juillet 2017

La sélection : créateurs de capital

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Par Sabine Cessou, Julie Chaudier, Frida Dahmani, Estelle Maussion, Luisa Nannipieri et Emeka Onyabo.
 
 
Leur métier : investir dans les entreprises, accélérer leur développement. Et gagner de l’argent !
 
Les premiers misent sur des réussites locales pour les transformer en champions continentaux. Les seconds aident des start-up prometteuses à se lancer. D’autres investissent dans les petites et moyennes entreprises, pariant sur leur potentiel de croissance. Tous sont des acteurs incontournables du private equity, que l’on traduit par capital-investissement, une activité encore méconnue, mais en plein essor sur le continent. L’an dernier, elle a représenté 3,8 milliards de dollars injectés dans le secteur privé. Quelle que soit leur approche, ces fi nanciers font rimer plus-value avec bonne gestion et ambition.
 
Vincent Le Guennou
Le vétéran (Emerging Capital Partners)
Il fait partie de ceux qu’on ne présente plus. Et pour cause, cela fait plus de quinze ans que le Franco-Camerounais Vincent Le Guennou est actif sur le continent. Après une solide formation (HEC Paris, université Paris- Dauphine, MBA à Harvard), il fait ses premières armes dans le bureau parisien du cabinet Arthur Andersen puis au sein du groupe Saur, comme directeur financier de la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE). L’année 2000 marque un tournant : il rejoint la société de gestion américaine Emerging Markets Partnership (EMP) pour diriger ses activités en Afrique de l’Ouest et au Maghreb. Cinq ans plus tard, avec son associé Hurley Doddy, ils se séparent de la maison mère pour créer leur propre structure, ECP (Emerging Capital Partners), qui déploie avec succès plusieurs fonds successifs. Bilan : quelque 2,7 milliards de dollars levés, plus de 60 investissements réalisés, une présence dans plus de 40 pays via six bureaux régionaux. Ce qui vaut au quinquagénaire d’être associé à l’essor de plusieurs champions africains, dont IHS, NSIA, Orabank, Eranove…
 
Cyril Odu
Big boss (African Capital Alliance)
Entré chez Mobil (aujourd’hui Exxon Mobil) comme géologue en 1972, il y fait toute sa carrière, occupant notamment le poste de directeur financier des fournisseurs et la vice-présidence de la branche Nigeria de Mobil Producing. Cette expérience lui ouvre les portes du groupe African Capital Alliance (ACA), société d’investissement créée à Lagos en 1997. Associé dès 2012, Cyril Odu dirige l’équipe chargée du secteur énergétique avant d’être nommé PDG en 2015. Sous sa présidence et malgré la conjoncture difficile, ACA a annoncé le closing de son quatrième fonds en septembre dernier, de 570 millions de dollars. Ce qui en a fait le plus important gestionnaire d’Afrique de l’Ouest, avec plus de 1 milliard de dollars levés depuis ses débuts et quelque 40 sociétés financées.
 
Ngalaah Chuphi
Séparations profitables (Ethos Private Equity)
« Mariez-vous pour divorcer ! » Tel est le credo en affaires de ce Kényan de 53 ans, associé depuis 1999 chez Ethos Private Equity, une société de capital-risque sud-africaine qui a mené plus de 100 transactions et quelque 90 sorties depuis sa création en 1984, soit un investissement total de 10,5 milliards de rands (726 milliards d’euros). Formé en ingénierie électrique et titulaire d’un MBA, il débute sa carrière au sein de la Société financière internationale (SFI) à Washington, en tant que chargé de portefeuille. Il rejoint ensuite Gemini Consulting puis Deloitte & Touche, actif dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est – une région qu’il connaît bien. Membre fondateur du conseil africain de l’Emerging Markets Private Equity Association (EMPEA), organisation de promotion du secteur créée en 2004 et comptant 300 membres du monde entier, il est aujourd’hui chargé de l’ensemble des activités d’Ethos en Afrique subsaharienne et il siège aux conseils d’administration de nombreux groupes, dont la nigériane Oceanic Bank International et le fabricant sud-africain de câbles Natstan Wire.
 
