octobre 2018

Entre blade runner et black panther

Par Zyad Limam
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C’était une première fois, pour 48 heures avec le président français, Emmanuel Macron. Une approche personnelle tout en précaution, en prudence, en excitation. Lagos, enfin, après toutes ces années africaines… La mégalopole avec ses légendes urbaines, ses mythes, sa force et sa violence… À l’approche de l’avion, il y a d’abord cette sensation d’immense uniformité, ces faubourgs sans limites, faits d’immeubles à un ou deux étages. Puis, il y a cet aéroport hors d’âge, tellement décalé par rapport aux ambitions de cette cité ouverte sur le monde, et ces embouteillages dantesques, souvent accentués par des travaux qui semblent n’avoir pas vraiment de logique. Des voitures, des taxis-motos qui s’entassent, se frôlent, se touchent, un délire où l’on se dit que le moindre accident peut mal tourner. Il y a ces autoroutes majestueuses qui traversent la mer entre le continent et les chapelets d’îles, et lorsque l’on tourne la tête, on aperçoit ces immenses cités lacustres, royaume des pauvres, des dépossédés et des migrants. Il y a cette densité de la population, cette concentration humaine, ce foisonnement indiscipliné qui fait penser aux méga-villes d’Inde ou d’Asie du Sud-Est. On étouffe et on respire à la fois. Il y a ces hôtels orgueilleux sur Victoria Island, dans lesquels se croisent tous les businessmen du monde, où l’eau est parfois un peu marronnasse – mais ce n’est pas très grave, parce que c’est ici que la grande Afrique de demain se construit. Il y a cette élite, des hommes et des femmes d’affaires richissimes, porteurs et porteuses de projets sans limites, et quelque part, ça fait du bien de sentir cette énergie. Même si l’on se doute que pour ceux qui vivent sur l’eau, sous les ponts, pour les damnés de la ville, c’est l’enfer du capitalisme africain. On va vers le Shrine, la boîte de nuit mythique de Fela Kuti, reconstruite par son fils Femi. Au fond, de grands gaillards fument des pétards pendant que le président français applaudit Femi, magicien du saxophone. On se dit que s’il pleuvait, l’inondation et le court-circuit ne seraient pas loin… Retour vers l’Europe. Évidemment, on reviendra se replonger ici, s’immerger dans ce maelström urbain, dans ce film à mi-chemin entre Blade Runner et Black Panther. Dans cette préfiguration de ce que l’Afrique peut offrir de pire comme de meilleur.

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