rebelles. Cependant, cette héroïne du XXIe siècle brille par bien autre chose que des pouvoirs surnaturels. Et ses talents font entrer aujourd’hui la jeune romancière dans l’arène des plus prestigieux prix littéraires français. Lorsqu’elle parle, Kaouther Adimi, 31 ans – elle en paraît dix de moins –, pétille, s’emballe, affiche un goût contagieux pour les mots et la littérature. Dans son dernier roman, un hymne au mythique éditeur Edmond Charlot, elle met en lumière leur rôle et leur nécessité.

D’ailleurs, d’aussi loin qu’elle se souvienne, elle a toujours aimé se plonger dans la lecture. Elle grandit portée par les histoires, entre l’Algérie, son pays natal, et la France. Mais lors d’un retour avec sa famille en Algérie, en 1994, c’est la guerre civile, le terrorisme sévit. Menacés, parfois assassinés, la plupart des libraires ont mis la clé sous la porte et il y a très peu de livres. Qu’à cela ne tienne, Kaouther se met à écrire… pour pouvoir lire ensuite ses propres textes. Elle a 8 ans. Douée, passionnée, curieuse, la future romancière n’en est qu’à ses débuts. Diplômée en lettres modernes et en management international des ressources humaines, elle s’installe à Paris en 2009, travaille comme responsable des ressources humaines dans une entreprise de luxe et ne cesse d’écrire. Elle est très vite publiée en France.

Ses deux premiers romans L’Envers des autres (Actes Sud, 2011) et Des Pierres dans ma poche (Seuil, 2016) sont remarqués et paraissent également en Algérie chez Barzakh, la maison d’édition de Kamel Daoud. Ce troisième roman, Nos Richesses, la propulse sur la scène littéraire. Elle y fait revivre l’épopée du libraire, éditeur et bibliothécaire Edmond Charlot (1915-2004) et de sa minuscule boutique algéroise ouverte en 1936, baptisée Les Vraies Richesses en hommage à Giono. La romancière, qui refuse de figer son identité dans un seul pays, ancre ainsi son récit dans Alger, « une ville pour laquelle [elle a] une espèce de fascination parce que c’est le lieu où [elle retournera] toujours ». Comment en a-t-elle entendu parler ? Un peu par hasard, raconte-t-elle.

« C’est en me promenant que je suis tombée sur ce tout petit local qui existe toujours au 2 bis, rue Hamani. » Sur la porte vitrée, ces mots : « Un homme qui lit en vaut deux. » Et derrière la vitre, une photo en noir et blanc avec une seule indication : Edmond Charlot. Elle sait qu’il a été le premier éditeur de Camus. C’est tout. Intriguée, elle se plonge alors dans les archives, fouille, cherche, rencontre les gens qui l’ont connu, relit les textes des écrivains qu’il a publiés, Saint-Exupéry, Kateb Yacine, André Gide, Vercors, se fond dans la vie de ce passionné de littérature, dont la vocation est de promouvoir de jeunes écrivains de la Méditerranée. Et se lance dans une exofiction (biographie s’autorisant des inventions) où elle met en scène des personnages réels et d’autres fictifs. Un roman traversé par deux temporalités. Celle de Charlot, des années 30 aux années 60, et celle de Ryad, jeune étudiant de passage à Alger avec la charge de repeindre un local… où les livres céderont bientôt la place à des beignets. Kaouther Adimi fait ainsi entrer Les Vraies Richesses dans la légende et accède à la cour des grands.

 
Roman
FASCINANTE MÉGALOPOLE
À TRAVERS les apprentissages de Mevlut, marchand ambulant à Istanbul, Orhan Pamuk, prix Nobel de littérature, explore tous les contrastes de la Turquie contemporaine. Le cheminement de son héros, paysan venu d’Anatolie dans les années 60, raconte la métamorphose et l’émergence, ces cinquante dernières années, de la fascinante mégalopole. Nouvelles moeurs, coups d’État ALORS que la Première Guerre mondiale est sur le point d’éclater, plus de 140 000 Africains sont enrôlés par l’armée française. Pour rassurer l’opinion publique, des millions de cartes postales sont éditées durant la guerre. Qu’y voit-on ? Des combattants noirs farouches, loyaux à la mère patrie et sans danger pour les citoyens. C’est cette campagne de militaires, émeutes, montée de l’islamisme, c’est un livre profondément politique. Mais aussi une fresque captivante, rivée à une question : que signifie être né à tel endroit du monde et à tel moment de l’histoire ? 
 
 
 
En Images
TROUPES AFRICAINES, ENTRE STÉRÉOTYPES ET PRÉJUGÉS 
ALORS que la Première Guerre mondiale est sur le point d’éclater, plus de 140 000 Africains sont enrôlés par l’armée française. Pour rassurer l’opinion publique, des millions de cartes postales sont éditées durant la guerre. Qu’y voit-on ? Des combattants noirs farouches, loyaux à la mère patrie et sans danger pour les citoyens. C’est cette campagne de propagande historique que présente l’ouvrage (en anglais) à travers 150 images saisissantes, mettant enfin en lumière un aspect méconnu de la Grande Guerre.
 
 
 
3 questions à… 
ISABELLE BONI-CLAVERIE, « TROP NOIRE POUR ÊTRE FRANÇAISE »
AM : Après un documentaire réalisé en 2015, vous publiez un essai portant le même titre. Quelle a été votre motivation ?
I.B.-C. : Après la diffusion du documentaire sur Arte, j’ai reçu des témoignages, de jeunes, de femmes, me demandant comment dépasser la discrimination, le déterminisme. J’ai voulu donner une clé à travers mon parcours. Le lecteur me voit grandir face à ces questions d’identité auxquelles j’ai été confrontée.
 
Qu’est-ce que ce livre vous a permis d’exprimer ?
Depuis mon plus jeune âge, je me sens chargée de la mission de raconter l’histoire de mes grands-parents. Sans volonté ni travail, mon grand-père, Alphonse Boni, aurait dû être commis ou paysan. Mais il a été magistrat de la République française et ministre de la Justice de la Première République de Côte d’Ivoire. J’ai également pu y citer des passages d’un manuscrit de ma grand-mère. Elle y raconte les préjugés sur le mariage entre un Noir et une Blanche, en France comme en Afrique. 
 
Votre essai parle aussi beaucoup de l’Afrique et des Africains… 
La génération des Africains qui ont conduit leurs pays à l’indépendance dans les années 60 a fait de son mieux, mais elle n’a que très partiellement réussi la mission que l’histoire leur a assignée. Aujourd’hui cette indépendance, c’est à nous de l’achever car sinon, on en paie le prix, quel que soit l’endroit de la planète où l’on vit.
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