décembre 2016

LA FIN DE L’HISTOIRE ?

Par Zyad LIMAM
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On se rappelle cette théorie de « la fin de l’histoire », développée par le politologue Francis Fukuyama, dans un livre perçu comme un texte majeur du XXe siècle. Publié en 1992, l’essai avance une théorie à laquelle beaucoup d’entre nous ont cru, et croient encore : la chute du communisme aurait marqué la victoire définitive de la démocratie et du libéralisme, dans un puissant mélange conquérant, celui de « la démocratie libérale ». Ce n’est pas l’extinction des conflits, écrivait Fukuyama, mais le triomphe du modèle, l’aboutissement définitif de l’évolution idéologique de l’humanité. Commerce, marchés, ouverture, démocratie…
 
La fin de l’histoire ?
 
En ces derniers jours de l’année 2016, le modèle et la prédiction semblent avoir largement pris l’eau. La démocratie libérale est en repli général. Le commerce, les marchés, la globalisation sont accusés d’avoir capté le progrès et ses bénéfices au profit d’une caste de privilégiés. L’enrichissement global du monde, généralement en faveur des anciens défavorisés, lamine les classes moyennes des pays riches. Ici et là, en particulier en Occident, l’idée de démocratie ne semble plus aussi axiomatique. L’identité, le nationalisme, les frontières, le protectionnisme sont l’alpha et l’oméga du moment. Les extrêmes ne sont plus tabous.
 
Pour faire front au chaos du monde, aux hordes de migrants, ceux poussés par les guerres ou ceux qui tentent leur chance pour éviter la famine et la pauvreté, l’autoritarisme est redevenu une valeur positive, moderne. La multiculturalité, l’Islam surtout, apparaissent comme des menaces, et ils alimentent comme du kérosène les réacteurs du populisme. Avec en paradigme majeur, outre le Brexit, la prise du pouvoir dans le pays le plus puissant du monde, de Donald Trump. Un matador sans scrupule, outrancier et fantasque, élu sur le thème du déclassement et de la grande peur de l’homme blanc working class. Un président « du peuple » mal élu et qui s’apprête à mettre en place un gouvernement de milliardaires et de militaires ultrachargés de façonner un monde adapté à leur vision et à l’aune de leurs intérêts.
 
Un séisme réel… Quelle débâcle intellectuelle. Quel affaissement de la société…
 
La fin de l’histoire ?
 
La démocratie libérale a certainement du plomb dans l’aile au « nord ». Ici, la bataille est claire. Il faut réinventer d’urgence un nouveau libéralisme qui mette au coeur de son discours et de son action la grande angoisse des peuples. Mais ailleurs, l’idéal démocratique progresse partout. Il pousse les murs, les lignes rouges, en Afrique, en Asie, aux Amériques
 
La fin de l’histoire ?
 
Les discours martiaux n’empêcheront pas les mutations, les transformations en marche de l’humanité. L’Occident n’est plus l’unique centre. Des pôles de puissances alternatives se développent, vite. La grande émancipation des anciens colonisés est en marche, laborieusement certes, mais en marche. Le monde est devenu multiple et vouloir le réduire à des équations binaires est illusoire.
 
Regardez aussi la révolution technologique et scientifique qui nous submerge, sans que l’on sache vraiment où elle nous emmène. D’ici à vingt ans sans doute, le fameux moteur à explosion rendra l’âme, poussé dans la tombe par les exigences de notre survie sur cette planète. Et par la technologie de plus en plus performante du stockage de l’énergie par les batteries ou la domestication de l’hydrogène. Regardez ce que l’avènement de l’ère numérique entraîne. Regardez ce que la machine prend à l’homme en termes d’emplois. Regardez l’accès inouï à l’information, au savoir. La révolution médicale en marche, les implants et les greffes, les codes génétiques, les limites de la mort...
 
Les barrières ne protègent pas du changement, ni des idées, ni de la créativité et du dynamisme des « autres ». Les barrières ne protègent pas du déclin, au contraire. Un monde nouveau est en train de naître. On pense évidemment à cette citation d’Antonio Gramsci, communiste italien persécuté par Mussolini : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ».
 
On est loin de la fin de l’histoire. On est loin, encore, de la défaite définitive des idéaux et de l’humanisme. Le roman de l’homme continue.
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