août 2018

Aller de l’avant !

Par François BAMBOU
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Le septannat aura été marqué par des défis sécuritaires et économiques. Le pays, pourtant, a su consolider ses acquis, tout en travaillant activement sur l'avenir.

Pas de répit pour le président Paul Biya depuis sa réélection en 2011 pour un nouveau septennat. Premier challenge de taille : la guerre imposée au pays par Boko Haram, la secte terroriste basée dans l’État du Borno au Nigeria, qui opère sur le territoire camerounais à travers razzia dans les villages, attentats, enlèvements de coopérants et religieux étrangers, attaques de postes militaires isolés. L’objectif du groupe, parmi les premiers à faire allégeance à Daesh, est clair : sanctuariser un espace sur le territoire camerounais pour y établir son califat, et préserver ainsi ses corridors d’approvisionnement. Paul Biya fut ferme, dès le début : « Le problème Boko Haram a cessé d’être uniquement un problème nigérian, il est devenu un problème régional, sinon continental. On va le poursuivre et on vaincra cette chose terroriste parce que les inconvénients sont nombreux. C’est un groupe qui éloigne les missionnaires, les entrepreneurs, les investisseurs, appauvrit le pays et veut faire revenir les populations du Nigeria au Moyen Âge. On ne peut pas accepter cela. » Les pays amis et la communauté internationale se sont mobilisés pour organiser l’acquisition sans tarder d’équipements militaires adaptés. Sur le plan régional, une force multinationale mixte a été mise en place. Et l’entrée en scène du Tchad à la mi-janvier 2015 aux côtés du Cameroun aura été décisive, affaiblissant la capacité de nuisance de Boko Haram en lui reprenant plusieurs positions stratégiques.

 

Ce déploiement réussi des forces armées camerounaises, particulièrement coûteux, dans un contexte de crise économique naissante, était un sacré pari. Car en pleine chute des cours des matières premières, les finances publiques étaient durement affectées. En quelques mois, les réserves de change des pays de la Cemac, placées dans un pot commun, sont passées de l’équivalent de 11 mois de dépenses d’importation à seulement 2 mois. Si le Cameroun, grâce à son économie plus diversifiée, a su faire face, les autres pays de la sous-région, exportant essentiellement du pétrole, ont connu de graves difficultés, certains d’entre eux ayant frôlé la cessation de paiement. À l’invitation de Paul Biya, les chefs d’État de la sous-région se sont réunis à Yaoundé le 23 décembre 2016 en présence de la directrice du Fonds monétaire international, Christine Lagarde. Face à ses pairs, Paul Biya tient alors le langage de la vérité : « Pendant une longue période, notre sous-région a joui d’une stabilité macro-économique appréciable : une croissance forte, une inflation faible et des réserves de change abondantes ont été sa caractéristique. La situation a aujourd’hui changé. Les cours de nos matières premières, dont le pétrole, ont connu une chute brutale. Associée à d’autres chocs exogènes (terrorisme, nombreuses manifestations d’insécurité), cette crise a profondément contribué à fragiliser nos économies. Leur croissance a reculé, l’inflation a repris et nos réserves de change ont substantiellement baissé. Cette situation, si elle venait à perdurer, pourrait mettre en péril les fondements de notre sous-région et de notre communauté économique et monétaire. Nous devons donc agir, et vite ; nous devons agir ensemble. Les projections actuelles, nous le savons, n’indiquent pas un retournement favorable, à brève échéance, des marchés internationaux de matières premières. La présente concertation nous donne donc l’occasion d’esquisser une réponse commune face à un environnement économique international incertain. »

Paul Biya a ainsi obtenu de chaque pays qu’il entre dans une logique d’ajustement structurel, en négociant un accord avec le FMI. L’occasion aussi pour les dirigeants régionaux de renouveler leur engagement commun, qui consiste à améliorer le climat des affaires et à promouvoir la diversification de leurs économies. En sauvant la sous-région de la cessation de paiement, le Cameroun se mettait lui-même à l’abri d’une crise de plus grande ampleur. 

Résoudre les crises

Après la lutte contre Boko Haram, et la gestion de la chute des prix des matières premières, le Cameroun doit relever un nouveau défi. Fin 2016, avocats anglophones, puis enseignants des régions du Sud-Ouest et du Nord- Ouest souhaitent que leurs particularismes soient davantage pris en compte et le manifestent par des grèves et des marches. Les avocats anglophones veulent disposer de la version anglaise des actes uniformes OHADA sur le droit des affaires, et n’acceptent plus, entre autres, que le code civil francophone soit appliqué dans les juridictions de leurs régions. Dès le 8 novembre 2016, le Premier ministre Philémon Yang a mis en place une instance de dialogue « chargée d’examiner et de proposer des solutions aux préoccupations soulevées par les syndicats des enseignants », et parallèlement, le ministre de la Justice engage des discussions avec les avocats.

Alors que le gouvernement accède à une partie des demandes et parvient à des consensus sur d’autres questions, la situation dégénère subitement. À Yaoundé, ces tentatives de déstabilisation sont jugées purement opportunistes, à quelques mois du scrutin présidentiel prévu en octobre prochain. Le président Paul Biya fait rapidement un inventaire des actes posés par ces groupuscules désormais armés : « Nous avons tous été témoins de la gravité des débordements qui en ont résulté. Les symboles de la République ont été profanés. L’éducation de nos enfants a été prise en otage, par des pyromanes criminels qui n’ont pas hésité à incendier des écoles et à attaquer des élèves. Les activités économiques et sociales ont été perturbées par des mots d’ordre irresponsables, imposés aux populations par la menace, l’intimidation et la violence. Des attentats à la bombe ont été perpétrés. Plusieurs de nos compatriotes ont perdu la vie dans les violences orchestrées par les sécessionnistes. Des membres de nos forces de défense et de sécurité ont été assassinés de sang-froid. »

Le chef de l’État, parallèlement aux opérations de sécurisation menées par les forces de l’ordre, a mis en place une Commission pour le bilinguisme et le multiculturalisme, dirigée par l’ancien Premier ministre, Peter Mafany Musonge, lui-même anglophone originaire du Sud-Ouest. Fin mai, cette commission chargée de formuler les meilleures propositions pour le vivre ensemble et la paix a entamé une série de consultations populaires dans les deux régions où des troubles sont observés. Une tournée dont les conclusions étaient vivement attendues, fin juin, pour aider à l’apaisement. 

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