février 2017
RD Congo

L’après-Tshisekedi, une équation à plusieurs inconnues

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Par Thierry Vircoulon

Le décès d’Etienne Tshisekedi à Bruxelles le 1er février prend de court l’opposition congolaise et risque de fragiliser la nouvelle transition négociée par l’Eglise catholique.

Etienne Tshisekedi s’est éteint mercredi dernier à 84 ans. Le leader de l'Union pour la Démocratie et le Progrès social (UDPS) et opposant historique en République démocratique du Congo (RDC) avait quitté Kinshasa pour Bruxelles le 24 janvier, suite à une dégradation de son état de santé. Ces derniers mois, son parti négociait avec les alliés du président Kabila un éventuel partage du pouvoir.

Le 31 décembre, face au risque d’une sortie unilatérale du cadre constitutionnel, les évêques congolais étaient parvenus in extremis à trouver un compromis entre le pouvoir et la principale plate-forme d’opposition, le Rassemblement des Forces Politiques et Sociales acquises au Changement d’Etienne Tshisekedi. « L’Accord politique global et inclusif du centre interdiocésain de Kinshasa » fixait ainsi le calendrier électoral et ouvrait une nouvelle période de transition en RDC où la gestion du pouvoir en 2017 devait être partagée entre le camp présidentiel et l’opposition. Un gouvernement d’union nationale dont le Premier ministre sera proposé par le Rassemblement et dont la tâche prioritaire sera de préparer les élections doit être nommé. Par ailleurs, Etienne Tshisekedi devait diriger le Conseil national de suivi de l’accord (CNSA), un organisme de 28 membres chargé de vérifier la mise en œuvre des engagements et qui doit être créé par une loi organique.

Une transition sans opposant historique ?

Si, en théorie, la disparition d’Etienne Tshisekedi ne remet pas en cause la nouvelle transition, elle crée toutefois un vide stratégique en pleines négociations cruciales pour l’avenir du pays. Déjà compliquée, la cohabitation négociée de l’accord de la Saint-Sylvestre risque d’être compromise. En effet, l’opposition perd son atout essentiel en pleine négociation avec le pouvoir et cette disparition pose une double question quant au futur leadership. A savoir qui lui succèdera à la tête du Rassemblement et qui récupérera son héritage politique, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (l’UDPS), le parti que Tshisekedi avait fondé en 1982 ? Les candidats sont évidemment nombreux et, ces dernières années, l’UDPS s’était déjà fracturée sur la question de la succession, certains refusant le scénario dynastique d’un Félix Tshisekedi succédant à son père et qui se positionnait comme premier ministre potentiel.

Outre le risque d’éclatement de l’UDPS en de multiples chapelles concurrentes, la problématique du leadership est surtout majeure pour la mise en œuvre de la cohabitation. Pour partager le pouvoir, il faut être deux. Par conséquent, au sein de l’opposition qui aura la légitimité pour présider le Conseil national de suivi de l’accord et qui aura la légitimité pour être le candidat de l’opposition à la primature ? La concurrence s’annonce rude entre les « barons » alors que le plus populaire d’entre eux, Moïse Katumbi, est en dehors du pays du fait de poursuites judiciaires instrumentalisées par le régime.

De grandes négociations sont donc attendues au sein des forces qui ont démontré à de nombreuses reprises leur incapacité à s’unir. Soit les funérailles d’Etienne Tshisekedi ont un effet rassembleur et permettent à Moïse Katumbi de rentrer au pays, soit les tractations s’éterniseront et le vide stratégique créé par cette disparition bénéficiera au régime kabiliste dont le seul objectif est de durer. Avec Etienne Tshisekedi, la nouvelle transition s’annonçait difficile ; sans lui, elle risque d’être impossible.

 

 

 

Thierry Vircoulon est Coordonnateur de l’Observatoire des Grands Lacs et de l’Afrique australe de l’Institut français des relations internationales et maître de conférences à Sciences-Po.

Photo : VoteTshisekedi

Licence: Creative Commons

 

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