juillet 2017
Aboubakar Diarrassouba

L’espoir au bout de l’effort

Par Jimi Weston
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Le jeune athlète va disputer l’épreuve de 4x100 m sous les couleurs ivoiriennes. Avec des rêves plein la tête et une foi dans le potentiel de son pays : « La course, c’est comme l’économie. Tu peux remonter les autres même si tu n’es pas bien parti… »

Comme à l’habitude à Abidjan, juin est pluvieux. Un mois où il ne fait pas bon travailler dehors. Au Stade Robert- Champroux, en plein centre de la commune de Marcory, ils sont pourtant nombreux dans ce cas. Deux préparations bien différentes d’« Abidjan 2017 » en parallèle. Des travaux de réhabilitation d’un côté, des athlètes qui enchaînent les sprints de l’autre. Deux mondes distants de quelques mètres seulement, mais qui s’ignorent joyeusement. Encore que. Cette cohabitation cache une grande frustration. Sur la piste de course, ce sont les ouvriers qui s’échinent. Ils coulent, tassent, aplatissent, ajustent, recoulent.

Leur course est contre la montre. Sur un petit terrain de handball adjacent, les sprinteurs de l’équipe ivoirienne, seuls ou en groupe, enchaînent les accélérations. Derrière les haies grossièrement entretenues, ils devinent le terrain de football et la piste d’athlétisme flambant neuve tournant autour qui accueilleront des épreuves sportives de ces Jeux. Eux doivent se contenter d’un goudron usé qui ne permet de courir que sur une vingtaine de mètres. Après, c’est l’herbe.

« Toutes les pistes d’Abidjan sont fermées en même temps, explique Aboubakar Diarrassouba dans une moue gênée. Elles sont toutes en réhabilitation. » Aboubakar a 27 ans. Il est étudiant à l’Institut national de la jeunesse et des sports (INJS). Depuis le 17 mai, lui et tous les athlètes sont en entraînement intensif, mais les conditions ne sont pas optimales. La fédération d’athlétisme a dû se plier à la priorité des priorités : finir les installations à temps. « Nous n’avons pas à notre disposition de pistes assez longues pour faire des séances lactiques, qui nécessitent des courses sur une distance plus grande. Et on n’arrive pas vraiment à respecter notre programme d’entraînement. » Aboubakar est déçu, mais certainement pas du genre à s’apitoyer sur son sort. « Bon, c’est comme ça. On doit s’adapter. Se rendre chaque jour dans un endroit différent pour faire tel ou tel exercice, et tenter de maintenir notre état de forme. »

Aboubakar est sprinteur. Sur 100 m, 200 m et relayeur sur 4x100 m. Sur 100 m, « sa » course, son record est de 10 s 40. Pas assez rapide normalement pour les minima des Jeux de la Francophonie. Pourtant, il va bien y participer, sur l’épreuve du 4x100 m. « Arthur Cissé Gué, un des membres de l’équipe, a fait les minima lors du Grand Prix du Ghana 2016. Avec son temps, il a qualifié toute l’équipe et moi avec », racontet- il dans un grand sourire.

L’athlétisme ivoirien vit parmi les plus belles heures de son histoire, avec des locomotives comme Murielle Ahouré, 30 ans, vice-championne du monde du 100 m et 200 m en 2013 et double championne d’Afrique ; Meïté Ben Youssef, premier Ivoirien à descendre sous les 10 secondes (9 s 99) ou encore Wilfried Koffi, double champion d’Afrique sur 100 et 200 m en 2014. « Les deux titans masculins, explique Aboubakar plein d’admiration, ne seront pas là aux Jeux de la Francophonie. Il y a les Championnats du monde d’athlétisme juste après. C’est aussi pour ça que j’ai une place dans le relais. » Mais attention. Aboubakar ne s’excuse pas d’être là. « Moi je suis ravi. Cette place dans le relais est liée à certaines circonstances, mais je ne la dois qu’à moimême et à mon travail. » Il donne tout pour son sport. Du matin au soir.

La fédération ne prend en charge que les deux dernières semaines de stage. « Ce sont mes parents qui m’aident. Avec mes études à l’INJS et les entraînements, je n’ai pas le temps de travailler à côté », regrette Aboubakar, qui compte neuf frères et soeurs. Pas de quoi le décourager malgré tout. Il sait où il est et ce qu’il veut. « Il y a l’amour du sport d’abord. Après, ces lacunes, il faut faire avec. Essayer de ne pas les prendre en compte. Sinon, tu n’iras jamais t’entraîner. Moi, je me force. Je donne. Je travaille. Et je me motive pour essayer de faire l’impossible. Aujourd’hui plus que jamais. On a quand même une chance incroyable d’accueillir cet événement. Ça donne tellement de joie et de fierté que je suis prêt à tous ces sacrifices. »

Une motivation qu’il va chercher par-delà même les limites du sport. « La Côte d’Ivoire a toujours eu un très gros potentiel, sportif comme économique. Or l’économie, c’est comme le sport, tu peux remonter les autres même si t’es pas bien parti. Nous pouvons le faire. » 

Le ministre des Sports François Albert Amichia a annoncé le 23 juin que le gouvernement était à la recherche de près de 200 milliards de francs CFA supplémentaires pour boucler le financement nécessaire à la mise en oeuvre de sa politique sportive nationale 2016-2020. Mais, avec les Jeux, les entraîneurs de la fédération d’athlétisme gardent la foi. Louise Koré, 56 ans, est entraîneur d’Aboubakar. Son sourire ne trompe pas. Les Jeux, elle les attend de pied ferme. Et avec d’autant plus d’impatience qu’elle a une histoire avec eux. En 1989, elle y a décroché une médaille de bronze sur 4x400 m.

« J’ai participé aux tout premiers Jeux de la Francophonie à Casablanca. Je me souviens d’une compétition magnifique, très fraternelle. Les voir venir dans mon pays aujourd’hui, passer le flambeau aux générations suivantes… Je suis comblée, avoue-t-elle émue. En plus, le gouvernement a beaucoup investi dans les nouvelles infrastructures. Ça va considérablement améliorer nos conditions d’entraînement pour toutes les années à venir. C’est bon pour nous et l’athlétisme ivoirien. »

Aboubakar pense aussi à tout ce qu’il pourra faire avec les trois nouvelles pistes du Stade Champroux, du Stade Félix- Houphouët-Boigny et du Stade vélodrome : des compétitions plus régulières et plus nombreuses, des entraînements plus spécifiques et plus variés. Il vient de passer son Master 2. « Je veux être entraîneur. J’aimerais encadrer des jeunes gens et leur donner l’espoir d’aller loin. Mon rêve, ce serait de réussir à amener un jeune Ivoirien au très haut niveau international. », confie-t-il, avant de repartir, déjà, faire des accélérations. Sourire aux lèvres et sueur au front.

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