novembre 2018

Edoh Kossi Amenounve DG de la bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM)
« L’information va révolutionner la finance »

Par Jean-Michel Meyer
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Pour le patron de la bourse régionale des pays de l’UEMOA, le rebond des marchés passera par la mobilisation de l’épargne locale et surtout par la prise en compte des sauts technologiques.

Fondée en 1996 et installée à Abidjan, la bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), bourse commune des huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), est dirigée depuis 2012 par le Togolais Edoh Kossi Amenounve. L’ancien secrétaire du Conseil régional de l’épargne publique et des marchés financiers (CREPMF), l’autorité des marchés financiers de l’UEMOA, estime que nous sommes au seuil d’un véritable « big bang ».
 
AMB : Quel bilan tirez-vous de cette année 2018 pour les bourses africaines en général et la BRVM en particulier ?
Edoh Kossi Amenounve : Je dirais que c’est une année particulièrement difficile pour les bourses africaines. Nos indices sont en baisse. La BRVM a déjà frôlé les – 20 %. L’Afrique du Sud, le Nigeria et le Kenya ont déjà été au-delà de 10 % de baisse. Le Maroc n’est pas loin d’un recul de 8 %.
 
Comment l’expliquez-vous ?
Au départ, plusieurs investisseurs ont pris leurs bénéfices parce qu’entre 2012 et 2015, nous avons enregistré à la BRVM une hausse cumulée de 90 %. Et le PER [Price Earning Ratio, ndlr] est aussi monté à 24, voire 26 [au-delà d’un PER de 17, une action est considérée comme surévaluée, ndlr]. Le marché est devenu assez cher et moins attractif pour les investisseurs. Ce mouvement de baisse s’inscrivait pour nous dans le cycle normal de bourses qui ont connu de fortes hausses puis dont les cours sont ramenés à un niveau suffisamment attractif pour les nouveaux entrants.
 
Mais ce n’est pas l’unique explication ?
D’un point de vue macroéconomique, les raisons sont plus profondes, avec la faiblesse de la croissance en Afrique, qui se situe autour de 3,4 %. Or le taux de croissance des États- Unis avoisine les 2,9 %. Pour les investisseurs internationaux, le marché américain redevient intéressant, ceci couplé avec la hausse du dollar. L’environnement mondial en matière de croissance est moins favorable à l’Afrique.
 
Comment comptez-vous agir pour maintenir l’attractivité des marchés africains ?
Nous devons profiter de cette situation internationale défavorable pour mettre l’accent sur les politiques locales, continentales, à travers la mobilisation des ressources mais aussi le développement des marchés des capitaux et du secteur privé. Pour le marché des capitaux, nous avons besoin d’ouvrir une voie pour les PME afin qu’elles puissent financer leur développement.
 
On parle beaucoup de l’impact des technologies sur la finance. Depuis mars 2018, vous êtes le président de l’AfricaFinLab, le Laboratoire de la finance africaine. Que peut-on en attendre ?
L’AfricaFinLab est une initiative de Paris Europlace [l’organisation chargée de promouvoir et développer la place boursière de Paris, ndlr] pour encourager le développement de la finance en Afrique sur trois axes : la diffusion d’informations, la promotion des initiatives utilisant les technologies et la formation des acteurs aux enjeux du développement de la finance technologique. Cette initiative fédère les acteurs européens, français et africains. Pour moi, c’est fondamental. C’est la nouvelle opportunité pour améliorer le financement de nos économies.
 
En quoi est-ce une opportunité ?
Aujourd’hui, c’est une évolution mondiale extraordinaire de voir comment la technologie est en train de combler les insuffisances des marchés financiers. On a tous appris que dans une économie, l’accès à l’information est difficile. Il existe une asymétrie d’information entre les opérateurs. Cette asymétrie est source d’inefficience, alors que les théories de base enseignent que dans une économie pure et parfaite l’information est accessible à tous et à moindre coût. Quand les grands théoriciens ont émis ces hypothèses, comme le Prix Nobel d’économie 2001, Michael Spence, on s’est dit qu’ils rêvaient. Aujourd’hui, nous nous en approchons grâce à la technologie !
 
N'est-ce pas trop théorique ?
Cette technologie qui facilite l'accès à l'information à moindre coût est une opportunité immense qui changera fondamentalement nos économies. L'oportunité est encore plus importante pour l'Afrique! Il y a vinght ans, on ne pouvait pas imaginaer être assis à Abidjan ou à Lomé et recevoir des informations en temps réel sur Général Motors, par exemple. Si vous êtes sur le meme site, vous accèdez à la meme information qu'un Francais, un Americain ou un Australien. La technologie révolutionne la finance. On est entré dans une nouvelle ère. L'idée de l'Africa FinLab est de pouvoir maximiser cette oportunité pour bouster les économies et la finance africaines au-delà de ce que l'on espère. Les progrès que nous ferons dans les dix prochaines années seront plus importants que ceux que l'on a fait dans les cents dérnières années parce que l'on a une vitesse de circulation et d’accès à l’information qui est quasiment au-delà de toute espérance.
 
Ce seront davantage de services ?
Quand on utilisera les big data pour accéder à des services financiers, ce sera une avancée extraordinaire. Vous n’aurez plus besoin de vous déplacer chez votre banquier, des robots financiers vous renseigneront. Sur le marché des capitaux, des plates-formes de souscription collecteront l’épargne à partir du téléphone mobile, comme on le voit au Kenya ! La fintech vient bouleverser la finance traditionnelle pour des questions de coûts. C’est toute l’économie qui est gagnante, qui est plus performante, avec des coûts de transaction qui sont faibles voire inexistants. L’Afrique a l’opportunité de créer un cadre économique avec des coûts relativement faibles.
 
Vous annoncez un âge d’or pour la finance ?
Retenons que toute économie dont la marge d’intermédiation est faible et où les coûts de transactions et des services financiers sont faibles est une économie performante. Si l’Afrique peut bâtir des économies sur ce modèle, la croissance du continent sera plus rapide et plus forte.
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