octobre 2018

À étudier

Par Emmanuelle Pontié
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Cent cinquante-trois millions d’étudiants dans le monde. Déjà 53 % de plus qu’en 2000. Youpi ! En ce qui concerne l’Afrique, c’est elle qui a vu ses inscriptions dans l’enseignement supérieur augmenter plus rapidement que partout ailleurs : environ 66 % en près de vingt ans. Bon, certes, elle avait du retard, mais quand même ! Autre particularité des étudiants africains, il s’agit des plus mobiles. Ils partent étudier dans un pays étranger, loin de chez eux, environ trois fois plus que la moyenne mondiale. Et avec des pics incroyables dans certains États. En 2016, un étudiant sénégalais sur sept ou un élève mauritanien sur quatre suivait un cursus en dehors de ses frontières. Bref, des jeunes avides de savoir et de s’en sortir affluent année après année sur le marché des facs et autres formations supérieures. C’est évidemment une chance pour les États africains et leurs économies de demain. Pourtant, pourtant…

En ce mois d’octobre, où les étudiants prennent le chemin de l’université ou de l’établissement X ou Y, un incroyable parcours du combattant commence. Des salles pléthoriques, des transports inexistants, des campus insuffisants, des promotions monnayées, des équipements hors d’âge, des bourses détournées… C’est le lot quotidien des élèves africains qui n’ont pas les moyens de s’expatrier. Autant dire le plus grand nombre. Certains n’arrivent même pas à faire leurs devoirs le soir chez eux, faute carrément d’électricité… Et il faut ajouter les grèves non-stop et la collection d’années blanches dans bon nombre de pays.

On sait que le continent n’a pas toujours pour culture de privilégier sa jeunesse. On sait aussi que le financement des universités est un vrai casse-tête. Mais quand même ! Il serait peut-être temps que les pouvoirs publics en fassent une priorité et trouvent des solutions. Avec l’aide du privé, de partenariats, de nouvelles technologies, que sais-je ? D’autres, ailleurs, ont bien réussi. Il est donc urgent d’agir. Car une courbe démographique ne s’inverse pas. Car le continent, globalement toujours « en voie de développement » ou hypothétiquement « émergent » (ce qui revient au même), n’a pas les moyens de se passer d’une jeunesse formée aux défis du moment et de demain. Et parce que, enfin, une population estudiantine méprisée et livrée à elle-même peut aussi créer d’autres soucis, bien plus compliqués à résoudre que de mettre aux normes le secteur de l’enseignement supérieur. Certains régimes, qui passent leur temps à redouter une déstabilisation qui viendrait de la rue, savent tout ça par coeur, non ? Bonne rentrée à tous quand même !

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