octobre 2018

Florent Couao-Zotti : « Une industrie structurée »

Par Christophe Langevin
Partage

L’écrivain béninois Florent Couao-Zotti est traduit dans une dizaine de langues. Installé à Porto-Novo, il se rend fréquemment à Lagos par la voie terrestre. Une mégalopole qui n’a jamais cessé de le fasciner.

AM : L’attractivité de Lagos est-elle due à la force de sa culture ?
Florent Couao-Zotti : Lagos n’est pas seulement une capitale culturelle, cette méga cité est surtout un pôle du capitalisme culturel. Au fur et à mesure que s’affinent les produits artistiques, que les professionnels plus formés s’y investissent, les capitaux privés deviennent plus importants. En s’ouvrant d’abord aux pays francophones limitrophes, puis à l’ensemble de l’Afrique, cette industrie s’est peu à peu structurée, exportant de par le monde les produits de ses créateurs issus d’une nouvelle génération plus ambitieuse. Ces nouveaux princes de l’industrie culturelle comme Don Jazzy des studios Mavin Records (label nigérian) se sont révélés très efficaces. En s’adossant à la diaspora, elle a réussi à ouvrir les portes de la culture nigériane à l’international. Les chanteurs les plus créatifs comme Tiwa Savage, P-Square, Davido, Yemi Alade, Flavour, Wizkid, avec une nouvelle offre musicale, en sont devenus les valeurs sûres. D’autant plus qu’avec les chaînes satellitaires, la visibilité des clips qui accompagnent ces chansons devient planétaire. Du reste, ces titres ont tellement conquis le monde que les artistes américains comme Kanye West ou Nicki Minaj sollicitent des duos avec les Nigérians pour des reprises de leurs tubes.
 
Comment s’est imposé Nollywood ?
La même analyse peut aussi s’appliquer au cinéma lagotien qu’au domaine musical. En effet, Nollywood, avec les doublages en français, en espagnol, en portugais et une technicité devenue plus professionnelle, conquiert des pays et des territoires hier réticents. Et à travers ce cinéma désormais programmé en salle, se révèle l’art de vivre du Nigérian, les fêtes de Lagos où se déploient les fantaisies artistiques, ses vêtements colorés, sa cuisine et surtout les infrastructures de Lagos marquées par la présence du Lekki-Ikoyi Bridge, devenu tout aussi célèbre que le Golden Gate Bridge des films de Hollywood (un pont moderne et élégant qui relie deux quartiers riches de Lagos : Ikoyi et Lekki. Il apparaît notamment à plusieurs reprises dans le film lagotien Fifty de Mo Abudu). Ce phénomène de diffusion massive de la culture lagotienne n’en est qu’à ses débuts. Il va s’amplifier sans doute dans les années à venir. Car le potentiel de celle-ci, comme les champs pétrolifères du pays, reste inépuisable.
Partage
À lire aussi dans MADE IN AFRICA
LE CHOC LAGOS Le choc Lagos
LE CHOC LAGOS Entre blade runner et black panther
LE CHOC LAGOS Lola Shoneyin : « Un chaos magnifique »
LE CHOC LAGOS La septième puissance économique africaine !

Suivez-nous