septembre 2018

La transformation est en marche

Par DOUNIA BEN MOHAMED
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Dans tous les secteurs porteurs, l’objectif est d’accroître la valeur ajoutée et l’intégration locale. Avec une priorité majeure : l’industrialisation.
 
AGROBUSINESS
La fi lière cacao s’organise
« 2018 sera l’année de la transformation locale des matières premières » avait annoncé, fin décembre 2017, le porteparole du gouvernement, Bruno Koné. La chute des cours de ces dernières a rappelé à la Côte d’Ivoire l’urgence de traiter sur place ses richesses. Objectif affiché : transformer la moitié de la production sur place. Pour le cacao, mais également le café, l’anacarde, le coton… Un cap inscrit dans le Plan national d’investissement agricole (PNIA) 2015-2020, un programme mené en synergie avec le Programme national de développement (PND). Fragilisée par la chute des cours, la filière cacao, qui pèse 15 % du PIB national et plus de 40 % des recettes d’exportation, illustre cette volonté d’industrialisation. À ce jour, 30 % de la production est transformée localement. Avec son voisin le Ghana, deuxième producteur mondial, la Côte d’Ivoire a défini une stratégie commune, destinée à harmoniser les politiques commerciales entre les deux et à créer un cartel des producteurs de cacao sur le modèle de l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole). Une initiative soutenue par la Banque africaine de développement (BAD) à travers un financement de 1,5 milliard de dollars. Avec 35 % de la production mondiale, la Côte d’Ivoire est le premier pourvoyeur de cacao avec 1,4 million de tonnes de fèves de cacao. Un chiffre en hausse cette année de 254 000 tonnes. Déjà, les premières tablettes et autres produits La transformation est en marche Dans tous les secteurs porteurs, l’objectif est d’accroître la valeur ajoutée et l’intégration locale. Avec une priorité majeure : l’industrialisation. dérivés du cacao 100 % made in Côte d’Ivoire ont fait leur apparition sur les étals des grandes surfaces, avec l’implantation de chocolatiers tel que Cemoi, Nestlé, Mars ou encore le groupe suisse Barry Callebaut. Ce dernier, déjà présent dans le pays, a annoncé en mai dernier un nouveau plan d’investissement de 30 milliards de francs CFA destiné à augmenter les capacités de broyage de sa filiale ivoirienne, la Société africaine de cacao (Saco). À terme, la Côte d’Ivoire se tourne vers un nouveau modèle dont l’agrobusiness se veut le secteur clé, avec in fine, l’amélioration du niveau de vie des populations rurales.
 
