juillet 2017
Président du groupe Advens-Geocoton

Abbas Jaber : « L’avenir du monde se joue en Afrique »

Par Estelle MAUSSION
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Personnage truculent, largement self-made-man, ancien trader de matières premières, ce Franco-Sénégalais d’origine libanaise est devenu un acteur incontournable de la filière cotonnière, après avoir connu un destin contrasté avec l’arachide et Suneor. Il croit plus que jamais au potentiel agricole du continent. Un paramètre de sécurité et de survie pour des millions de personnes. Mais aussi le chemin vers une nouvelle place, centrale, sur l’échiquier mondial.
 
C’est une personnalité à part dans le paysage agro-industriel africain. Le patron d’un grand groupe qui aime recevoir en simple chemise, veste et baskets. Un investisseur avec de l’intuition mais qui n’échappe pas aux critiques ni aux difficultés. Un homme à trois cultures, fils de parents libanais né en 1958 à Dakar (et qui a grandi à Thiès), alors que le Sénégal était une colonie française. Ce sont les multiples facettes d’Abbas Jaber, fondateur d’Advens- Geocoton, poids lourd de la filière coton en Afrique subsaharienne, également actif dans la logistique et le négoce. Son groupe, dont le siège est installé non loin de l’Arc de Triomphe à Paris, est présent dans une quinzaine de pays.
 
Grâce à la vente d’huile et de fibre (sur le continent et en Asie principalement), il a réalisé l’an passé un chiffre d’affaires de 250 millions d’euros pour un EBITDA (bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement) de 8 millions et un résultat net de 2 millions. Pourtant, quand il se lance dans l’exportation de denrées alimentaires en créant Jaber’s Négoce en 1988, le Franco-Sénégalais part de rien ou presque. Alors que les géants du secteur affrètent seulement des portions de cargo, lui mobilise des navires entiers afin de réaliser des économies d’échelle. Une stratégie osée mais payante.
 
Dix ans plus tard, il exporte jusqu’à 350 000 tonnes de produits par an vers l’Afrique de l’Ouest et centrale. Dans les années 2000, il passe à l’industrie en remportant, après de longues négociations, la privatisation de deux entreprises publiques : l’une sénégalaise, la Société nationale de commercialisation des oléagineux (Sonacos) en 2005 ; l’autre française, Dagris, fleuron du coton en Afrique de l’Ouest, en 2008. Ce sont ces rachats qui vont le faire passer de négociant à agro-industriel. Au Sénégal, alors dirigé par le président Abdoulaye Wade, il cherche à redresser l’huilier Sonacos, rebaptisé Suneor, acteur historique de l’arachide. Mais, la libéralisation du marché décidée par les autorités et la concurrence des huiles asiatiques à bas prix viennent briser cet élan.
 
Fin 2015, Advens et l’État sénégalais concluent un divorce à l’amiable, dont les modalités sont en cours de règlement. Fin 2015, le groupe d’Abbas Jaber s’est aussi vu retirer par le Sénégal et le Mali la concession du chemin de fer Bamako-Dakar, exploitée par la société Transrail, qu’il avait rachetée. Si l’arachide et le transport sont sources de déception, le coton est synonyme de réussite. Abbas Jaber impose à Dagris une cure d’austérité en même temps qu’il la recentre sur le marché africain, via le développement de filiales. Devenue Geocoton, l’entreprise retrouve l’équilibre puis devient rentable. Elle est aujourd’hui le joyau du groupe. Quant à Abbas Jaber, s’il s’est désengagé de sa gestion courante, c’est pour mieux se consacrer à la réflexion stratégique sur les nouveaux marchés.
 
AMB : Commençons par un sujet d’actualité. Vous êtes présent dans l’arachide, mais en train de vous désengager au Sénégal. Où en est votre sortie de Suneor, fleuron national du secteur ?
Abbas Jaber : Je ne souhaite pas m’exprimer sur ce sujet. Le Sénégal m’a demandé de lui céder Suneor et nous sommes en train de négocier cette sortie. Nous sommes en cours de règlement et je suis lié par une clause de confidentialité avec l’État sénégalais.
 
Qu’est-ce qui a fonctionné pour le coton mais pas pour l’arachide ? 
C’est un problème structurel. L’organisation du secteur cotonnier est beaucoup plus efficace que celle de l’arachide. De même que les politiques mises en oeuvre.
 
Est-ce que le fait d’être actionnaire aux côtés d’États complique la gestion courante ? 
Non, les autorités sont nos partenaires. Ce n’est pas plus compliqué que pour une société tricolore engagée avec l’administration française. Et, au vu de l’importance stratégique du secteur agricole, il est normal et même nécessaire que les États soient impliqués.
 
Le continent est loin d’être autosuffisant dans le domaine alimentaire. Pourtant, vous dites qu’il peut sauver le monde sur le plan agricole. Pourquoi ? 
Il suffit de regarder les chiffres. En 1940, nous étions 2,5 milliards d’habitants sur la planète. Actuellement, nous sommes près de 7 milliards. Et en 2040, nous serons quelque 9 milliards. Cette forte croissance démographique s’accompagne d’un essor économique, notamment dans les pays émergents. Les classes moyennes y sont de plus en plus nombreuses. Elles consomment de plus en plus de matières grasses végétales, de céréales, de protéines animales.
 
En Chine, par exemple, on est passé de 5 kg d’huile végétale par personne et par an en 1980 à 20 kg aujourd’hui. Or, dans le même temps, les grands producteurs céréaliers et oléagineux que sont l’Union européenne, les États-Unis, et depuis quelques années le Brésil, l’Indonésie et l’Argentine, sont saturés ou confrontés à des problèmes écologiques. Résultat : les dernières réserves foncières se trouvent en Afrique, qui dispose de 60 % des terres arables non cultivées au niveau mondial. C’est donc en grande partie à elle que reviendra la responsabilité de nourrir les nouveaux consommateurs à venir d’ici 2040. L’avenir du monde se joue donc en Afrique !
 
Sur ces deux milliards de futurs habitants, un viendra principalement d’Asie et des pays du Golfe, l’autre du continent… 
Exactement. Ce qui signifie que l’Afrique va devoir assurer l’alimentation de sa population mais aussi de celle d’autres continents. Autrement dit, elle va jouer un rôle fondamental dans l’équilibre alimentaire du XXIe siècle, ce qui devrait lui permettre de peser davantage sur l’échiquier géopolitique mondial. Vous voyez l’immense devoir vis-à-vis des générations futures qui incombe aux chefs d’État, aux entrepreneurs et, d’une manière générale, aux élites des pays africains : en l’espace d’une vingtaine d’années, il va falloir bâtir une agriculture efficace, capable de répondre à cette demande planétaire.
 
L’Afrique peut-elle réussir ? 
Elle n’a pas le choix et je suis convaincu qu’elle y arrivera. Je suis un afro-optimiste mais pas « béat ». L’Afrique a tout ce qu’il faut pour relever ce défi : les terres, l’eau, le climat et la maind’oeuvre. Regardez ce qui s’est passé au Brésil. Il y a une quarantaine d’années, le pays importait une bonne partie de ses produits alimentaires. Aujourd’hui, après avoir mis en place des politiques agricoles et industrielles volontaristes, il est devenu l’une des grandes puissances mondiales dans le secteur. C’est un des exemples à suivre.
 
Est-ce à dire que le continent doit se lancer dans le modèle d’agriculture intensive, qui caractérise le Brésil ? 
Non, mais il faut s’inspirer de sa trajectoire. Tout d’abord, elle s’est appuyée sur la richesse du sol, qui est très proche de ce que l’on trouve sur le continent africain. Ce dernier a même un avantage par rapport au Brésil : non seulement il a des terres et de l’eau mais, en plus, ses richesses sont accessibles sans avoir besoin de déforester massivement. Ensuite, le parcours brésilien rappelle, s’il était nécessaire, que l’émergence débute avec l’essor agricole, avant d’évoluer vers la constitution d’une industrie et, in fine, de services.
 
Cela fonctionne même avec une agriculture fondée sur de petites exploitations, la norme en Afrique ? 
Bien sûr ! L’Europe a vécu pendant plus d’un siècle sur un secteur primaire composé essentiellement de propriétés familiales. Autre exemple, la Côte d’Ivoire des années 1960-1970 a accompagné les petites exploitations afin de constituer des filières solides et organisées, qui fonctionnent encore très bien aujourd’hui, comme le palmier à huile, le cacao, le café et l’hévéa. Le mécanisme est le suivant : il faut soutenir les paysans pour qu’ils augmentent leurs rendements, ce qui leur permet de dégager davantage de revenus. Avec ces moyens financiers, ils investiront dans leurs exploitations mais aussi, scolariseront leurs enfants. Une partie de cette jeune génération reviendra moderniser le domaine familial et transformer localement les produits. L’autre partie travaillera dans d’autres secteurs qui émergeront avec l’essor du pays.
 
On entend dire que l'agriculture est la planche de salut du continent depuis des annees et plusieurs pays se sont engages sur la voie que vous decrivez. Pourtant, au niveau global, le secteur n’arrive pas à décoller. Pourquoi ? 
Jusqu’à il y a dix ans, la production agricole mondiale était supérieure à la demande et l’Afrique recevait les excédents du monde entier, de pays subventionnant et protégeant leur agriculture. Jusqu’en 2005, les prix des matières premières étaient si bas que le continent avait intérêt à importer plutôt qu’à produire. Dans ces conditions, il n’a pas ou peu investi dans son agriculture. Et il a, en revanche, pu consacrer une partie de ses revenus à l’éducation, à la santé. Maintenant, la donne a changé. Les besoins agricoles mondiaux sont supérieurs à l’offre. C’est pourquoi il faut parier sur l’agriculture africaine. Finalement, elle vient juste de naître, elle sort des limbes. Son avènement va prendre du temps mais il est inéluctable.
 
Comment y parvenir ? 
En faisant ce que toutes les grandes puissances agricoles ont fait : organiser et accompagner le secteur.
 
Plus facile à dire qu’à faire… 
Tous les pays, au début de leur essor, ont protégé et soutenu leur agriculture, comme leur industrie d’ailleurs. Pourquoi l’Afrique ne le feraitelle pas ? Elle doit défendre ses intérêts à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), face aux grandes puissances. Elle doit sortir de sa dépendance des accords pénalisants qui ont été conclus. Il lui faut mettre en place des mesures comme l’Europe, les États-Unis et l’Asie l’ont fait en leur temps. Peut-être même aura-t-elle à le faire plus vigoureusement puisqu’elle est la dernière à arriver sur le marché. C’est dans l’intérêt du monde à court, moyen et long terme.
 
Il faut se protéger y compris face aux produits bon marché importés d’Asie, comme l’huile de palme par exemple ? 
Évidemment. Le prix de revient d’une tonne d’huile de palme est de 250 dollars, celui d’une tonne d’huile de coton ou d’arachide est au moins 4 à 5 fois supérieur.
 
Structurer des filières, c’est aussi ce que l’on dit depuis des années… 
Oui et cela doit être une priorité absolue des États et des bailleurs de fonds. Pour chaque culture, il faut une entité qui sélectionne les semences et les distribue, un coordinateur en charge des intrants, un réseau de producteurs formés, une logistique pour le ramassage, puis pour le stockage, des unités pour la transformation et, enfin, un système de commercialisation. Or, les structures étatiques ne parviennent pas toujours à le faire. C’est sur ce point que l’Europe, et particulièrement la France, doit apporter son savoir-faire et son soutien.
 
Vous dites même qu’ils ont intérêt à aider l’Afrique à devenir le fournisseur agricole mondial. Pourquoi ? 
Parce que développer l’agriculture est un moyen de fournir du travail aux populations locales, de les fixer sur leurs territoires et donc d’éviter à la fois l’exode rural, les vagues d’émigration et l’alimentation de réseaux criminels et terroristes. L’arachide et le coton sont des cultures locomotives qui ont quelque chose de magique : elles créent de la valeur et des emplois, fertilisent les sols pour les autres cultures vivrières et permettent, in fine, de lutter contre la pauvreté et les inégalités. Elles sont un instrument de prévention des conflits et de pacification. C’est pour cela que les Africains doivent impérativement contrôler et valoriser leurs terres. Ce sont eux qui doivent produire et non des acteurs étrangers.
 
Vous faites allusion à la Chine ? 
La Chine mais également d’autres pays qui cherchent à assurer leur sécurité alimentaire. Si l’Afrique leur garantit un approvisionnement fiable et constant, il n’y a pas de raison pour qu’ils viennent produire sur place et à sa place. Ils devront en faire leur partenaire et fournisseur.
 
En lien avec l’organisation des filières, il y a la question, récurrente, de la hausse de la productivité… 
Pour vous donner une idée de la marge de progression possible, voici quelques exemples. Aujourd’hui, en Afrique, le rendement pour le coton graine se situe en moyenne entre 500 et 1 000 kg à l’hectare, à l’exception du Cameroun où il est de 1 400 kg par hectare. Au Brésil, aux États-Unis et en Australie, en culture irriguée, on atteint 3 à 4 tonnes. Pour l’arachide, même ordre de grandeur : entre 500 et 800 kg à l’hectare au Sénégal contre 3 à 4 tonnes aux États-Unis ou en Chine. Face à ce constat, une seule stratégie est efficace, celle que nous suivons : des semences sélectionnées et adaptées à l’environnement, la solide formation des paysans, l’augmentation des surfaces mises en culture pour y installer des jeunes.
 
Se pose aussi la question des OGM (organismes génétiquement modifiés). Sur le continent, les premiers essais n’ont pas été concluants, à commencer par le Burkina Faso qui y a renoncé après avoir été pionnier dans leur utilisation en 2009. Qu’en pensez-vous ? 
Le pays a eu la sagesse d’arrêter très vite le coton OGM, les rendements et la qualité n’étant pas au rendez-vous. Cela pénalisait les producteurs et affectait la réputation du coton burkinabè. Cela dit, à l’avenir, l’Afrique devra étudier la possibilité d’en utiliser, en tenant compte de la préservation des sols, de l’environnement, de la santé des populations et en établissant un cadre technique acceptable pour sa souveraineté.
 
Il faudra aussi des routes, chemins de fer et ports. Sur ces points aussi, il reste fort à faire… 
Les infrastructures constituent l’autre grand défi du continent, c’est vrai. Là aussi, une réponse régionale est la seule possible. Là aussi, le mouvement est amorcé.
 
Votre groupe s’est imposé comme un acteur de premier plan sur le coton via votre filiale Geocoton. Qu’est-ce qui explique votre réussite ? 
À la base, il y a un acte de foi : nous avons toujours su que l’agriculture retrouverait un jour une place centrale dans le développement de l’Afrique. Ensuite, nous avons institué un modèle de filière intégrée couvrant toutes les phases de la production : contacts permanents avec les producteurs, mise en place des intrants, transformation et commercialisation. Jusqu’en 2005, nous étions à contre-courant des modèles économiques existants. Nous avons résisté et, aujourd’hui, nous avons démontré que cette intégration est le seul modèle qui vaille. Il nous a permis de construire la quasi-totalité des usines d’égrenage de l’Afrique de l’Ouest et centrale, plus de 130. Et nous continuons. Au Mali, nous sommes en train de bâtir deux nouvelles unités d’égrenage ultramodernes et d’en réhabiliter trois autres.
 
Où produisez-vous et quelles sont vos ambitions à l’avenir ? 
Nos pays phares sont le Burkina Faso, le Cameroun, la Guinée, le Mali, le Sénégal, le Tchad, le Togo et la République démocratique du Congo. En Guinée, par exemple, nous avons contribué, à partir de 2011, à relancer la filière qui avait été abandonnée depuis des décennies. Tout récemment, en mai dernier, nous avons signé un accord-cadre avec les autorités de Centrafrique pour reprendre la culture cotonnière dans le centre du pays, un accord signé avec le soutien de la Banque mondiale et grâce à l’implication de la représentation diplomatique française.
 
Et nous sommes en train de finaliser le même type de partenariat avec le Niger. Un jour, nous espérons pouvoir entrer sur le marché nigérian, où il existe déjà une concurrence mais où les besoins sont énormes avec une population qui atteindra les 400 millions d’habitants en 2040. Dans ce cas, le Cameroun voisin, où nous sommes déjà implantés, a toutes les chances de devenir le grenier de ce pays.
 
Allez-vous plus loin dans la transformation en produisant du tissu par exemple ? 
Non, pas encore, mais c’est notre objectif. Le tissu n’est pas la seule déclinaison possible. Le coton peut aussi produire des aliments pour le bétail, de l’huile alimentaire, de la fibre, de la farine panifiable, de l’énergie et même des billets de banque ! C’est pour cela qu’on l’appelle l’or blanc.
 
Il y a très peu d’usines de filature dans la zone et celles qui existent, au Sénégal et au Mali notamment, ont bien du mal à être rentables. Pourquoi est-ce si difficile ? 
Le problème fondamental, c’est le coût de l’énergie, voire parfois son absence. En Afrique, dans la transformation du coton, elle représente 40 % du coût total. Au Bangladesh, à titre de comparaison, ce n’est que 10 à 12 %. Le jour où le continent sera capable de fournir de l’énergie bon marché, la filature décollera.
 
C’est pourquoi nous avons décidé d’investir dans le solaire en créant une coentreprise, Geosolar, avec Urbasolar, le leader français privé de la construction de centrales photovoltaïques. L’objectif est d’équiper une trentaine de sites industriels du Sénégal au Cameroun, en commençant par nos filiales SN-Citec et Socoma au Burkina Faso, Nioto au Togo, qui produisent déjà plus de 80 % de leur énergie grâce à des chaudières biomasses alimentées avec les tiges du coton. Elles bénéficieront d’une toiture solaire dès les prochains mois. À terme, nous inclurons dans nos projets l’alimentation de foyers de paysans, de pompes à eau et, ultime étape, de transformation de la fibre.
 
Sauf qu’à l’échelle du continent, cela va prendre des années, peut-être même des décennies ? 
Cela ne se fera pas en un jour, certes, mais le processus est enclenché. Si vous regardez l’histoire de la filature, vous verrez que les usines ont toujours suivi les croissances démographiques. Au XIXe siècle, l’activité était en Europe du Nord, principalement en France et en Angleterre. Au siècle suivant, ce sont les pays méditerranéens qui ont pris le relais, le Portugal, l’Algérie, le Maroc et la Turquie. Puis, à partir des années 1980, les Dragons asiatiques (Japon, Thaïlande), suivis de la Chine, dont le cycle se termine aujourd’hui au profit de l’Inde, du Bangladesh et du Vietnam.
 
L’heure de l’Afrique a déjà sonné puisque l’activité commence à se développer en Éthiopie. Dans les cinq ans à venir, elle va gagner l’Afrique de l’Ouest et centrale. Il faut se préparer maintenant pour être prêts à cette échéance ! Et il faut que l’Afrique organise ses complémentarités.
 
C’est-à-dire ? 
Je vous donne un exemple. L’Angola s’est doté d’une industrie de tissage haut de gamme et dispose d’une énergie bon marché mais ne produit pas de coton. Dans le même temps, les grands producteurs que sont le Mali, le Burkina Faso et le Cameroun exportent leur fibre vers l’Asie, faute de pouvoir la transformer sur place. On pourrait imaginer qu’ils utilisent l’infrastructure angolaise : cela leur permettrait de créer de la valeur ajoutée sur le continent à moindre coût et cela offrirait à l’Angola une voie de diversification de son économie. Avec un système de péréquation pour partager les recettes générées.
 
Et, ce qui est valable pour l’Angola l’est aussi pour d’autres pays pétroliers, la Guinée équatoriale, le Gabon, la République du Congo et le Tchad, qui ont pris conscience, avec la chute du cours du pétrole, que l’agriculture est une voie de développement pérenne. Ce schéma de complémentarité pourrait aussi être étendu au Maghreb : l’Algérie et la Libye ont une énergie peu onéreuse, le Maroc et la Tunisie une agriculture développée. Autrement dit, il faudrait imaginer des alliances régionales entre pays producteurs de matières premières, ceux qui disposent d’une énergie à bas coût et ceux qui constituent de futurs grands marchés de consommateurs.
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