mars 2018
ÉDITO

AMBIANCES À ABIDJAN

Par Zyad Limam
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Nous sommes mi-février. Le temps ressemble à une belle saison sèche, avec de grands ciels bleus qui soulagent les terres gorgées d’eau après des mois de pluies immenses. Au visiteur, la capitale économique apparaît dans son effervescence habituelle. Ça bosse, ça « trade », ça échange, ça circule, ça se bouscule. Hommes d’affaires, investisseurs, « chercheurs d’or » arrivent parfois de loin pour tester ce marché en croissance, cette porte de l’Afrique. Il y a quelque chose de positif dans l’atmosphère, d’émergent, pour reprendre une expression en vogue. Il y a un voile d’inquiétude aussi. Dans les déjeuners chics, les soirées en ville, on passe souvent de l’optimisme, d’une certaine forme d’enthousiasme, à l’inquiétude face aux enjeux politiques de demain. Et disons-le, à la perspective de l’élection présidentielle de 2020. Trop d’ambitions, trop d’appétits, trop de divisions encore et de blessures qui ne sont pas si lointaines. Et puis ces incidents, ces militaires qui se sont agités… Tout pourrait déraper, mal se passer, mettre un nouveau coup d’arrêt au progrès ivoirien.
Bien sûr, les ambitions sont nombreuses, réelles. Oui, certains se voient président, y pensent en se rasant tous les matins (pour reprendre la fameuse phrase de Nicolas Sarkozy). C’est légitime. Et de toute façon le président Alassane Ouattara l’a dit : tout le monde pourra y aller… Mais 2020, ce n’est pas maintenant. Plus de deux ans, en politique, c’est long. Le calcul de ceux qui parieraient sur une supposée « fragilité de l’intérieur » serait hasardeux. Alassane Ouattara est président, aux commandes, il a de l’expérience, des moyens, une économie qui reprend, il est soutenu par les grands partenaires extérieurs. ADO est soucieux de contrôler l’agenda, décidé à imprimer sa marque sur la suite en se laissant encore plusieurs mois avant de fixer son propre cap. La montée d’Amadou Gon Coulibaly au poste de Premier ministre, avec une vraie autonomie, renforce un exécutif solidaire et motivé.
Certes, la Côte d’Ivoire, malgré les grands progrès des années ADO, reste un pays en construction, dont les ressorts politiques sont toujours marqués par l’ethnicité, les fidélités claniques, et même les fraternités d’armes. Mais la Côte d’Ivoire a aussi changé. Elle est jeune, la plupart des citoyens n’ont pas connu Houphouët, d’autres n’étaient que des enfants au moment de la fin du Gbagboïsme et de la crise de 2010. Cette jeunesse, l’apparition d’une classe moyenne urbaine, fragile mais réelle, la mixité des origines, l’urbanisation créent un « nouvel Ivoirien » attaché à ses origines certainement, mais dont on devine les réelles motivations : de l’éducation, de la formation, du travail, de l’emploi, un logement accessible, plus de justice sociale, une possibilité de modernité, de progrès en quelque sorte. Cet électorat « montant » est nettement moins sensible aux affiliations politiques traditionnelles.
La très grande majorité des Ivoiriens, de cette génération comme de celles qui précèdent, veulent aussi la paix. Ils ont vu ce qui pouvait être perdu, si vite. Plus que jamais, la capacité du pays à se rassembler, à se réconcilier, à s’accorder autour de principes partagés d’exercice du pouvoir, reste la clé du futur.
En 2020, l’élection sera une élection. Personne ne pourra contourner le système, s’installer de force. Personne ne pourra être « désigné » ou « adoubé ». Personne ne gagnera sans convaincre les citoyens qu’il incarne une promesse de progrès et de stabilité. Il faudra y aller. Et les électeurs auront le dernier mot. C’est le processus démocratique, et c’est probablement l’une des évolutions les plus importantes du pays.
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