novembre 2018
8e Sommet Africités à Marrakech

Dr Fatna EL-K’HIEL
« Contrebalancer le tropisme côtier et métropolitain »

Par Zyad Limam/Jean-Michel Meyer
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Médecin spécialiste en santé publique, élue locale, membre du bureau politique du parti du Mouvement populaire, la secrétaire d’État chargée de l’Habitat développe l’approche marocaine en matière de développement durable.
 
AM : Quelle est l’importance de ce sommet Africités 8 pour le royaume du Maroc ?
Fatna EL-K’HIEL : Le sommet Africités 8 sous le haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, sera l’occasion de renforcer les partenariats entre pays afin d’améliorer les conditions de vie des populations africaines et de proposer des solutions innovantes qui prennent en considération les contextes locaux. Ce sommet sera aussi l’occasion pour le Maroc de remettre les revendications du continent sur le devant de la scène en matière de résilience aux changements climatiques, de transfert de technologies et de finance climat.
 
Le rôle des femmes et la protection des enfants feront partie des thématiques abordées au cours de ce sommet, avec en particulier la présence de SAR la Princesse Lalla Meryem.
Au cours de ces dernières années, le Maroc, à l’instar d’autres pays du globe, s’est inscrit dans une nouvelle ère de développement des conditions de vie, sensible au genre des différentes catégories sociales, notamment les femmes et les enfants. En application des Hautes Directives Royales, la prise en compte de l’équité sociale dans tous les plans de développement socio-économiques a été inscrite dans les programmes gouvernementaux. C’est dans ce contexte que les actions de réforme ont vu le jour, afin d’ancrer les principes de l’égalité entre les sexes dans le système législatif et juridique, comme dans les programmes de développement : adoption du nouveau Code de la famille, budgétisation sensible au genre, programme ICRAM 1, atteinte des objectifs du Millénaire pour le développement, défis liés à la mise en oeuvre démocratique des dispositions de la Constitution de 2011.
 
Comment décrire l’expérience marocaine en matière de développement local ? Peut-on sortir de l’emprise des grandes métropoles et du Maroc « utile » ?
Je crois que nous avons rompu il y a longtemps avec cette notion de Maroc « utile » et de Maroc « inutile », qui est une invention du protectorat. Le Maroc est aujourd’hui partout en chantier. La mise à niveau urbaine, par exemple, a concerné plus de 200 villes avec une transformation substantielle de leur paysage urbain, une amélioration notoire du cadre de vie et, par conséquent, un accroissement de leur compétitivité. Cela contribue grandement à améliorer l’attractivité des territoires aux investissements. Cette mise à niveau n’a pas concerné que l’urbain. Des centaines de centres ruraux ont été mis à niveau, avec un rapprochement des services, etc. Il ne faut pas opposer les métropoles au reste du pays. Nous sommes bien conscients du tropisme côtier et métropolitain, et nous nous efforçons de le contrebalancer par une politique d’aménagement du territoire qui fait la part belle au développement local, celui du rural, des petites villes et des centres émergents.
 
Peut-on à la fois assurer la centralité de l’État et l’autonomie des villes et des régions ?
Je poserais peut-être la question en des termes différents : comment concilier centralité de l’État et autonomie des villes et des régions ? Et je dis bien « centralité » et non « centralisme ». Je crois qu’il faut trouver le bon dosage entre ce qui relève du central, ce qui revient aux collectivités locales et comment les accompagner par une déconcentration effective et intelligente. La bonne gouvernance de la relation entre l’État et les collectivités locales nécessite le transfert d’un réel pouvoir de décision vers les services extérieurs de l’État. À cet effet, la déconcentration est la soeur siamoise de la décentralisation.
 
Comment peut-on faire évoluer la perception des populations sur la question délicate de la démographie ?
Il ressort du recensement de la population de 2014 que le Maroc compte, au 1er septembre 2014, une population de 33 848 242 habitants. Par rapport au recensement de 2004, c’est un accroissement absolu de 3 956 534 personnes. Le taux d’urbanisation est de 60,3 % en 2014, contre 55,1 % en 2004. L’accroissement de la population urbaine s’explique, d’une part, par l’accroissement démographique naturel et, d’autre part, par l’exode rural, la création de nouveaux centres urbains et l’extension des périmètres urbains des villes. Depuis le premier recensement, la population a triplé en l’espace d’un demi-siècle. Mais on observe depuis les années 1980 une tendance à la baisse du rythme d’accroissement de la population, qui se poursuivra dans l’avenir. En 2050, la population atteindra près de 43,6 millions d’habitants. La convergence des niveaux de fécondité entre les milieux urbains et ruraux pourrait susciter un rapprochement des tailles des familles entre les deux milieux, favoriser la réduction des inégalités de revenus et concourir à l’émergence d’une société plus égalitaire et plus ouverte, favorisant l’avènement d’une classe moyenne plus consistante.
 
Vous êtes en charge du dossier sensible de l’habitat. Comment conjuguer les impératifs du court et du long termes ?
Le Maroc a depuis longtemps érigé le secteur de l’habitat comme un secteur prioritaire. La politique en matière d’habitat évolue d’abord vers des actions prioritaires immédiates, qui accordent une importance aux besoins des catégories les plus vulnérables occupant des logements sommaires ou un habitat vétuste. Plusieurs programmes ont été initiés dans ce sens, notamment ceux relatifs à la résorption des bidonvilles en 2004. À côté de l’accès à un logement décent, la politique de la ville garantit aux habitants des quartiers défavorisés l’égalité dans leurs territoires, à travers l’accès aux services et infrastructures, ainsi qu’aux équipements publics. Et il y a par ailleurs des actions inscrites dans le moyen et le long termes. Au Maroc, le déficit en logements a été réduit de près de 400 000 unités en 2017 contre 800 000 unités en 2012. C’est le résultat de réformes novatrices, l’implication du secteur privé, l’instauration d’incitations fiscales, l’ouverture de nouveaux pôles urbains, la création de villes nouvelles, la mobilisation du foncier public et la création de mécanismes de financement. Dans le même sens, des études ont permis de définir les besoins réels des couches sociales, afin de mieux orienter la production de logements et de mettre en place des produits de prévention concurrençant l’habitat anarchique.
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