août 2017

Famille, je vous hais !

Par Emmanuelle PONTIÉ
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C’est la période où les diaspo prennent l’avion. Pour aller passer quelques semaines en famille, au pays. Voir une maman âgée, quelques potes de promotion pour boire des coups dans les maquis-souvenirs. Ou accompagner un enfant chez leur belle-soeur pour les vacances. En Europe, ce genre de programme, classique, ne présage a priori que du bonheur. Mais en Afrique, c’est une autre paire de manches… Le diaspo black, qu’il ait réussi ou non à l’étranger, lui, il est attendu de pied ferme chez les siens. Avec une litanie de doléances et de besoins pécuniaires sonnants et trébuchants. Pas question que la famille restée « souffrir » au bled ne rançonne pas un peu (et souvent beaucoup) celui qui a eu « la chance » de partir s’installer dans un pays riche. Les yeux pleins d’étoiles lorsqu’on évoque la tour Eiffel ou la statue de la Liberté, elle ne peut imaginer qu’il y a aussi des banlieues éloignées sordides où l’on souffre pareil, voire plus en étant déraciné, loin de la chaleur familiale.

Que la vie est chère et les revenus souvent non alignés. Du coup, devant un monde aussi impitoyable, les diaspo multiplient les ruses pour échapper au racket organisé. Certains ne préviennent pas qu’ils arrivent, prétextant l’effet de surprise. Juste pour éviter l’interminable liste de courses qu’on leur demande d’apporter par avion, jamais remboursées et entraînant évidemment des excédents de bagages pour leur pomme.

Parfois, ils s’installent chez un pote, pour éviter les cohortes de cousins et neveux affamés qui défilent à la maison familiale. J’en connais un qui a même prétexté s’être fait dérober son portefeuille à l’aéroport, pour passer trois semaines à dire à tous qu’il ne pouvait rien donner, malheureusement. Bien sûr, il y a ceux qui prodiguent des largesses, en ayant prévu la dépense à l’avance. Eux, heureux et fiers au départ de montrer quand même qu’ils ont « réussi », se retrouvent ratissés comme des passe-lacets pour le reste de l’année, contraints de manger des nouilles ou de la bouillie d’igname jusqu’à ce que les économies se reconstituent.

Avant d’être spoliés à nouveau l’année d’après. Alors, conseil d’un autre ami qui a tout compris pour l’été : envoyer un billet d’avion à sa mère ou à son père et profiter d’eux loin de la famille-aspirateur. Moins compliqué, même avec les histoires de certificats d’hébergement, assure-t-il. Mais bon, aux autres aussi, bonnes vacances quand même !

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