mars 2017

ESCALE AU ROYAUME

Par Zyad LIMAM
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En voyage à Rabat, au Maroc, fin février. à l’occasion d’une conférence. Il pleut abondamment. Et tout le monde s’en réjouit. Ça dure depuis un certain temps, et c’est le présage d’une belle année agricole, et donc le présage d’une bonne année tout court. La sage capitale vaque à ses affaires, presque relax. À la conférence, organisée par la toute-puissante BID, la Banque islamique de développement, on évoque le renforcement nécessaire, impératif des liens économiques et commerciaux (pour le moment assez limités) entre le monde arabe et l’Afrique. Les Marocains accueillent l’événement et ils sont bien décidés à jouer un rôle essentiel de plateforme.
 
Dans notre Afrique dite émergente et pourtant à nouveau touchée durement par la crise économique, la résurgence des conflits, le Maroc offre une image différente, de dynamisme et d’optimisme. Les agences de notation internationales, les analystes parlent de perspectives « positives ». On évoque une poussée des exportations dopée par une ambitieuse politique industrielle et une baisse de la facture énergétique. On feuillette la presse, on regarde les news spécialisées. L’Office chérifien des phosphates (OCP) va signer un « deal » important en Guinée. Le port Tanger Med se positionne comme la porte d’entrée en Méditerranée et inquiète de plus en plus ses concurrents espagnols. La Banque marocaine du commerce extérieur (BMCE) s’apprête à lancer la construction de son nouveau siège. Les entrepreneurs ont des projets. 
 
Et les sceptiques évidemment ne sont pas loin. Café avec un jeune artiste engagé, qui développe la thèse des deux royaumes. Celui ouvert sur le monde, les idées, le changement, la création. Et l’autre, conservateur, réactionnaire, défenseur d’un ordre social « archaïque ». Dans le salon d’un grand hôtel, un observateur souligne la sclérose de la société politique et des partis : le royaume n’a toujours pas de gouvernement, cinq mois après les législatives. Le Premier ministre sortant, Abdelilah Benkirane (leader du parti islamiste modéré PJD), n’arrive pas à former son équipe. Calculs, querelles, manipulations… Et toujours pas de solution en vue (à l’heure où sont écrites ces lignes). La machine administrative fonctionne au ralenti. On attend. Mais le problème n’est pas que fonctionnel. L’opinion, le peuple, les électeurs, lassés, se détachent de ces jeux de couloirs mais aussi, d’une certaine manière, des principes démocratiques perçus comme stériles et inefficaces.
 
Retour en ville. La nuit tombe. Les murailles du palais sont éclairées, les jardins impeccablement tenus. Le roi n’est pas là. Mohammed VI est en Afrique, pour sa « on ne sait plus combientième » tournée subsaharienne. Lusaka, Conakry, Abidjan… Le jet royal traverse le ciel continental. Et le message est clair. Pour le Royaume, le cap stratégique est au sud. Et le roi, jeune quinquagénaire, travaille, fait bouger les lignes, entreprend. Et fait aussi des selfies assez stupéfiants (le dernier en date avec le talentueux styliste Pathé’O). En rentrant à Paris, on se dit que ce pays est décidément séduisant, que ce roi actif, populaire, au centre de la scène, est essentiel, un arbitre, bien sûr, mais aussi un « motivateur », un « initiateur ». On se dit aussi qu’il n’y a pas de personnage providentiel, qu’il faut des soupapes, des relais et des amortisseurs. Et que le Maroc a besoin de faire vivre sa jeune démocratie, avec des citoyens qui votent et qui participent, qui se sentent concernés. La stabilité, le développement et la démocratie, même progressive, vont ensemble.
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