ÉNERGIES
Le renouvelable pour l’autosuffisance
En attendant, le cacao affiche d’autres vertus. Alors que les autorités ivoiriennes se sont engagées à atteindre l’autosuffisance énergétique d’ici 2020, autrement dit doubler la capacité de production de 2 000 à 4 000 mégawatts en se tournant de plus en plus vers les énergies renouvelables, les déchets de cacao vont servir à fournir de l’électricité. Un projet financé, à hauteur d’un million de dollars (soit près de 600 millions de francs CFA), par l’Agence américaine pour le commerce et de développement. Celle-ci va soutenir l’étude de faisabilité de la toute première centrale électrique à biomasse au monde utilisant les déchets de la production de cacao, piloté par la Société ivoirienne des énergies nouvelles (SODEN). D’une puissance de 60 à 70 mégawatts, la centrale doit être installée à Divo, en 2023, dans le centre-sud de la Côte d’Ivoire, troisième région de production du cacao du pays. Elle devrait permettre d’économiser 250 000 tonnes de CO2 par an avec un investissement estimé à 154 milliards de francs CFA pour sa construction.
Sachant que le pays génère chaque année 26 millions de tonnes de déchets, la Côte d’Ivoire, qui dispose actuellement d’une puissance totale de 2 200 MW, vient de trouver une nouvelle source pour répondre à ses besoins énergétiques. L’autosuffisance nécessite un double défi : augmenter sa capacité tout en réduisant le recours aux énergies fossiles. Et si la part des énergies renouvelables est faible à l’heure actuelle, moins de 5 %, les autorités visent les 15 % en 2020 et 20 % en 2030, compte tenu des possibilités ivoiriennes.
La Côte d’Ivoire présente l’un des meilleurs potentiels d’Afrique en biomasse avec une capacité annuelle estimée à 12 millions de tonnes avec la valorisation des déchets issus des industries du cacao, de coton mais aussi de palmier à huile, la source d’énergie renouvelable la plus prometteuse à court terme pour le pays. C’est pourquoi l’essentiel de l’objectif de 15 % d’énergies renouvelables en 2020 doit être porté par la biomasse. Des projets (Biokala, Sitrade, Groupe Eoulee) sont en cours de développement.
Quant au solaire, le pays dispose d’un potentiel non négligeable, avec un ensoleillement correct – le GHI (éclairement global horizontal) moyen étant de 2 077 kWh/ m2. Dans le cadre de l’objectif Électricité pour tous, l’État prévoit le développement des mini-grids (mini-réseaux), pour lesquels le photovoltaïque est très bien adapté. Ainsi, de nombreux projets d’éclairage public par lampadaires solaires ont déjà vu le jour. Fin mai, le gouvernement annonçait la création d’une centrale solaire photovoltaïque de 25 MW dans le nord du pays. Une première pour la Côte d’Ivoire. Installée à Binguébougou, la centrale doit être réalisée, financée et exploitée par Korhogo Solaire, filiale de la société marocaine Nova Power.
L’hydraulique enfin, demeure un potentiel non exploité estimé, par les experts de Finergreen, à 7 000 MW. Un potentiel illustré par un projet stratégique inauguré en novembre 2017 : le barrage de Soubré. D’une puissance installée de 275 MW, avec une production annuelle de 1 100 GWh, « ce bel ouvrage » doit doubler la part de l’hydroélectricité dans la fourniture de l’énergie du pays. Sorti des tiroirs par Alassane Ouattara à son arrivée au pouvoir, Soubré aura nécessité près de quatre ans de chantier et 504 millions d’euros, financés à 85 % par la Chine. Installé sur les rives du fleuve Sassandra, dans le sud-ouest du pays, l’ouvrage est composé de trois turbines, d’un barrage principal et d’un barrage secondaire, d’un évacuateur de crues, d’une minicentrale et d’un canal de restitution. C’est le plus grand barrage hydroélectrique de Côte d’Ivoire. Il a été réalisé par l’entreprise chinoise Sinohydro du Groupe PowerChina.
À l’heure actuelle, l’électricité en Côte d’Ivoire est assurée à 75 % par les centrales thermiques au gaz naturel. Avec cinq barrages hydroélectriques existants, le pays, qui a fait le choix du mix énergétique, est résolument engagé à atteindre l’autosuffisance, tout en fournissant de l’électricité à ses voisins.
« Notre pays s’est engagé en 2015 dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat (la COP 21) à réduire à l’horizon de 2030 ses émissions de gaz à effet de serre de 28 % pour l’ensemble des secteurs confondus » a rappelé le président Ouattara. Le barrage hydroélectrique de Soubré produisant une énergie renouvelable contribue à atteindre cet objectif. » Celui-ci étant aujourd’hui opérationnel, les autres chantiers sont d’ores et déjà lancés.
La première pierre de Gribo-Popoli, un autre barrage hydroélectrique situé 7 km en aval de Soubré, a été posée le 2 novembre 2017. Deux autres ouvrages sont inscrits sur la feuille de route énergétique ivoirienne, celui de Boutoubré et de Louga.
Ce secteur fait l’objet de tous les intérêts, dont celui des bailleurs de fonds. Ainsi, la Banque mondiale a approuvé, en juin dernier, un projet en faveur de la compagnie publique CI-Énergies, notamment en vue de faire du système ivoirien le troisième réseau électrique d’Afrique de l’Ouest et l’un des piliers du système d’échanges d’énergie électrique ouest-africain (EEEOA).
Outre les institutions financières internationales, le secteur privé investit également alors dans l’énergie, avec 22 % des investissements privés au premier semestre 2018 selon le directeur général du Centre de promotion des investissements en Côte d’Ivoire (CEPICI), Emmanuel Essis.
 
