décembre 2017

L'Afrique, un champ d’opportunités pour les investisseurs innovants!

Par Zyad Limam
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Un banquier londonien soucieux de discrétion et spécialisé dans les pays émergents expose les 5 éléments « macro » qui incitent les financeurs à considérer positivement le risque Afrique.
 
1) La démographie
Aujourd’hui, on compte 1,3 milliard d’Africains sur une population mondiale d’environ 7,6 milliards. Mais, les Nations unies estiment que le poids démographique du continent surpassera celui de l’Asie dès le siècle prochain, prévoyant 4,5 milliards d’Africains sur une population mondiale de 11,2 milliards en 2100. Sur le continent, on est donc bien loin des problématiques de croissance morose, de déflation, de population vieillissante, de faible taux d’épargne qui grippe l’activité… L’Afrique, c’est d’abord une promesse immense de consommation de biens et de services, déjà bien comprise par les opérateurs téléphoniques mondiaux.
 
2) La représentation politique et Les institutions
Elles ont évolué positivement ces dernières années. On ne nie pas que la concentration des pouvoirs, la mauvaise gestion et l’âge des « monarques » restent dans de nombreux pays la source principale du statu quo, y compris dans des économies majeures comme l’Afrique du Sud (avec les liens entre le président Zuma et la famille Gupta). Mais, avec une éducation qui se généralise et s’allonge, les citoyens et la société civile pèsent de plus en plus sur la vie politique. Ils forcent le renouveau, militent pour des autorités méritocratiques et technocratiques. Finalement, ils imposent une certaine transparence politique et fiscale. Cette évolution se traduit aussi par une prise d’indépendance sur le plan international, avec la multiplication des partenaires. