octobre 2018

Alain Mabanckou
« Je suis un écrivain tricontinental »

Par Fouzia MAROUF
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Engagé, ce littéraire passionné vient de publier Les Cigognes sont immortelles, ouvrage autobiographique où il raconte en toute liberté son histoire congolaise.

Athlétique, chapeau feutre vissé sur la tête, Alain Mabanckou est un auteur au contact facile, direct. Avec son regard droit, son large sourire et son évident charisme, on l’imagine aisément jouer un rôle dans Shadows de John Cassavetes. Né à Pointe-Noire en 1966, partageant sa vie entre Los Angeles et l’Europe, il est professeur à l’UCLA (université de Californie à Los Angeles), où il enseigne la littérature française tel un passeur ayant pour mission d’exhumer la voix et la mémoire des auteurs africains qui ont marqué les décennies par leur verve et leur esprit contestataire. De passage à Paris pour assurer la sortie de son nouveau roman, Les Cigognes sont immortelles (éditions du Seuil) – livre événement très attendu qui marque cette rentrée littéraire –, l’éternel conteur raconte, dans un style vif, le Congo au plus fort des années 1970 avec un héros adolescent naïf, témoin de la grande histoire. Alain Mabanckou, qui a choisi la plume pour dire la complexité humaine, la société qui l’entoure et les questionnements qui l’assaillent dans le tumulte de l’Afrique, parle neuf langues et voyage avec deux passeports, l’un français, l’autre congolais. Auteur à succès dont les ouvrages sont traduits dans une vingtaine de langues, il affiche une douzaine de romans au compteur, dont Verre cassé en 2005, Mémoires de porc-épic, récompensé par le prestigieux prix Renaudot en 2006, ou encore Petit Piment, à l’écho retentissant sur la scène littéraire en 2015. Invité l’année suivante au Collège de France, où sa leçon inaugurale a été suivie par plus d’un millier d’auditeurs, il bat le rappel de 18 chercheurs, écrivains et penseurs de l’Afrique postcoloniale pour cosigner ensemble Penser et écrire l’Afrique aujourd’hui. Une façon de s’interroger sur « le retard pris par la France dans la place à accorder aux études postcoloniales, pendant qu’en Amérique presque toutes les universités les ont reconnues et les considèrent comme un des champs de recherche les plus dynamiques et les plus prometteurs ».
Fidèle à sa veine d’écrivain engagé, Alain Mabanckou n’hésite pas à prendre la parole dans le débat public pour affirmer ses prises de positions tranchées : en janvier dernier, il déclare son refus de participer au projet francophone, à la demande du président Emmanuel Macron, à qui il a adressé une lettre ouverte fustigeant « la politique françafricaine ». Entier, sans concessions, l’écrivain a tenu à privilégier des entretiens avec la presse panafricaine en cette fin de mois d’août. « J’ai dit à ma maison d’édition que j’accorderai en priorité des interviews aux médias liés au continent », lâche-t-il sans ambages dans un café du centre parisien, alors qu’il parcourt avec attention le numéro de cet été d’Afrique Magazine en s’attardant sur la rubrique Livres. Puis il se met rapidement à table…
 
AM : Diriez-vous que Les Cigognes sont immortelles est votre roman le plus personnel, le plus abouti ?
Alain Mabanckou : Je ne sais pas, mais il s’inscrit dans le prolongement de ce que j’ai entamé depuis un certain temps, au fil de mon oeuvre, esquisser une peinture sociopolitique de l’Afrique et du Congo. J’avoue que c’est un récit intime. J’avais envie d’aborder la dimension méconnue de ce que j’avais vécu en le replaçant dans un contexte historique. Les Cigognes sont immortelles est un roman autobiographique, il expose une galerie de portraits inspirés de l’Afrique contemporaine, de façon à relire l’histoire de notre continent. Le personnage emblématique, Maman Pauline, ne relève pas de l’invention : c’est le nom de ma mère, Pauline, à qui j’ai dédié la plupart de mes romans, dont Demain j’aurai vingt ans (Gallimard, 2010) ou Lumières de Pointe-Noire (Seuil, 2013). Pour moi, elle symbolise le courage de la femme africaine, la part féminine de l’Afrique, le refus de toute forme de domination masculine. Elle a, de plus, voulu gagné son indépendance, car elle ne souhaitait pas dépendre d’un homme.
 
Pourquoi écrire aujourd’hui sur l’histoire de votre famille ?
À mes yeux, il s’agit d’un processus naturel dans le parcours d’un individu porté par le souffle de la fiction pure, la fiction rapprochée, et je m’oriente à présent vers la compréhension de l’histoire du continent : l’Afrique a plus que jamais besoin de fictions ancrées au coeur du réel. Elle ne doit pas se cantonner à être un sujet, mais être actrice, vue de l’intérieur. J’ai préféré recourir au « je », plus impactant que le « il », qui atténue la misère ou le bonheur, révélant la dimension humaine en tant que telle.
 
 
La grande histoire rejoint la petite via le regard naïf de Michel, adolescent rêveur. Vous disséquez avec humour le quotidien du quartier Voungou, à Pointe-Noire, le socialisme de l’Afrique postcoloniale et l’hypocrisie, avec en arrière-plan l’assassinat du président Marien Ngouabi, chef de la révolution, à Brazzaville…
Lors de l’assassinat du président, survenu le 18 mars 1977, j’avais 11 ans et j’étais déjà lucide. Cette période correspondant à mon adolescence, il ne m’était pas difficile de deviner les troubles agitant le Congo-Brazzaville : j’en ressens encore l’écho, les turbulences et l’onde de choc. Ce fait historique s’est déroulé sous nos yeux, le pays recevait les dictateurs et les présidents du monde entier. C’est un souvenir fortement imprégné en moi, j’ai donc laissé parler les personnages de ma famille. La prose s’est révélée fluide, d’autant que le protagoniste est à mi-chemin entre l’enfance et l’adolescence. Et l’aspect majeur de ce roman tient à la fidélité de cette photographie de l’Afrique des années 1970, à l’aube des indépendances et aux mains de leaders communistes, mais également aux prises avec une gouvernance à l’image de celle de Mobutu Sese Seko, dans le sillage de dictatures entretenant des liens étroits avec la France. Et en retraçant les grandes lignes de l’histoire, cela permet de comprendre comment l’Europe et l’Occident ont une part de responsabilité dans les failles qui affectent aujourd’hui le continent.
 
La vie des Ponténégrins est le théâtre de passions rythmées par la corruption. Les nordistes et les sudistes ne partagent pas la même langue mais vivent de façon apaisée, jusqu’à la mort du président Ngouabi qui attise les rancoeurs interethniques…
Il n’y a pas de fatalité qui se serait abattue sur le Congo. Je reste persuadé qu’il n’y a qu’un seul peuple, et ce peuple est congolais, avec des ancêtres qui viennent du royaume Kongo. La littérature est un moyen de rappeler à tous que notre unité est plus forte que nos divergences ethnico-politiques. C’est sans doute l’un des messages principaux de ce roman.
 
Vous montrez une radioscopie de l’Afrique communiste en plongeant Michel face à l’idéologie marxiste. Il entonne chaque matin des chants soviétiques, après avoir « dit du bien du camarade président Ngouabi ». Comme les soldats russes morts au combat, le collégien est fi er d’être une cigogne blanche de la révolution socialiste congolaise…
Les années 1970 marquent une certaine effervescence africaine pour le communisme, ou le socialisme. Nous pensions, à cette époque, que c’était la seule voie de la libération. Mais c’est aussi la période où toutes les doctrines occidentales ont envahi la tête des dirigeants du continent. La jeunesse était alors prise dans le vertige de l’idéologie, dont celle venue de l’ancienne URSS. En tant qu’élèves au collège, nous étions convaincus que nous étions les pionniers des différentes révolutions clamées ici et là.
 
L’antihéros de Petit Piment, votre précédent roman, évoquait le destin contrarié d’un orphelin natif de Loango destiné à devenir un pionnier de la révolution socialiste. Avez-vous une tendance particulière à écrire sur les plus vulnérables ?
Je pense que dans la littérature africaine, il est question de réécrire l’histoire du moment, qui inclut le cadre socioculturel. Je m’attache à parler de la vie des quartiers, des préoccupations du petit peuple. Dans Bleu blanc rouge (Présence africaine, 1998) ou African Psycho (Le Serpent à Plumes, 2003), les personnages sont très marginaux, comme le héros de Petit Piment : ils choisissent une voie singulière afin de s’extraire de l’agitation délicate qui les tenaille. Ce sont des oubliés de l’histoire, et elle s’écrit cependant grâce à eux.
 
À quoi rêvez-vous pour le Congo, pays qui marque fortement votre oeuvre ?
D’une libération politique. Le Congo n’est pas une propriété privée, il ne se réduit pas à n’importe quel président ou à son fils. J’étais interdit de territoire durant quatre ans, je viens d’apprendre courant septembre par voie de presse que je ne le suis plus et je m’en réjouis vivement, je vais pouvoir y retourner. Alexis Thambwe Mwamba, ministre de la Justice, a fait un démenti et a manifestement levé cette interdiction dans un communiqué [voir le n° 3009 de Jeune Afrique, ndlr]. Mais cela ne m’a pas empêché de vivre mon pays à travers mes livres.
 
Vous parlez neuf langues. Dans laquelle rêvez-vous ?
Lorsque l’on dort, on peut rêver dans n’importe quelle langue. Le monde des rêves est dénué de murs, on peut être dans une médina marocaine, sortir du mur de Berlin, traverser les mers comme dans la Bible ou le Coran. Le rêve est le seul espace où la langue est secondaire, c’est la réalité qui a imposé la nécessité de l’apprentissage des langues. Nous avons par conséquent dit la diffi culté de cet apprentissage. Tout doit se jouer en huit heures, et quand ça se passe mal, c’est le cauchemar.
 
Est-ce important pour vous de raviver dans vos romans la vitalité du wolof, du kikuyu, des langues puissantes et vivaces dans l’imaginaire des écrivains ?
Oui. Il faut faire vivre l’Afrique dans son entière diversité car elle ne préserve pas suffisamment son patrimoine linguistique, qui est pourtant très dense. Par exemple, le lingala que l’on parle en RDC, au Congo-Brazzaville, en Angola n’est pas enseigné au primaire : nous devons étudier de près cette richesse et ne pas uniquement nous focaliser sur la langue française, alors que nous sommes face à la perte de ce trésor linguistique.
 
Quels auteurs emblématiques du continent figurent au programme de l’université de Californie, où vous enseignez ?
Cette année, j’ai enseigné une introduction aux courants de la littérature française, notamment le romantisme, le réalisme, le surréalisme, et le nouveau roman. L’année prochaine, j’enseignerai une introduction aux littératures du continent noir d’expression française, avec de nombreux auteurs : Yambo Ouologuem, Ahmadou Kourouma, Mongo Beti, Sony Labou Tansi ou, dans la nouvelle génération, Abdourahman Waberi, Fatou Diome, Kossi Efoui, In Koli Jean Bofane, Charline Effah Ali Zamir et Gauz. Des grandes voix actuelles qu’il nous faut mettre en valeur, parce que ces écrivains deviendront des classiques dans les années à venir.
 
Vous avez refusé de participer au projet de réforme de la francophonie, sur demande du président français Emmanuel Macron. Votre réponse a été qualifiée de « cinglante »…
Il est toujours difficile de faire comprendre aux gens que l’on refuse de travailler avec un président de la République, surtout lorsqu’il est français. J’ai la chance de clamer mon indépendance économique et spirituelle. Je ne suis pas au service d’un gouvernement et d’une politique, mais au service de ceux qui, comme moi, aspirent à l’égalité et à leurs droits : je suis du côté de la jeunesse africaine qui est en train de subir de front les conséquences de la dictature. Je le répète, il y a trop de dictateurs en Afrique. Pour preuve, le Congo- Brazzaville, Kinshasa du temps du Zaïre, le Gabon : dès lors que le père est président, le fils doit lui succéder. Ce ne sont pas des monarchies, nous ne sommes pas liés à la royauté, et les élections truquées fragilisent le continent. En ce qui concerne Michaëlle Jean, la secrétaire générale de la Francophonie, elle a été reçue par l’un d’entre eux. Je ne peux pas oeuvrer au sein de cette entité, dans la mesure où les dictateurs leur profitent. Le jour où la francophonie n’aura plus d’accointance avec les dictatures, on pourra travailler sur la politique étrangère de la France par voie détournée. C’est l’ombre du néocolonialisme. Pourquoi doit-on appeler Tahar Ben Jelloun, Yasmina Khadra, Boualem Sansal et Kateb Yacine des écrivains francophones ? Jean-Christophe Rufin ou Michel Houellebecq accepteraient-ils d’être désignés ainsi ?
 
Êtes-vous un écrivain français ou un écrivain francophone ?
Je suis un écrivain congolais d’expression française. Je reste attaché à mes origines, à mon pays, le Congo. Mais aussi à mes origines d’adoption, et la langue française.
 
Dans Penser et écrire l’Afrique aujourd’hui, vous écrivez : « Il faut abolir les visas […], encourager l’espace public afropolitain si on veut donner sa chance à l’Afrique-Monde en gestation, car la politique du futur africain sera de prime abord une politique de la déclosion et de la circulation… »
Il est important d’évoquer cet aspect car la tradition du genre humain est liée à la mobilité et correspond à un perpétuel mouvement. D’où le génie de l’humanité qui n’a cessé de fabriquer des moyens de transport tels que l’avion, le bateau pour aller d’un continent à un autre. De surcroît, en Afrique, la mobilité reste une tradition : les Peuls, les bergers, les hommes bleus, les Touaregs sont pleinement associés à ce mouvement, ce passage. Ces frontières sont, selon moi, comme des chaînes hostiles qui mettent en difficulté les individus qui s’inscrivent dans ce besoin de mobilité. Le cloisonnement ne s’accorde pas avec la politique africaine. Il faut oeuvrer à l’amélioration des voies de circulation entre pays voisins sur le continent. Il est toujours très difficile de se déplacer pour un Africain. Lorsque je vais en Algérie, j’ai besoin d’un visa, pourquoi ne pas reconsidérer cette obligation ? Penser et écrire l’Afrique aujourd’hui, qui est un ouvrage collectif, explique précisément ce qu’il nous appartient de réaliser en tant qu’Africains afin que notre continent s’oriente vers davantage de progression et de tolérance.
 
Vous associez à ce modèle l’efflorescence artistique du continent : « Les objets d’art africains, hier comme aujourd’hui, sont des objets en mouvement. Il est urgent de considérer la création africaine contemporaine comme une forme de pensée. La création afro-diasporique nous permettra de sortir de la crise. […] Il y a de fortes chances que l’art du xxie siècle soit africain. »
Cela me renvoie au fait que durant longtemps, les cultures dévolues au continent n’étaient pas considérées avec sérieux, car l’Occident a dicté un certain carcan esthétique et a dès lors défini ce qu’était l’art. Après ce constat, cette notion esthétique – qui n’incluait pas l’art dans sa totalité mais de façon partielle – ne comprenait pas l’expression africaine, alors que l’art ne se réduit pas uniquement à une couleur. Si l’on observe l’art européen, il s’est largement inspiré de l’Afrique. Je pense notamment à l’oeuvre de Picasso, de Baudelaire ou encore au courant surréaliste, traversés par la diversité de l’art nègre et la richesse de sa teneur anthropologique. Nous sommes actuellement face à un regain d’intérêt, un désir d’Afrique dans divers domaines, comme la mode, le design, l’art contemporain qui puisent leur inspiration dans des tissus, tels que le wax, le raphia. J’ai le sentiment que nous sommes passés d’une perception teintée d’exotisme à un regard honorable sur l’art africain, le plus pur et le plus beau.
 
Vous dites : « Le monde est mon langage… La littérature est devenue une affaire de continent. »
La littérature est faite de rencontres, à l’image d’une nouvelle famille qui se crée. Nous devons tous parler le langage de l’éclairage, et non pas celui de la division, de la soustraction. N’oublions pas que ce qui nous rattache tient à la complexité de l’imaginaire, du langage qui brasse l’ensemble des continents en Amérique, en Asie, en Europe et en Afrique.
 
