juin 2016

CONSOMMONS LOCAL ?

Par Emmanuelle PONTIÉ
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On parle de crise, d’économies par terre en Afrique centrale pour cause de prix du baril en berne, d’absence de marché pour les produits manufacturés… Mais on parle ausi de notre continent comme la dernière frontière de la croissance, comme un vivier inépuisable de riches potentiels en tous genres. Alors, moi, je ne comprends pas. L’Afrique et  les Africains. Ok, le « grand capital » du Nord continue à puiser dans les matières brutes et rechigne à ce que la plus-value d’un diamant ou d’une balle de coton soit réalisée sur place. Pas de marché pour une usine de taille dans le Kasaï-Oriental, car on monte les solitaires de fiançailles à Anvers. Pas de débouchés pour le pagne à Dakar car on le fabrique en Hollande, au pays des tulipes. Pas de clients pour le jus de mangue made in Cameroun car en Europe,  on boit de l’Oasis ou du Joker. On est d’accord. Il faut  que ça change. Mais en attendant, les Africains eux-mêmes pourraient être un mégamarché pour leurs propres produits, non ?

Ils devraient en être les premiers ambassadeurs, en les consommant non stop, en les mettant à la mode. Et d’abord à leur table. Or, que nenni ! Le chic du chic, c’est encore de servir un jus Pampryl, de manger du chocolat Milka ou des Tuc en apéro. Mieux, dans la corbeille de fruits, disposer quelques pommes aura meilleur effet qu’arborer des goyaves. Et tout est à l’avenant : le mobilier acheté en France hier et à Dubai aujourd’hui, plutôt qu’un salon en osier tressé par des artisans du cru. Avez-vous aussi remarqué le nombre de tableaux « surréalistes » représentant une moisson de blé ou un petit village de Bretagne fièrement arborés sur les murs des villas cossues à N’Djamena ou à Malabo ?

Alors que les artistes locaux cherchent désespérément des clients pour leurs toiles contemporaines. Pire, offrir un des rares pagnes fabriqués en Afrique à sa dulcinée est du plus ringard. Elle préférera un tailleur en viscose acheté à vil prix boulevard Barbès par son chéri parti en mission. Bref, contrairement à ce que l’on croit, i l existe beaucoup de produits transformés en Afrique moins chers et de bonne qualité qui devraient au minimum séduire la consommation locale. Ça donnerait un coup de fouet à l’économie, aux petites PMI. Et accessoirement, le panier de la ménagère aurait un coût allégé. Imaginons : vêtue d’un pagne Cicam composé au motif de son choix, Madame irait choisir une toile de Chéri Samba ou un souwer sénégalais pour la déco de son salon, acheter des frites d’igname ou de plantain séchées pour l’apéritif de ses invités, composé de bière de mil ou de vin de palme, de jus de goyages en bouteille ou d’eau gazeuse, et des yaourts, bonbons, tablettes de chocolat et gâteaux pour sa progéniture… Allez, et même si j’en rajoute un peu exprès, c’est juste pour dire que lorsque l’on est fier de son sceau national « made in », c’est la bonne attitude pour convaincre les autres. Pensez-y, pensez-y…

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