novembre 2018

Consolider l’unité nationale

Par François BAMBOU
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Face à la gravité des exactions des bandes armées qui sévissent dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, le président devra veiller à restaurer le tissu économique et rétablir une vie sociale apaisée.
 
Pour la plupart des Camerounais qui ont toujours vanté leur diversité et surtout leur bilinguisme français/anglais, les tensions politiques aux lourdes conséquences socio-économiques qui ont cours dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest sont vécues comme un drame national. Et c’est tout naturellement que cette question s’est invitée au contentieux postélectoral de la présidentielle, les différentes parties s’inquiétant de savoir si les citoyens de ces régions, terrorisés par des groupes armés se réclamant de mouvements séparatistes sans visage, ont pu voter librement lors du scrutin présidentiel du 7 octobre dernier. Si des agents téméraires de l’administration électorale et des forces de l’ordre ont pu garantir la tenue formelle du scrutin, la faible affluence observée dans ces zones donne tout son sens à la volonté exprimée par Paul Biya de régler cette crise au plus vite. « Il nous reste à restaurer la paix dans nos régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, meurtries par les exactions des sécessionnistes. »
 
Rester unis et solidaires
« En apportant à nos compatriotes de ces deux régions toutes les satisfactions qu’elles sont en droit d’attendre et en les protégeant contre les excès de ces soidisant libérateurs, nous démontrerons que leur avenir se trouve bien au sein de notre république. Nous pourrons alors poursuivre notre marche en avant en saisissant toutes les grandes opportunités qui s’offrent à nous. Mais il nous faudra pour cela rester unis et solidaires, manier à la fois la fermeté et le dialogue et demeurer fidèles à notre idéal démocratique », expliquait-il le 29 septembre dernier, lors d’une visite de campagne à Maroua dans l’Extrême-Nord, une région où l’État a également dû neutraliser des hordes de combattants de la secte islamiste nigériane Boko Haram. Il faut dire que la situation s’est sérieusement détériorée dans les deux régions anglophones : en plus des édifices publics incendiés et des emblèmes de l’État profanés, les meurtres de civils et d’agents des forces de l’ordre sont devenus courants. Les terroristes attaquent régulièrement les projets de construction d’infrastructures sociales et économiques. En outre, les opérations « villes mortes » ont causé un exode massif vers les régions voisines francophones. Une situation dont les conséquences économiques indignent le Groupement inter-patronal du Cameroun (Gicam), la principale organisation des hommes d’affaires les plus influents du pays : « La crise dans les régions du Sud- Ouest et du Nord-Ouest a déjà sérieusement entamé leur tissu économique. Elle a fragilisé des filières importantes comme celle du cacao et conduit à l’agonie des mastodontes agro-industriels qui structuraient des pans entiers de l’économie de ces régions et au-delà. Face aux menaces et aux pertes enregistrées suite à des actes de vandalisme et autres, de nombreuses entreprises y ont réduit leur présence commerciale à sa plus simple expression. Les manques à gagner en matière de chiffres d’affaires sont importants et s’ajoutent aux préjudices déjà subis suite aux destructions d’actifs », peut-on lire dans une analyse du Gicam produite il y a un mois. La crise a ainsi engendré un manque à gagner immédiat en matière de chiffre d’affaires estimé à 270 milliards de francs CFA, 6 milliards de francs CFA de recettes fiscales perdues pour l’État au titre de l’acompte de l’impôt sur les sociétés, 2,1 milliards de francs CFA en destructions de biens immobiliers, de matériels roulants et meubles. Près de 6 500 emplois formels ont déjà été perdus et 8 000 autres emplois sont menacés, uniquement dans l’agroindustrie, dans une zone qui produit l’essentiel du cacao, du thé et une bonne partie du caoutchouc et de la banane exportés. Pour la Cameroon Development Corporation (CDC), deuxième employeur du pays après l’État, la situation est catastrophique. Sur 29 sites de production, une quinzaine est à l’arrêt, certains étant devenus des camps de base pour les assaillants armés qui en ont délogé les travailleurs. Des évolutions qui révèlent l’ampleur du défi pour le gouvernement. Connu pour son pragmatisme et ses talents de négociateur, l’ancien Premier ministre Peter Mafany Musonge, lui-même originaire du Sud-Ouest, a été nommé président de la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme. Sa mission : proposer des solutions pour maintenir la paix, consolider l’unité nationale et renforcer la volonté du vivre-ensemble. Pour le président de la commission, il est impérieux que les extrémistes mettent de l’eau dans leur vin pour donner une chance au retour à la normale, tel qu’il l’a expliqué lors d’une visite aux populations de cette région : « Chers frères et soeurs de la région du Sud-Ouest, la situation est grave – très grave, et le chef de l’État en est conscient. Il en est très inquiet et la preuve en est le nombre de missions de réconciliation envoyées dans nos deux régions au cours des douze derniers mois. La situation devient insupportable et c’est pourquoi le chef de l’État a décidé de renforcer le dialogue en envoyant sur le terrain, cette fois-ci, tous les membres de la commission pour promouvoir le vivreensemble en consolidant la paix, cette paix si chèrement acquise et qui, aujourd’hui, est gravement compromise. »
Dans l’attente, le pouvoir continue de donner des gages de bonne volonté. L’ensemble des revendications posées au départ par les avocats et enseignants anglophones et qui ont servi de prétexte à l’entrée en scène des groupes armés séparatistes ont été résolues et bien au-delà, des mesures de confiance ont été prises, telles que la création de nouvelles filières dans les grandes écoles dédiées aux anglophones. Ou encore des opérations spéciales de recrutement d’enseignants et d’agents publics anglophones. En plus d’ordonner l’arrêt des poursuites contre certains premiers acteurs de la contestation, le gouvernement a mis en place un plan d’urgence humanitaire financé à hauteur de près de 13 milliards de francs CFA. Ce plan a déclenché la mobilisation de toute la communauté nationale à travers des dons divers notamment en numéraire pour porter assistance aux 75 000 déplacés internes des deux régions, et aux 22 000 victimes d’exactions diverses.
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