Vous considérez-vous comme un agitateur ? Vous avez dit en écrivant Lettre à Jimmy que James Baldwin vous avait appris la colère.
Je suis très éloigné de la colère, celle-ci correspond à une posture d’indignation nourrie d’événements qui poussent à ce sentiment dans l’histoire. Selon moi, il s’agissait d’une prise en compte de la situation et de la riposte, par le biais de la connaissance, de l’écriture, de l’exposition de l’art africain, par la reconquête des idées de la philosophie du continent. Si nous avons ressenti de la colère, elle n’était pas dirigée contre autrui, mais plutôt contre une forme d’immobilisme, nous avons été victimes d’immobilisme, nous avons préféré capituler. On a peur de demain et de la révolution, mais qui ne risque rien n’a rien. Et j’avoue que je m’indigne face à un spectacle de désolation, c’est contagieux. Les choses les plus dures sont souvent des vérités difficiles à accepter. Lettre à Jimmy est l’essai dont je suis le plus fier, même si j’ai été honni, houspillé. Il a suscité un engouement incroyable auprès de nombreux lecteurs, c’est mon essai le plus lu, et le temps lui a offert une lecture plus sereine. Il a été traduit en espagnol, en anglais, il est sorti en édition de poche et s’est écoulé à la manière d’un roman. Alors que j’y abordais des questions difficiles. Que faites-vous quand vous n’écrivez pas ? Comment vous évadez-vous ? Je voyage, je découvre des choses, je vais dans des cafés, des cinémas, j’observe le monde. C’est essentiel pour moi. Je passe également du temps avec des amis qui sont en dehors de la littérature. Je suis toujours en perpétuelle évasion, je pense que je suis un éternel évadé.
 
Que faites-vous quand vous n’écrivez pas ? Comment vous évadez-vous ?
Je voyage, je découvre des choses, je vais dans des cafés, des cinémas, j’observe le monde. C’est essentiel pour moi. Je passe également du temps avec des amis qui sont en dehors de la littérature. Je suis toujours en perpétuelle évasion, je pense que je suis un éternel évadé.
 
Vous êtes un passionné de rumba, vous avez d’ailleurs produit deux albums.
C’est mon côté artistique [rires] ! J’aime produire quelques albums de temps en temps, et j’écoute de la rumba depuis ma prime enfance. C’est une ouverture au langage pour le peuple, c’est une musique socialement apaisante. La rumba offre plusieurs lectures, car cette musique incarne les indépendances, la dignité…
 
Vous avez vécu en Afrique, en Europe et en Amérique du Nord. Où vous sentez-vous le mieux ?
Cela forme un bloc avec le Congo, car je n’ai pas le choix. J’aime ma situation d’écrivain entre trois continents, cette trinité me va bien, j’ai une identité tricontinentale. En écrivant, je me rends utile à mon pays. Dans Les Cigognes sont immortelles, lorsque le personnage de Michel s’exprime, c’est moi qui parle, car Michel est mon deuxième prénom. Je suis Alain Michel Mabanckou.
 

 
Marien Ngouabi, la tragédie d'un révolutionnaire
À la fin des années 1960, il a incarné pour beaucoup la jeunesse au pouvoir, le militarisme honnête. Et la révolution en mode marxiste-URSS dans un pays gangrené par la corruption des élites postcoloniales. Chef de file des officiers progressistes, il prend le pouvoir à 30 ans, le 31 décembre 1968. Les ambitions sont grandes, mais le pays est pauvre, profondément divisé. L’édification d’une parfaite société socialiste au coeur de l’Afrique ne se révèle pas une franche réussite. Les hauts cadres s’enrichissent à vue d’oeil, le parti unique étouffe toutes dissidences ou débats. Et le Congo s’enfonce dans les divisions ethniques. Ngouabi bénéficie du soutien massif des populations et des élites du Nord du pays, dont il est originaire. L’hostilité du Sud s’organise. Les graves difficultés économiques, malgré l’arrivée du pétrole, la faiblesse de l’État, accentuée par un soviétisme paralysant, entraînent le pays vers le chaos. Le 18 mars 1977, Marien Ngouabi est assassiné par des éléments de sa garde rapprochée. Ses successeurs, Joachim Yhombi-Opango, puis Denis Sassou-Nguesso, organisent le culte national de sa mémoire. L'ancien président Alphonse Massamba-Débat, accusé d’être au coeur du complot, disparaît littéralement, probablement exécuté dans des circonstances mystérieuses, la nuit du 25 mars. En 1991, la conférence nationale souveraine relativise la place de Ngouabi dans l’historiographie nationale congolaise.
 
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