août 2017
PAROLE D'EXPERT

Capital-risque : le continent est le prochain territoire à conquérir

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Par KENZA LAHLOU

Nous sommes à l’aube d’une nouvelle révolution. La forte croissance africaine, couplée à l’explosion des nouvelles technologies, ouvre les frontières pour les investisseurs. La preuve, quelque 366,8 millions de dollars ont été injectés dans des start-up technologiques sur le continent en 2016, d’après une étude publiée par le fonds Partech Ventures (qui n’a retenu que les transactions supérieures à 200 000 dollars). Ce montant a été multiplié par 8,7 en l’espace de quatre ans. Sur l’ensemble des fonds levés, trois écosystèmes se distinguent : le Nigeria avec plus de 100 millions, l’Afrique du Sud avec 96 millions et le Kenya avec 92 millions, illustration de la longueur d’avance de la zone anglophone.

Si les deux géants continentaux, nigérian et sud-africain, sont aujourd’hui en difficulté sur le plan macroéconomique, cela n’empêche pas un dynamisme entrepreneurial de se développer, porté par un attrait croissant pour le secteur des fintech. Au Kenya, le pionnier du paiement mobile M-Pesa, ne cesse de faire des émules : de plus en plus de start-up tentent d’apporter des solutions innovantes à l’accès au microcrédit et aux services financiers. Les banques sont aussi engagées dans le processus et elles collaborent avec les start-up pour co-innover, soit directement, soit à travers des programmes d’accélération comme l’a fait Barclays en Afrique du Sud et en Égypte. La digitalisation dépasse désormais le monde bancaire et transforme des secteurs traditionnels comme l’agriculture, la santé et l’éducation.

Les plus grands investisseurs au niveau mondial s’intéressent à l’Afrique. Ainsi, Marc Zukerberg, le fondateur de Facebook, a apporté 24 millions de dollars à la start-up nigériane Andela avant d’organiser sa première tournée africaine à la rencontre des entrepreneurs au Nigeria et au Kenya. Dave McClure, fondateur de 500 Startups, un des venture capital les plus actifs de la Silicon Valley, a lui aussi choisi l’Afrique comme destination de sa tournée annuelle, « Geeks on a Plane », qui conduit une délégation d’acteurs internationaux à la découverte des écosystèmes émergents les plus dynamiques. Enfin, Michael Seibel, patron de YCombinator, l’accélérateur le plus prisé de la Silicon Valley, marque également son intérêt pour le continent cette année en soutenant un des premiers fonds d’amorçage destiné aux start-up africaines, celui que je porte, Outlierz.

L’explosion des nouvelles technologies transforme les défis en opportunités. Avec plus de 70 % de la population africaine âgée de moins de 35 ans et une pénétration du smartphone estimée à 725 millions d’ici 2020 – soit trois fois plus qu’en 2015 –, beaucoup parlent d’une « seconde révolution mobile ». Le terrain parfait pour des start-up qui répondent à des besoins de base touchant une population jeune, en forte croissance et de plus en plus connectée. Certains pays prennent une longueur d’avance. L’impressionnant Rwanda met ainsi la technologie au coeur de sa vision 2020 pour se positionner comme hub africain de l’innovation.

Ce petit pays – qui prend Singapour pour modèle – investit massivement dans ses infrastructures et cherche à se doter de technologies de rupture : des drones pour livrer des médicaments, 4 500 kilomètres de fibre optique pour un accès Internet gratuit ou encore le wi-fi à bord de RwandAir, qui devient la première compagnie aérienne à lancer ce service en Afrique. Pour toutes ces raisons, le continent s’impose comme le marché de l’avenir pour le capitalrisque. Les acteurs les plus avisés l’ont déjà compris. Il suffit d’une seule success-story pour que d’autres suivent. Le train est en marche…

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