Jean-Marc Savi de Tové et Visseho Thierry Gnassounou
Un duo de choc (Adiwale Partners)
Tous deux Togolais, ils se connaissent depuis trente-cinq ans. D’abord amis, ils sont aujourd’hui partenaires en affaires. Visseho Thierry Gnassounou (à d.) est entré en 2001 chez Cauris Management et a gravi les échelons un à un jusqu’à devenir directeur associé. Jean-Marc Savi de Tové (à g.) a rejoint Cauris en 2011, fort de quinze années d’expérience, dont plusieurs à gérer le portefeuille Afrique de la puissante institution britannique CDC Group. En 2015, ils décident de prendre leur indépendance pour créer leur propre société, Adiwale Partners voit le jour début 2016. Leur leitmotiv : apporter des capitaux aux PME, certes, mais aussi de meilleures pratiques de gestion et des outils de détection d’opportunités. Qu’ils résument ainsi : « Bâtir des racines solides pour avoir le plus bel arbre de la forêt. ».
 
Alain et Cyrille Nkontchou
Frères de talent (Enko Capital)
Nés à Yaoundé d’un père diplomate et d’une mère institutrice, ils suivent des trajectoires séparées. Pour Alain (à gauche) : formation scientifique, ingénieur chez Matra, puis brillante carrière dans la finance à Londres. Pour Cyrille (en haut) : Sciences Po, Harvard, Andersen Consulting et Merrill Lynch. Avant de s’installer en Afrique du Sud, où il fonde LiquidAfrica, une plateforme d’informations financières, bientôt réorientée en banque d’affaires.
 
 
Devant l’essor des levées de fonds, il décide de tenter sa chance et associe son frère au projet. Naît Enko Capital, basé à Johannesburg et Londres. Après avoir développé un fonds sur les actions et un autre de private equity, ils s’attaquent au marché de la dette. Sans oublier de développer la branche Enko Education, qui vise à créer un réseau d’écoles privées sur le continent.
 
 
 
 
 
Marlon Chigwende
L’outsider (Arkana Partners )
Fin 2016, le Zimbabwéen Marlon Chigwende décide de voler de ses propres awiles après avoir fait ses classes au sein de Carlyle, un des géants mondiaux du secteur. Début 2017, il est rejoint par un autre financier prometteur, au parcours similaire et partageant la même envie d’indépendance, le Nigérian Kayode Akinola, ancien de KKR. Ils créent leur véhicule d’investissement, baptisé Arkana Partners, qui mise sur les entreprises de taille moyenne, en se concentrant sur des investissements entre 20 et 60 millions de dollars. Une philosophie bien différente de leurs pratiques passées. Après des études de mathématiques à l’université de Southampton et un passage à la Deutsche Bank, Marlon Chigwende rejoint Standard Chartered, où il est chargé du private equity sur le continent. Puis il dirige le fonds de Carlyle pour l’Afrique subsaharienne, qui a investi 300 millions de dollars depuis 2012 dans les télécoms, les matières premières, l’agriculture. Kayode Akinola, ex-associé d’Helios recruté par KKR en 2013 pour diriger ses activités africaines, est quant à lui à l’origine des 200 millions de dollars investis dans le producteur de fleurs éthiopien Afriflora. Leur union pourrait les mener très loin.
 
