octobre 2018

L’emploi, un défi majeur pour le gouvernement

Par Ouakaltio Ouattara
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La lutte contre le chômage des jeunes, avec la mise en place de tout un écosystème performant, est une bataille essentielle sur la route de l’émergence.

«La question de l’emploi, et particulièrement l’emploi des jeunes, est l’une des grandes priorités du gouvernement. À cet égard, j’annonce la mise en place prochaine d’une task force État-secteur privé sur la question. Il s’agit de réfléchir ensemble aux réponses concrètes à apporter à tous les niveaux : éducation, formation professionnelle, entrepreneuriat, financement, etc. » Cette phrase programme du Premier ministre ivoirien Amadou Gon Coulibaly, prononcée à la clôture de la CGECI Academy le 27 septembre dernier, a fortement résonné dans une salle de l’hôtel Sofitel d’Abidjan, prise d’assaut par des jeunes en quête d’opportunités. Ce rendez-vous annuel entre le patronat ivoirien, des hommes d’affaires et des jeunes entrepreneurs a été une nouvelle fois l’occasion de riches débats autour de la problématique de l’emploi et souligne l’implication directe du Premier ministre dans cette bataille. Combien de chômeurs compte la Côte d’Ivoire ? Difficile de le dire avec exactitude. Les statistiques les plus récentes remontent à 2016 et indiquent que les jeunes – comme partout ailleurs dans le monde, mais surtout en Afrique – représentent la population la plus touchée par le chômage, le sous-emploi et la précarité. Le secteur informel offre dans un tel contexte la majorité des opportunités, là où le secteur privé formel ne propose qu’une faible proportion des emplois, bien loin du secteur public. Depuis 2011, sous l’impulsion du président Alassane Ouattara, l’exécutif multiplie les initiatives et les dispositifs en faveur de la population jeune. Reste à pouvoir compter sur des traductions concrètes, des effets réels des nombreuses politiques de soutien. Selon les chiffres officiels, environ 80 % de la population ivoirienne a moins de 35 ans, avec un accroissement démographique soutenu. Les efforts publics ne sont pas encore suffisamment perceptibles. De cette portion, 35,1 % sont âgés de 15 à 24 ans. Selon l’enquête nationale sur la situation de l’emploi et le secteur informel (Ensesi) de 2016, la population ivoirienne en âge de travailler est estimée à 14 870 704 personnes, sur une population totale projetée de 23 681 171, soit une proportion de 62,8 %. Elle est relativement jeune (63,0 %), avec un âge variant entre 14 et 35 ans. Toujours selon l’étude, cette population est constituée de 50,5 % d’hommes et de 49,5 % de femmes. Elle réside majoritairement en milieu urbain (52,8 %, dont 21,3 % à Abidjan et 31,5 % dans les autres villes) et enregistre une forte proportion de personnes sans aucun niveau d’instruction (47,1 %). Le chômage, essentiellement urbain et de longue durée, affecte davantage les jeunes diplômés. Les experts en la matière s’accordent pour souligner que cette situation est la résultante d’une « forte inadéquation entre la formation et l’emploi. »
Le professeur Clément Kouadio Kouakou, enseignant-chercheur en sciences économiques et de gestion et directeur du Centre de recherches microéconomiques de développement (CREMIDE), note que les entreprises, portées par une croissance globale et dynamique sont constamment, mais sans succès, à la recherche de personnel qualifié. Les patrons sont nombreux à pointer un manque de compétences, attribué à la faiblesse du système éducatif. Les élèves qui sont par exemple formés dans le secteur de l’artisanat n’ont pas les outils nécessaires pour exercer des métiers pourvoyeurs d’emplois. Des élèves dans les filières de brevet de technicien supérieur (BTS), et même des ingénieurs, sont mis sur le marché de l’emploi avec des connaissances théoriques seulement. Titulaire d’une licence en sciences de l’environnement, Hervé Iritié, 33 ans, a plusieurs échecs pour s’insérer dans le monde du travail à son actif : « J’ai été obligé de passer le concours d’instituteur adjoint, de niveau BEPC, pour avoir un emploi. C’est un moyen d’éviter les critiques des parents et des amis. Je travaille, mais ce n’est vraiment pas ce que je voulais. »
Son exemple n’est pas un cas isolé. Nombreux sont les titulaires de diplômes de niveau bac+2, et parfois de maîtrise, qui se rabattent sur les concours d’instituteur, de la police, de la gendarmerie, pourtant ouverts aux titulaires du BEPC. Selon le professeur Clément Kouakou, « l’État a certes élaboré la politique nationale d’emploi, mais la mise en oeuvre de cette politique nécessite des connaissances spécifiques. Il y a par exemple des insuffisances en matière de suivi et d’évaluation des politiques déjà déployée, et il faut bien déceler les vraies sources des dysfonctionnements avant de s’engager dans de nouvelles politiques d’emploi ». Kouassi Konan, directeur exécutif du Mouvement pour l’éducation, la santé et le développement (MESAD), aborde la question sous un autre angle : « Dans un pays comme le nôtre, où l’économie repose sur la culture de la terre, il est difficile de comprendre que nous n’arrivons pas à former davantage de jeunes pour s’insérer dans le monde agricole. »
 
Un secteur pourvoyeur d’emplois 
Les différentes études sur l’emploi font ressortir que le secteur agricole demeure le plus gros pourvoyeur d’emplois avec 43,5 % du total. Il est suivi par les services (26,4 %) et le commerce (17,6 %). Ainsi, seuls 9 % des emplois se trouvent dans le secteur formel privé et public, dont 3,3 % dans des entreprises privées formelles.
C’est dans cette logique que le gouvernement ivoirien avait lancé le Programme national d’investissement agricole (PNIA) sur la période 2012-2015, reconduit d’ailleurs jusqu’à 2020, dont l’objectif est de créer plus de 2 millions d’emplois. « L’émergence de la Côte d’Ivoire passe également par une agriculture performante et moderne, susceptible de combler les besoins nationaux, pour ce qui est des produits vivriers, et de favoriser un accroissement substantiel des recettes d’exportation », souligne le gouvernement.
C’est en cela que de plus en plus les gouvernants optent pour la transformation sur place des produits de rente, comme le cacao, le café et la noix de cajou. À la Primature, en tous les cas, on surveille de près l’évolution de tous ces dossiers, qui ont un impact direct sur l’emploi des jeunes. Une bataille essentielle sur la route de l’émergence.
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