mai 2017
L’incroyable famille Hadid

Argent, gloire et beautés

Par Sophie Rosemont
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Filles d’un immigrant devenu richissime, stars des magazines, les deux soeurs américaines GIGI ET BELLA revendiquent leurs origines palestiniennes. Et leur culture musulmane.

Début avril 2017. Le magazine de mode américain Porter publie une interview de Bella Hadid. L’entretien en surprend plus d’un. Abordant le sujet brûlant du Muslim Ban instauré par Donald Trump, le top évoque alors sa religion – fait inédit jusqu’ici –, rappelant que son père fut, lui aussi, un réfugié au début des années 60.

Si Trump avait été au pouvoir à l’époque, il n’aurait sans doute pas pu devenir américain. « Mon père a toujours été très religieux, poursuit-elle. Il prie avec nous. Je suis fière d’être musulmane. » Une déclaration qui suit un premier engagement quelques mois plus tôt. En janvier, elle et sa soeur Gigi avaient manifesté dans les rues de New York contre le Muslim Ban, portant une pancarte où il était inscrit : « Nous sommes tous hindous, bouddhistes, musulmans, athées, chrétiens, juifs. Humains. »

 
Cette pluralité des origines, les soeurs Hadid l’ont dans le sang. Leur mère, Yolanda, est néerlandaise et chrétienne. Leur père, Mohamed, né en 1948 à Nazareth (Galilée), descend de la lignée palestinienne des Zahir al-Umar. Leur grand-père, Anwar Hadid, avait étudié à l’université de Jérusalem et enseigné l’anglais à l’université de Haïfa. Peu après la création de l’état d’Israël, la famille vient grossir le flot de Palestiniens contraints à l’exil. Ils arrivent en Syrie où le père de Mohamed est embauché par Voice of America, le service de diffusion internationale médias du gouvernement américain.
 
C’est le premier Arabe engagé par la société. Ils gagneront ensuite la Tunisie. Puis la Grèce. La légende prétend que c’est à la suite d’une partie de backgammon, remportée face à l’ambassadeur de Jordanie, que la famille gagne son visa de réfugié pour les États- Unis. Toujours est-il que les Hadid arrivent un jour de 1963 à Washington où Anwar continue d’être journaliste et traducteur pour Voice of America. Mohamed a 14 ans. Lui et ses sept frères et soeurs bénéficient donc d’une éducation américaine, même si on leur rappelle souvent la puissance politique de leur illustre ancêtre Zahir al-Umar.
 
Mohamed brille à l’école. Il étudie en Caroline du Nord, puis au prestigieux Massachussetts Institute of Technology. Très vite, il se lance dans les affaires, entre Washington, le Qatar et la Grèce, entre belles propriétés privées et boîtes de nuit (l’Aquarius, à Rhodes, connut de longues nuits blanches et VIP). Il rachète et relance avec brio des Ritz-Carlton sur la côte Est, le Aspen dans la légendaire station de ski éponyme du Colorado, le Crescent Palace et le Belvedere à Los Angeles…
 
Durant ses pérégrinations immobilières, il croisera et affrontera en procès un certain Donald Trump. Après un passage difficile durant les années 90 où il manque d’être ruiné, il repart à l’assaut des chantiers faramineux et s’impose comme le roi des super villas californiennes. Non sans être critiqué pour son mépris de la sérénité du voisinage comme du paysage… Gouailleur et sûr de lui, il se défend vertement. « Je ne suis pas un promoteur palestinien, je suis un promoteur tout court ! déclare-t-il à Paris Match en 2016. J’aurais pu changer mon nom, je n’ai jamais voulu le faire. Mais si je m’appelais Michael Hill, on ne parlerait pas de moi ! » Après un premier mariage qui lui a donné deux enfants (Alana et Marielle), Mohamed Hadid divorce en 1992 et épouse deux ans plus tard une belle plante alors star des podiums : Yolanda Van den Herik.
 
Record de flashs en une minute ! À Cannes, il y a un an, avant la projection de "La fille inconnue" des frères Dardenne, Bella Hadid fait sensation sur le tapis rouge. YVES HERMAN/REUTERS
 
 
Néerlandaise, elle a grandi dans le village bio avant l’heure de Papendrecht. Son père décède alors qu’elle n’a que 7 ans. Ado, elle fait la plonge dans un restaurant du coin afin d’apporter sa contribution au foyer. À 16 ans, son destin bascule lorsqu’elle est repérée par l’oeil aiguisé d’Eileen Ford. Elle devient un top model international, mais son mariage en 1994 avec Hadid la range assez vite des défilés : elle donne naissance à Jelena – dite Gigi (1995) –, Bella (1996) et Anwar (1999).
 
