mars 2017

ENCORE FRANCOPHONE ?

Par Emmanuelle PONTIÉ
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Le 20 mars, c’est la journée « teuf » de la francophonie. Comme chaque année ! Avec plein de réjouissances au programme. Et tant mieux. Parce que la langue française a bien besoin d’être soutenue, principalement dans les zones subsahariennes. Car elle part en quenouille, faut le reconnaître. Les anciens Centres culturels français, rebaptisés Instituts (pas très fun), font bien moins parler d’eux. Côté activités, spectacles, concerts, ciné, biblio, on dirait que l’austérité s’en est mêlée. Souvent, quelques jeunes viennent juste se connecter au réseau wi-fi gratos du petit café que l’antenne francophone abrite… Point.
 
En même temps, la langue de Molière n’a plus la cote. Au pays de la Téranga, bastion historique du french style, sur-soutenu par les années Senghor, les jeunes ne la parlent pratiquement plus. Le wolof a repris ses droits. La faute au système d’enseignement, qui a pris du plomb dans l’aile, dit-on. Fini le temps où l’on envoyait les progénitures nanties faire des études à Dakar. Aujourd’hui, elles mènent des cursus à Casablanca ou aux États-Unis. Selon les moyens des parents. Paris, avec ses tracasseries pour les visas longue durée, est passé de mode depuis longtemps. D’où, aussi, la généralisation de l’anglais au détriment du français. C’est la langue du business, de la réussite, de l’avenir… D’autres raisons, politiques au Rwanda, par exemple, ont joué en faveur de l’anglo-saxon. Et bien sûr, le recul de l’influence économique hexagonale sur l’ex-pré carré en ­général a… carrément joué aussi. L’ouverture des économies d’Afrique au multilatéral, aux pays émergents, aux relations Sud-Sud ont rebattu les cartes. Et beaucoup de jeunes Africains partent désormais étudier dans des contrées lointaines, en Asie ou en Inde. Fait inimaginable pour la génération précédente, qui ne jurait que par les facs ou les écoles privées de Paname.
 
Bref, l’Afrique a mal à sa francophonie, tout en demeurant malgré tout la zone la plus imprégnée de culture française parmi les 80 pays membres de l’OIF (Organisation internationale de la francophonie) et les 220 millions de people concernés sur les cinq continents. Alors bien sûr, les prochaines politiques élyséennes sur le continent devront prendre en compte cette désaffection (si ce n’est déjà fait) et tenter de l’enrayer avec des programmes ou une présence plus efficace localement. Mais surtout, on peut se demander si c’est une bonne chose pour les boys de Dakar ou les Chegue de Kinshasa de tourner le dos à une langue internationale parlée justement dans 80 pays dans le monde ; celle de leurs parents aussi, qu’ils l’aient choisie ou non, et, enfin, celle qui permet encore à des peuples aux langages vernaculaires multiples au sein d’un même pays de se comprendre, d’échanger, de faire du commerce. La francophonie, c’est d’abord une culture commune. Multiple, internationale, riche.
 
Alors bonne fête du 20 mars à tous. 
 
Qu’on se le dise ! (et en français, please !)
 
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