Noël Yawo Eklo
À la conquête de l’Ouest (Cauris Management)
Ancien contrôleur de gestion formé à Paris, ce Togolais de 45 ans rejoint Cauris Management en 1995. À l’époque, la société, basée à Lomé et Abidjan, est le premier acteur de private equity avec une ambition régionale en Afrique de l’Ouest. Piloté par Noël Yawo Eklo depuis 2002, Cauris a fait ses preuves : 47 investissements, 38 sorties réussies, un montant engagé passé de 8 à 83 millions d’euros. Parmi la cinquantaine d’entreprises soutenues par les trois fonds de Cauris figurent notamment Petro Ivoire et la Banque Atlantique. Après le départ de deux cadres fin 2015, qui ont fondé la société concurrente Adiwale Partners (lire p. 100), Noël Yawo Eklo a renforcé son équipe avec la nomination, à la fin de l’année 2016, de trois nouveaux administrateurs : Paul Derreumaux, fondateur de Bank of Africa (BOA), Géraldine Mermoux, cofondatrice de Finactu, société de conseils en assurances, et le Franco- Béninois Amadou Raimi, ancien président de Deloitte France. Ensemble, ils ont remporté l’appel d’offres international visant à créer et gérer un fonds de 150 millions d’euros pour le compte de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) et baptisé Yeelen.
 
Omar Cissé
Priorité aux TPE (Teranga Capital)
Ingénieur passé par l’École supérieure polytechnique de Dakar et titulaire d’un MBA, ce Sénégalais hyperactif a fondé InTouch, société spécialiste des moyens de paiement et services digitaux, présente au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Cameroun, et contribué à la promotion de l’éditeur de logiciels 2SI et de l’incubateur CTIC Dakar. Avec le Français Olivier Furdelle, il crée en mars 2016 Teranga Capital, pour accompagner les TPE. Développé avec 5 millions d’euros, dont 30 % proviennent du groupe d’impact investing parisien Investisseurs et Partenaires (I&P), il s’engage sur des tickets entre 50 et 200 millions de francs CFA (76 000 à 305 000 euros), via une prise de participation minoritaire sur cinq ans et un prêt à long terme sans garantie. Objectif : accélérer la marche vers le succès.
 
Kenza Lahlou
Objectif start-up (Outlierz )
À 30 ans à peine, la créatrice du tout nouveau fonds Outlierz semble avoir déjà eu plusieurs vies. Kenza Lahlou quitte Casablanca en 2005 pour un master en architecture des systèmes d’information en France, puis étudie le commerce international à Singapour. Après un fugace retour au pays en 2011, au sein du Moroccan Infrastructure Fund d’Attijariwafa Bank, elle rejoint Advise, à San Francisco, société de conseil qui accompagne des start-up européennes. De nouveau au Maroc, elle conçoit, avec un groupe d’entrepreneurs, Startup Your Life, l’une des premières pépinières du pays. Elle est confrontée au manque de fonds d’amorçage, mais fait aussi des rencontres déterminantes : Michael Seibel, de l’entreprise de financement Y Combinator, et Hasan Haider de 500 Startups. Avec leur soutien, elle crée Outlierz en février 2017, société de capital-amorçage d’une taille cible de 45 millions de dirhams (4,5 millions de dollars) alimentée par des business angels africains et américains. Essor imminent.
 
Tope Lawani
Le leader (Helios)
Natifs du pays Yoruba (sud-ouest du Nigeria), le fondateur d’Helios et son associé Babatunde Soyoye ont fait de la structuration de gros « deals » leur marque de fabrique. Exemple en 2011, avec le rachat de 1 600 stations-service Shell sur le continent pour 1 milliard de dollars (avec Vitol). Au total, leur société, présente à Londres, Lagos et Nairobi, a levé 2,3 milliards de dollars depuis sa création, auprès notamment de grands noms comme George Soros, Madeleine Albright et Jacob Rothschild. « L’Afrique n’est pas un continent différent. Il n’y a pas de raison pour que l’on ne puisse pas y utiliser les outils qui fonctionnent ailleurs », affirme Tope Lawani, diplômé en chimie et droit du MIT et d’Harvard, qui a débuté sa carrière chez Disney. Autre conviction : les investissements les plus lucratifs à long terme se trouvent en Afrique, et ils peuvent avoir une portée sociale, comme avec le développement au Kenya d’Equity Bank, qui a permis la bancarisation de millions de personnes.
 
