novembre 2017
C’EST COMMENT ?

Défier la menace

Par Emmanuelle Pontié
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C’est devenu banal. On a appris à vivre sous haute surveillance, dans un univers peuplé d’hommes en tenue, comme on dit en Afrique. L’entrée des hôtels et des restaurants est barricadée, à Ouaga, à Bamako… Des sas de fouille, hermétiques, ont été installés à la porte des brasseries, boîtes de nuit, espaces de loisirs. On passe des détecteurs d’explosifs sous les voitures.

À Yaoundé, une patrouille de sécurité est installée à l’entrée de l’aéroport, qui demande les papiers d’identité et inspecte les coffres. Des cordons de vigiles sont déployés autour de chaque manifestation, des gendarmes sillonnent les marchés surpeuplés. Tout cela a un coût. Énorme. Qui pèse dangereusement sur les budgets des États. Qui alourdit aussi les dépenses des patrons d’établissements privés, et se répercutent sur le prix au consommateur. À Abidjan, Cotonou, Lomé, Niamey, N’Djaména aussi. Entre les djihadistes qui opèrent au Sahel et ceux qui se déploient depuis le nord du Nigeria, le continent noir est pris en tenaille, de l’ouest au centre. Avec des moyens financiers et techniques limités. Le danger, permanent, est grand pour les populations, les visiteurs.

Et pourtant, la capacité de résilience de toutes ces capitales, qu’elles aient déjà été touchées au coeur ou placées en alerte rouge, est étonnante. Chacun vaque à ses occupations comme si de rien n’était, se déplace de jour, de nuit, s’installe aux terrasses des maquis et des bars, consomme, va aux concerts, fait du business, lance des projets, investit. « Dieu est grand », selon l’adage. La survie, la vie, semblent plus fortes que tout. Et la notion de fatalité aussi, omniprésente.

Côté investissements étrangers, on constate quelques ralentissements, certes. Mais finalement pas tant que ça. Les grands projets avancent, les routes, les ponts, les usines se construisent, financées par telle organisation ou tel consortium. Une manière comme une autre de banaliser la menace. Ce qui est bien sûr dangereux, risqué. Mais c’est aussi incroyablement positif. Regarder l’avenir, y croire, en faisant fi des sinistres tueurs d’âmes, qui apportent chaos et déshérence, est une vraie performance. L’Afrique a de la ressource. De l’ambition. Et met tous les jours au défi le terrorisme de gagner. Avec un courage hors norme, dans des pays réputés pour être si faciles à affaiblir.

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