janvier 2018
ÉDITO

L’AFRIQUE, DEMAIN

Par Zyad Limam
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Nous sommes de plus en plus nombreux (1 milliard et quelques aujourd’hui, plus de 2 milliards en 2050). Nous sommes jeunes (la moitié de notre population a moins de 30 ans). Nous avons des sources d’énergie abondantes, un sous-sol largement pourvu de matières premières, des terres fertiles et de l’eau. Des travailleurs éventuels à foison. Mais aussi une classe moyenne nouvelle avec plus de 200 millions de personnes. Quelque chose change, se transforme, on bouge, il y a de l’énergie, comme si on sortait de la gangue épaisse, collante, de l’échec permanent. Et le monde entier nous regarde (à l’exception peut-être de Donald Trump et ses amis). Nous sommes devenus un enjeu autre que sécuritaire ou migratoire. Nous sommes une opportunité historique. Pour la Chine et l’Asie, soucieuses de garantir ses accès aux matières premières et de délocaliser des emplois à bas coût. Pour les pays du Golfe motivés par les questions de sécurité alimentaire. Pour l’Europe, à la recherche de nouveaux business pour ses entreprises et de consommateurs pour ses produits… Oui, sûrement, nous sommes la nouvelle usine du monde, un laboratoire des technologies du XXIe siècle, la prochaine frontière du capitalisme global.
Nous sommes un continent en mutation. Un monde de tradition rurale en train de devenir un monde d’économie tertiaire, poussé par l’urbanisation. Une terre de croissance pour tous les services qui devront s’adresser à des centaines de millions de nouveaux clients : éducation, santé, alimentation, télécoms, digital, finance, déplacements, voyages… Et puis, évidemment, nous sommes au centre des immenses enjeux climatiques. Peut-être le continent leapfrog, le continent saute-mouton, celui qui entrera le premier dans un système à bas carbone en évitant l’étape industrielle. Peut-être que c’est ici à Lagos, à Tunis, à Abidjan, à Casablanca que s’invente l’économie propre du futur…
La promesse est là, tout cela est possible, la perspective n’est pas si lointaine. À condition de ne pas se laisser bercer par les discours béats, de ne pas se laisser abuser par les images travaillées du centre des grandes villes avec leurs nouvelles tours, les grands hôtels, les belles voitures. À quelques kilomètres de là, la réalité est beaucoup plus dure. L’Afrique d’aujourd’hui est pauvre. En 2018, la majorité de ses enfants n’a pas accès à une véritable éducation, à la santé, ni même pour beaucoup à l’eau potable ou l’électricité. Nous sommes pauvres et aussi, globalement, pas assez bien gouvernés. Les statistiques sont rudes. L’Afrique subsaharienne a l’indice de développement humain (IDH) le plus faible de la planète (0,523), juste derrière les pays arabes (0,687), bien en dessous de la moyenne mondiale (0,717).
Depuis les indépendances, évidemment, le chemin parcouru n’est pas négligeable, loin de là. Nous avons fait preuve de résilience, nous n’avons pas disparu de la scène. Nous avons commencé à construire, à semer, à avancer. Pour ceux qui arpentent le sol africain, c’est une réalité visible, indéniable. Mais si nous voulons aller plus loin, plus vite, nous devrons faire preuve de plus de lucidité et de courage. Nous devrons faire face à l’Afrique quotidienne, l’Afrique du terrain. Remettre la lutte contre toutes les corruptions au centre des préoccupations nationales. Agir pour la bonne gouvernance, pour l’émergence d’institutions publiques fortes, pour des processus démocratiques relativement transparents. Accepter l’alternance, le renouvellement des élites. Promouvoir les nouvelles générations, la montée en puissance d’une jeunesse créative, énergique, explosive. Investir dans la formation. Se battre pour la promotion et la protection des jeunes filles et des femmes. Et sortir des schémas traditionnels, du clan, du village, de la région, qui induisent la permanence du mal-développement et du clientélisme. L’Afrique sera certainement le continent de demain. À condition de faire elle-même sa propre révolution.
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