octobre 2017
Récit

Corée du Nord : voyage chez Kim

Par Jean-louis GOURAUD
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Fin 2016, l’écrivain Jean-Louis Gouraud s’est rendu dans la très fermée République populaire. Un témoignage à contre-courant sur la seule dynastie communiste du monde.
 
Ce n’est certes pas l’endroit où je vous recommanderais d’aller passer vos prochaines vacances, mais « en même temps » (selon la formule préférée du jeune président français), on ne peut pas dire que la Corée du Nord soit l’antichambre de l’enfer. Ni même cette nation-caserne peuplée de robots fanatiques que décrivent souvent mes excellents confrères les journalistes – spécialement ceux qui n’y sont jamais allés.
 
M’y étant rendu moi-même (à la fin de l’année dernière) je peux en témoigner. Pyongyang, la capitale, ressemble à n’importe quelle grande ville du monde, hérissée d’immeubles plus ou moins moches, sillonnée de gens pressés, qui, le téléphone collé à l’oreille, s’engouffrent dans les trolleybus ou le métro, et dont le centre est, aux heures de pointe, engorgé par des débuts d’embouteillages. Comme un peu partout, on peut s’y déplacer aussi en taxi et aller manger dans un des nombreux restaurants tout à fait convenables où les étrangers et leurs devises sont les bienvenus.
 
 
Pyongyang est une ville apparemment « normale », à ceci près que chaussées, trottoirs, jardins et esplanades sont d’une incroyable propreté. Et que la publicité – omniprésente dans le monde capitaliste – est ici totalement absente. Elle est remplacée, en revanche, par une abondante propagande politique, composée d’interminables slogans et mots d’ordre (en lettres coréennes, et donc incompréhensibles par le visiteur étranger) qui s’étalent sur toute la largeur d’une avenue, d’une colline ou d’un immeuble. Plus faciles à comprendre : des affiches géantes montrant de méchants soldats (américains) repoussés par de courageux soldats (coréens). Ou encore, à tous les coins de rue, ou presque, des représentations monumentales des deux Kim ayant précédé l’actuel (Kim Jong-un) à la tête du pays : Kim Il-sung le fondateur et son fils Kim Jong-il.
 
 
Ces immenses statues hyperréalistes ne sont pas sans rappeler à celui qui, comme moi, a beaucoup fréquenté l’Afrique dans les années 80/90, celles qui avaient été érigées à Kinshasa, Bangui ou Lomé à la gloire des empereurs ou maréchaux de l’époque : Mobutu, Bokassa, Eyadema. Rien d’étonnant : ces bronzes colossaux avaient été réalisés en Corée du Nord ! Et nombreux sont ceux qui, de nos jours encore, font appel au savoir-faire des artistes et fondeurs nord-coréens : ce fut récemment le cas, par exemple, pour l’édification à Dakar en 2010, du Monument de la Renaissance africaine voulu par le Président sénégalais Abdoulaye Wade.
 
Je n’ai donc pas l’intention de nier ici, on l’a bien compris, que le régime nord-coréen pratique à outrance le culte de la personnalité. Je me contente de raconter ce que j’ai vu. Bien qu’on m’ait autorisé à voir beaucoup de choses, je sais bien qu’on ne m’a pas tout montré. Ni centrale nucléaire, ni rampe de lancement de missiles ! Si j’ai été invité à me rendre au mausolée – plus grand que le château de Versailles – où reposent les momies de ses deux prédécesseurs, je n’ai pas pu savoir où réside exactement le dirigeant actuel.
 
De la même façon, je sais bien que le régime ne tolère aucune opposition, ni même la tiédeur ou de la passivité à son égard y compris au sein du cercle rapprochée de Kim Jong-un, président du parti et de la commission des affaires de l’État, chef de l’armée ! Comme tout le monde, j’ai entendu dire que le pays était constellé de bagnes, de pénitenciers, de camps de redressement idéologique.
 
C’est plus que probable, d’autres jurent que c’est certain. Ce qui est vrai aussi – et de cela au moins je peux témoigner – c’est un effort d’ouverture et de « décrispation » de l’ambiance. Un effort pour fournir aux citoyens d’autres distractions que les réunions du Parti, les défilés militaires et autres mobilisations patriotiques.
 
Tout en investissant massivement dans l’armement le plus sophistiqué et donc le plus coûteux, le régime du jeune Kim Jong-un a trouvé les moyens de faire « bouger » Pyongyang, où se sont ouverts, au cours de ces dernières années, d’extraordinaires parcs d’attractions, complexes hippiques, ensembles de jeux aquatiques et même des stations de sports d’hiver… Non, certes non, la Corée du Nord, bien qu’elle soit un très beau pays de montagnes et de rizières, est loin d’être un paradis, mais ce n’est pas non plus, je l’ai dit dans les premières lignes de cet article, l’enfer que l’on croit. 
 
Quant à l’espèce de délire mégalomaniaque dont feraient preuve les Nord-Coréens en voulant se doter de moyens balistiques nucléaires, je me contenterai de faire à ce sujet un bref rappel historique. Les premiers à s’être lancés dans cette folle surenchère, ce ne sont pas les Nord-Coréens, mais les Américains, par la bouche du général MacArthur qui, en 1950, avait menacé le régime de Pyongyang de la bombe atomique. Lorsque cinq ans après avoir balancé leurs engins sur Hiroshima et Nagasaki, les Américains vous menacent d’en faire autant chez vous, mieux vaut les prendre au sérieux. C’est ce que font les Nord-Coréens, qui sont des gens peutêtre un peu rancuniers, c’est vrai, mais sérieux et obstinés.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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