Mais en 2000, après six ans de mariage et plusieurs infidélités de Mohamed, le divorce – en toute amitié, affirment les deux protagonistes – est prononcé. Résultat : 3 millions de dollars de compensation, une belle maison à Malibu et une pension alimentaire mensuelle de 10 000 dollars. De quoi mener la belle vie à Los Angeles, nourrissant sa participation à l’émission de téléréalité The Real Housewives of Beverly Hills, de 2012 à 2016. Peu après sa séparation, Yolanda rencontre le célèbre compositeur et producteur David Foster, qu’elle épousera en 2011… avant de s’en séparer en 2015. Là encore, une somme rondelette est en jeu, qui lui permet d’affronter les aléas de la vie. Et de la chirurgie esthétique. Car, à l’instar d’une autre matrone américaine, Kris Jenner, elle se doit de tenir un standing médiatique par lequel elle met aussi ses enfants en avant.
 
LES KARDASHIAN CONTRE LES HADID ?
 
 Pour l'instant, tout va bien... Malgré des rivalités rapportées par la presse, pas de querelle entre Gigi Hadid et Kendall Jenner. AMY LOMBARD/ THE NY  TIMES-REDUX-REA
 
Ce n’est pas le seul point commun existant entre Kris Jenner, papesse de la famille Jenner-Kardashian, et Yolanda Hadid. Toutes deux ont profité de la télé-réalité pour se forger une notoriété, toutes deux ont épousé des immigrés fortunés. Et toutes deux ambitionnent de bâtir un empire familial. Leurs meilleures armes : leurs filles.
 
Pour Jenner, il s’agit surtout de Kim Kardashian (qui a comblé tous ses voeux en épousant la superstar Kanye West) et Kendall Jenner (seul top model de la fratrie). Mrs Hadid, elle, a eu plus de chance. Élevées à grandes rations de légumes frais et de sport intensif, Gigi (22 ans) et Bella (20 ans) sont devenues des incontournables des podiums, signées chez IMG Models. Certes, il a fallu affiner un nez ici, une pommette là, accentuer les régimes alimentaires…
 
Mais les deux demoiselles sont beaucoup plus naturelles que les soeurs Jenner-Kardashian. Elles sont également discrètes, ne versent pas dans le scandale, ne déambulent pas en petite tenue dans la rue et ne mettent pas en vente de stupides gadgets à leur effigie. Mieux encore, Bella et Gigi accusent le coup des bouleversements familiaux sans broncher (en public, du moins), qu’il s’agisse du divorce de leur mère avec Foster ou la dernière conquête en date de leur père : Shiva Safai, 30 ans, mannequin d’origine iranienne élevée en Norvège.
 
À 17 ans, leur petit frère Anwar, en revanche, aurait lui aussi de bonnes chances d’alimenter les unes des tabloïds. Comme ses soeurs, il accumule des millions de followers sur Instagram, a posé pour plusieurs magazines et s’affiche avec sa petite amie actrice, Nicola Peltz. Sa meilleure amie ? Une autre héritière, Sofia Richie, fille de Lionel Richie et de la créatrice de mode Diane Alexander. Cependant, lui aussi cultive un discours raisonnable : « Le maître mot dans notre famille c’est : “travaille dur, sois humble, gentil et attentif à ceux qui nous entourent” », déclarait-il au début du printemps dans Teen Vogue.
 
Moins racoleurs que les Kardashian, mais moins populaires puisqu’ils ne s’affichent pas ensemble dans une émission de télé-réalité, les Hadid s’inscrivent néanmoins dans la tendance des clans, des Hilton aux Richie. On ne compte plus les photos où Bella, Gigi et Anwar entourent affectueusement leur mère et assistent aux défilés des uns ou des autres. Ils n’hésitent pas non plus à montrer leur vulnérabilité. Atteinte de la maladie de Lyme comme Bella et Anwar, Yolanda a dû quitter prématurément l’émission The Real Housewives de Beverly Hills.
 
Gigi, elle, souffre d’une maladie de la glande thyroïde qui lui aurait fait perdre beaucoup de poids. Ce qui ne l’empêche pas de rester, malgré la notoriété grandissante de Bella, la plus célèbre de la famille. Depuis son apparition en couverture de CR, la revue de Carine Roitfeld (ex-rédactrice en chef de Vogue Paris), alors qu’elle était à peine majeure, tous la réclament, de Balmain à Victoria’s Secret en passant par Tommy Hilfiger, Versace et Chanel. Ses atouts : un visage angélique, une bonne humeur affichée et un côté girl next door rassurant… qui n’oublie pas ses origines arabes.
 
En 2014, visitant la mosquée d’Abu Dhabi, elle déclarait être « heureuse de se reconnecter à ses ancêtres ». De quoi contredire les récentes accusations d’opportunisme à la suite de la déclaration de Bella. Conscients du rêve américain offert par leur père mais aussi de la nécessité de cultiver leur patrimoine moral et affectif, les enfants Hadid vont sans doute, sous l’oeil encourageant de leurs parents, entériner la puissance de leur clan. De l’Occident où ils ont puisé leur richesse, à l’Orient où ils deviennent des modèles à suivre.
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