novembre 2017
Musique

Kelela, Fayrouz, Leeroy... Les albums à écouter en ce moment !

Par Sophie Rosemont
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Avec TAKE ME APART, son premier album, la nouvelle recrue du R’n’B alternatif américain impose son flow et son sex-appeal. Voici nos recommandations musicales du mois de novembre !

MÉFIEZ-VOUS des apparences ! La jolie Kelela Mizanekristos n’est pas une débutante. En effet, cela fait des années qu’on entend son joli brin de voix. D’abord sur sa mixtape Cut 4 Me (2014). Puis chez Solange Knowles, sur une chanson de l’album A Seat at the Table. Et même chez Gorillaz, plus tôt cette année. Ayant grandi au sein d’une famille éthiopienne très soudée et d’origine modeste, Kelela n’imaginait pas sortir aussi vite du Maryland. Sauf qu’influencée par le charisme d’une mère qui chantait à toutes les fêtes, qu’elles soient africaines ou américaines, elle a décidé de plaquer ses études de sociologie et quitter Washington pour Los Angeles. Elle mettra des années à percer : elle est belle, chante bien, mais refuse d’être formatée. Produit par ses bons soins, bénéficiant de l’intervention de pointures triées sur le volet (Jam City, Arca, Romy Madley Croft du groupe The XX et Ariel Rechtshaid, collaborateur d’Adele ou de Vampire Weekend), Take Me Apart s’ouvre sur un titre annonçant d’emblée l’élégance de l’album, « Frontline ». Nous voilà aux prises avec un R’n’B synthétique aux échos jazz, dubstep, soul… Et avant, tout, résolument urbain, où Kelela déroule ses histoires de coeur, ses déceptions et ses combats de femme indépendante – d’autant plus qu’elle est noire américaine. Féminine, féministe, elle qui écoute aussi bien Björk que Miriam Mabeka ou Pink Floyd se révèle une soul woman d’un genre hybride et détonant. « Blue Light », « Onanon », « Bluff » ou « Enough », aux tempos plus ou moins relevés, témoignent d’une écriture ciselée et d’une orchestration forte du dialogue sensuel entre claviers organiques et beats électroniques. Une nouvelle preuve que s’émanciper des pressions et des diktats marketing permet souvent de produire les plus belles oeuvres. Si l’on rajoute à cela un look affirmé, de longues tresses et un carnet d’adresses bien rempli, on peut présager le meilleur pour Kelela.
 
Métissage
DA KALI ET KRONOS, PLUS D’UNE CORDE À LEUR ARC
Trio malien versus quator californien : deux traditions se confrontent… 
D’UN CÔTÉ, le trio griot Da Kali, avec sa chanteuse Hawa Kassé Mady Diabaté, dont tout le monde réclame le timbre profond – d’Alex Wilson à Madou « Sidiki » Diabaté. De l’autre, le quatuor de cordes Kronos Quartet, basé à San Francisco. Imaginez le meilleur qui pourrait résulter de cette rencontre, et vous aurez le son étonnamment singulier de Ladilikan. Porté par le tube instantané « Eh Ya Ye », l’album fait preuve d’une belle cohérence malgré l’éclectisme de ses origines et de son orchestration. Une réussite.
 
Légende revisitée
LEEROY, FOU DE FELA
L’ex-« Saïan » rend hommage au roi de l’afrobeat. Joli.
KHALID dehbi, aliais Leeroy, a compris qu’il y avait une vie après Saïan Supa Crew. Après un premier solo tout à fait honorable, le voici de retour avec un projet ambitieux : faire redécouvrir l’univers de Fela Kuti, disparu il y a vingt ans. Réunissant Femi et Seun Kuti, Féfé, Nneka, Nakhane, et des musiciens historiques tels le percussionniste Wura Samba, Leeroy rend hommage au « Black President » en mettant en lumière son intemporelle modernité.
 
Retour aux sources
GRIOT BLUES, DU MISSISSIPPI À BAMAKO
QUAND LE BLUESMAN Mighty Mo Rodgers
rencontre le musicien malien Baba Sissoko, cela donne Griot Blues. Fidèle à son désir de manipuler des instruments traditionnels au sein de structure jazzy ou blues, Sissoko ne pouvait que sympathiser avec son acolyte américain et, quelques années et beaucoup de jams plus tard, ce premier album en commun voit le jour. Aux guitares sous influence Chicago se mêle le tamani (tambour) ; les voix, aussi sages qu’enthousiastes, construisent un pont entre Mississippi et Bamako. Le duo parvient à un équilibre mélodique et sémantique qui démontre que la fraternité est l’un des plus solides terreaux de la musique. Bonne nouvelle, ce Griot Blues s’invitera sur les cènes françaises au printemps 2018. On a hâte.
 
Icône
FAYROUZ SE REPLONGE DANS LES CLASSIQUES
BELLE IDÉE que de reprendre à sa sauce (orientale) et en arabe les grands classiques qui lui tiennent à coeur : « Imagine » (qui devient « Yemken »), « Besame Mucho » (« Ana Weyyak »), « My Way » (« Hkayat Keer »), « Pour qui veille l’étoile » (« Lameen »)… À 82 ans, la diva libanaise est toujours aussi majestueuse – et bien entourée puisque la brillante Reema Rahbany, à qui elle a confié l’adaptation et l’arrangement, a ourlé d’or ce disque, certes de facture classique mais dont chaque interprétation va droit au coeur.
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