avril 2017

À BAS LES KILOS !

Par Emmanuelle PONTIÉ
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C'est un tic nerveux de tous les Africains ! Surtout chez les dames. Je veux parler de l’obsession des kilos. Pas des bourrelets sur les hanches. Mais plutôt de ces satanés « kilos » en plus que l’on veut absolument faire passer dans les avions. Observez une salle d’enregistrement à Roissy pour un vol à destination de Cotonou ou Libreville. Vous verrez des gens venir vous aborder, la bouche en cœur : « S’il vous plaît, vous n’avez qu’une valise ? Vous pouvez prendre celle-ci en plus. Ma fille viendra la récupérer à l’aéroport »… Si vous décidez de passer outre l’interdiction formelle de transporter le bagage d’un tiers, et surtout si vous êtes particulièrement bien lunée, vous direz oui. Et là, l’enfer commence. Arrivé à destination, bien sûr, personne ne vient chercher le colis en question. Vous devez vous le trimballer à l’hôtel. Et attendre encore, après 8 rendez-vous manqués, que l’on vienne le retirer. Insupportable.

Au retour, même combat, avec le sac de 32 kg que la copine vous a collé au dernier moment, rempli en général de plats cuisinés pour les enfants qui résident en France, et ficelés dans des marmites pas toujours étanches… Vous aurez l’immense plaisir, vers 6 h 30 du matin, épuisée par votre vol de nuit, de vous coltiner la valise-enclume jusqu’en haut des escaliers de votre immeuble. La suite, idem. Vous attendrez que les destinataires trouvent votre adresse, à laquelle ils arriveront forcément en retard, pour vous libérer du paquet. Alors, je comprends parfaitement que l’on ait des frénésies gargantuesques de shopping à Paris, car sur place, à Bamako ou à Lomé, il n’y a peut-être pas grand choix en matière de consoles vidéo pour les chérubins ou en mules stilettos pour Madame. Je comprends que l’on ait envie de régaler ses jeunes étudiants expatriés avec le tô ou le saka saka de maman, afin qu’ils ne coupent pas le cordon avec leurs racines.

Mais… Comment vous dire… Lorsque l’on a vécu l’expérience de « passeur de kilos » dix ou vingt fois, on est en droit de dire stop. Et de ne plus prévenir quand on débarque dans un pays africain, pour éviter la phrase qui tue : « Ah, tu arrives dimanche ? Tu peux m’acheter ceci et cela et prendre une toute petite valise que mon oncle t’apportera à l’aéroport ? » On sait d’avance que le colis sera plombé de 23 ou 32 kg, selon la classe dans laquelle vous voyagez, et dont le poids autorisé respectif est connu par cœur par votre interlocuteur. Donc, on n’appelle plus. Voire, on devient carrément dur, en rappelant clairement que ces pratiques « culturelles » africaines, ne font pas partie de celles, « culturelles » aussi, des Européens. Et là, on se fait des ennemis. Mais tant pis, non ? Vous en pensez quoi, vous ? 

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