Papa Madiaw Ndiaye
Le pari du local (Afig Funds)
Formé aux États-Unis, à la Wharton School et à Harvard, ce Sénégalais de 51 ans commence sa carrière chez Salomon Brothers puis JP Morgan, avant de rejoindre la Société financière internationale (SFI), pour laquelle il développe les investissements en Afrique de 1996 à 2000. Puis il intègre la société de gestion américaine Emerging Markets Partnership et participe à la naissance d’AIG African Infrastructure, doté de 407 millions de dollars, à l’époque le plus important fonds consacré au continent. Élu « Young Global Leader » au Forum de Davos de 2004, il fonde, en 2005, associé à son ancien camarade de promotion Patrice Backer, Advanced Finance & Investment Group (Afig Funds), domicilié sur l’île Maurice avec des bureaux à Dakar, Johannesburg et Washington. Via des tickets entre 3 et 14 millions de dollars, il cible les petites et moyennes entreprises, parents pauvres des économies africaines. Avec 45 millions déjà investis dans sept sociétés, il s’est fixé comme objectif d’être présent dans une trentaine de pays.
 
Ahmed Heikal
Entre Afrique et Orient (Qalaa Holdings)
SON PARCOURS est une success-story. Diplômé en génie industriel et management de l’université américaine Stanford, l’Égyptien Ahmed Heikal transforme, entre 1994 et 2001, le cabinet de conseil financier EFG Hermes en l’une des principales banques d’investissement dans le monde arabe. Puis, en 2004, avec une mise initiale de 2 millions de livres égyptiennes (100 000 euros), il se lance dans le private equity en créant la société Citadel Capital. Treize ans plus tard, son groupe, devenu Qalaa Holdings et dont il préside le directoire, est un acteur majeur au Moyen-Orient et en Afrique de l’Est. Il investit via 19 fonds dans 15 pays et divers domaines, énergie, transport, logistique, ciment, mines, et la grande consommation. Intervenant régulièrement lors de rencontres internationales, comme au sommet de Davos, Ahmed Heikal, âgé de 55 ans, appelle à faire des entreprises privées les alliées d’une meilleure compétitivité des économies arabes.
 
Minoush Abdel-Meguid
La mentor égyptienne (Union Capital)
Elle figure parmi les 100 personnalités africaines de moins de 40 ans les plus influentes au monde, selon un classement récent établi par les Nations unies. Cette Égyptienne est la cofondatrice et directrice générale d’Union Capital, une société d’investissement consacrée aux PME. En vingt ans de carrière, elle a multiplié les expériences : analyste financière chez Goldman Sachs à ses débuts, directrice de HSBC Égypte ensuite, puis assistante du président de l’Autorité égyptienne des marchés de capitaux, et fondatrice de l’Association égyptienne des jeunes banquiers, qui coache les profils prometteurs du secteur, avant la naissance de sa société en 2008. Installée à Gizeh, elle cible des investissements entre 200 000 et 1,3 million de dollars.
 
Karim Trad, Aziz Mebarek, et Ziad Oueslati
Les mousquetaires tunisiens (AfricInvest)
Ce trio a fondé en 1994 Tuninvest, devenu AfricInvest et rattaché au groupe Integra Partners depuis sa création en 2007. Issus des grandes écoles, l’Institut supérieur de gestion de Tunis (ISG) pour Karim Trad (à g.), Ponts et Chaussées Paris pour Aziz Mebarek (en haut) et les Mines de Paris pour Ziad Oueslati (à d.), les trois hommes, qui ont grandi à Tunis, sont connus pour leur discrétion.
 
 
 
Ces quinquas n’en sont pas moins présents dans 23 pays du continent, avec plus de 150 entreprises et 14 fonds, soit 1 milliard de dollars d’actifs sous gestion, dans la pharmacie, la santé, l’industrie, l’agroalimentaire, entre autres.
 
 
 
 
 
 
 
 
Sacrés investisseurs de l’année par l’Africa CEO Forum en mars dernier, ils ont créé, en début d’année avec Bpifrance, une société d’investissement franco-africain (FFA) de 77 millions d’euros pour doper la croissance de PME des deux côtés de la Méditerranée.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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