INFRASTRUCTURES
Routes, ponts, ports… Le pays se modernise
Dans la capitale comme à l’intérieur du pays, les chantiers de modernisation du parc d’infrastructures se multiplient. Construction de routes, inauguration du barrage de Soubré, forages de 83 points d’accès à l’eau… Des réalisations destinées à améliorer le quotidien de la population tout en renforçant l’attractivité du pays. Projet phare, le métro d’Abidjan, en partenariat avec la France, doit positionner la ville comme une capitale économique moderne. À ce titre, la secrétaire d’État auprès du ministre français de l’Économie et des Finances, Delphine Gény-Stephann, se trouvait à Abidjan fin juin pour une mission d’évaluation des projets franco-ivoiriens en cours. Lancés en novembre 2017 par les présidents ivoirien et français en marge du sommet UE-UA (Union européenne-Union africaine), les travaux, d’un coût de 1,4 milliard d’euros, sont réalisés par la Société de transports abidjanais sur rail (STAR) dont les capitaux sont détenus un consortium composé des Français Bouygues (33 %) et Keolis (filiale de la SNCF avec 25 %), et des Coréens Hyundai Rotem (33 %) et Dor Gsan Engineering (9 %).
Le futur métro assurera le transport de 300 000 passagers par jour et desservira l’agglomération d’Abidjan, d’Anyama au nord à l’aéroport international Félix- Houphouët-Boigny au sud, en passant par le célèbre quartier d’affaires du Plateau. Outre la diversification de l’offre de transports, ce tramway doit résoudre le problème des embouteillages à Abidjan qui engendrent des pertes importantes pour l’économie ivoirienne. D’autres actions sont menées par les autorités en faveur du désengorgement de la circulation, comme la modernisation des moyens de transport.
Autre projet au coeur de la feuille de route gouvernementale, le réaménagement de la baie de Cocody, destiné à embellir la capitale et offrir à un site de loisirs. Prévu avant fin 2020, année fatidique, ce vaste chantier avance au rythme fixé selon les autorités locales. Marchica Med, l’agence marocaine en charge des travaux, a annoncé un taux de réalisation de 40 % pour la première étape, qui porte sur les ouvrages maritimes, les digues de calibrage et les terrassements de la baie. Un appel d’offres international doit être lancé prochainement pour la réalisation du pont à haubans, qui devrait rallier les communes du Plateau et de Cocody. La Corée du Sud finance actuellement l’agrandissement d’une portion du boulevard Latrille qui est une des voies les plus engorgées ; le pont Yopougon-Adjamé-Plateau, ou quatrième pont, soutenu par la BAD, est attendu par les habitants de Yopougon, commune la plus peuplée, qui se rendent quotidiennement au Plateau pour aller travailler.
Autre projet majeur, les travaux du port autonome d’Abidjan dont l’élargissement du canal d’accès a été financé par la banque chinoise Eximbank, à hauteur de 560 milliards de francs CFA (854 millions d’euros). Cela permettra au port d’accueillir prochainement de plus grands bateaux. L’aéroport d’Abidjan, qui a dépassé le cap des deux millions de visiteurs, doit connaître également une série d’aménagements. AERIA, son concessionnaire, a annoncé 40 milliards de francs CFA (près de 61 millions d’euros) d’investissement sur trois ans. Des financements orientés, toujours en vue de désengorger la capitale, vers les zones industrielles en cours de réhabilitation, Yopougon en premier lieu. Tandis que de nouvelles zones sont créées. Telle celle d’Akoupé-Zeudji, au PK 24, aux abords de l’autoroute Abidjan-Yamoussoukro, où une vingtaine d’entreprises sont déjà installées, dont CFAO-Heineken.
Aussi, de nouveaux hôtels s’implantent aux quatre coins du pays. Parmi ceux-là, Seen Hôtel est sorti de terre en plein coeur du Plateau, à côté du siège de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI) et à deux pas de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI-CI). Le Radisson Blu a aussi ouvert ses portes peu après Onomo Hôtel dans le périmètre aéroportuaire. Dernier arrivé : le complexe Azalaï sur le boulevard Valéry-Giscard-d’Estaing. 24,2 milliards de francs CFA d’investissement ont été nécessaires à ce projet qui a permis la création de 164 emplois. 200 chambres et suites sont à disposition en plus de celles du Sofitel Hôtel Ivoire, d’Eden Golf Hôtel, des deux complexes Ibis, du Novotel, sans oublier de nombreuses résidences.
Reste un défi majeur pour la ville : l’habitat. Le plan stratégique de construction de logements sociaux se poursuit et s’accélère pour faire face à un déficit estimé à 400 000 unités par an.
 
SERVICES
De nouvelles activités
Avec ses nouvelles voiries, ses centres commerciaux qui poussent comme des champignons dont le fameux PlaYce, à Marcory, un des nombreux quartiers résidentiels en plein boom, Abidjan affiche un nouveau visage. Tandis que des signes de changements significatifs de la société ivoirienne commencent à s’entrapercevoir. Phénomène le plus visible, l’émergence d’une classe moyenne et à travers elle, de nouveaux services, habitudes de consommation, et plus largement, de nouveaux modes de vie. Représentant entre 25 % à 75 % de la population, selon les études, cette classe est portée par l’embellie économique, le regain d’attractivité du pays, la création et l’amélioration du niveau de vie au cours des cinq dernières années. Les CSP+ demeurent la cible privilégiée des investisseurs, dont la grande distribution. Mais aussi l’immobilier avec le boom des constructions de moyen et haut standing. Enfin, la classe moyenne attire aussi les banques et assurances avec désormais 28 institutions financières sur la place. Une concentration de l’activité qui favorise l’apparition de nouveaux produits, y compris dans le digital.
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