août 2018

Anglophones et francophones : l’atout d’une double culture

Par François BAMBOU
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Malgré l’instabilité qui règne encore dans une partie du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les Camerounais continuent de vivre ensemble, en paix, en binôme, sur l’ensemble du territoire.

Yaoundé, quartier Obili, non loin de la plus grande et ancienne université du pays. C’est ici qu’une forte communauté de ressortissants de la région anglophone du Nord-Ouest s’est établie depuis des décennies. Beaucoup sont devenus de hauts fonctionnaires, et d’autres se sont établis comme hommes d’affaires prospères. Ces populations totalement intégrées vivent en parfaite intelligence avec les autres communautés. Mirabel, jeune femme anglophone, tient un salon de soins esthétiques très couru. Son français fluide est teinté de ce bel accent hérité de la langue anglaise dans laquelle elle a fait ses études. Sa clientèle est en grande majorité composée de dames francophones.

C’est avec gravité qu’elle déplore l’escalade de la crise anglophone, avec ses violences de part et d’autre, la destruction de biens publics, les morts parmi les populations et les assassinats de militaires et de gendarmes : « C’est très gênant parce que nous sommes un seul peuple. Ce sont les colons qui nous ont divisés à un moment de l’histoire pour leur propre intérêt. Nous sommes ridicules de nous entre-tuer ainsi. Je pense que c’est une richesse pour nous d’avoir hérité de cette double culture. Elle doit nous souder et non nous diviser. Mes deux enfants sont nés à Yaoundé et ne connaissent même pas mon village. Ils vont à l’école ici. »

Scénario semblable à Mile 1 Junction à Bamenda, la capitale de la région anglophone du Nord-Ouest. C’est dans ce quartier à l’entrée de la ville qu’est installée une forte communauté francophone, essentiellement constituée d’hommes d’affaires et de commerçants. Parfaitement intégrés, y compris à travers des mariages mixtes, ils vivent aussi dans la douleur de la haine intercommunautaire que tente de promouvoir une minorité de Camerounais, souvent installés à l’étranger. 

Des enfants bilingues

À Yaoundé, Douala ou Bafoussam, les écoles anglophones, souvent fondées par des hommes d’affaires avisés, sont essentiellement fréquentées par des enfants de francophones. Boniface, banquier, n’est pas peu fier d’avoir orienté toute sa progéniture vers le sous-système anglophone : « L’anglais est une langue planétaire pour les affaires. En choisissant ces écoles, j’ai permis à mes enfants de travailler n’importe où dans le monde. De plus, puisque nous parlons français à la maison, ils sont parfaitement bilingues, ce qui est pour eux un atout indéniable », explique-t-il.

Néanmoins, depuis la montée en puissance de la crise, le profond malaise dans la gestion du double héritage culturel de la colonisation a été mis au grand jour. Les visites effectuées par la Commission pour le bilinguisme et le multiculturalisme ont montré que même si les populations anglophones, dans leur immense majorité, préfèrent la revendication pacifique, ils n’ont pas moins de récriminations à porter au gouvernement. Notamment en ce qui concerne la préservation de leur héritage culturel britannique dans le système scolaire et judiciaire, ainsi qu’une meilleure concrétisation du bilinguisme dans le quotidien de l’administration. Des revendications qui, depuis plus d’un an, ont connu un début de résolution avec la création de filières spécialisées dans le Common Law britannique. 

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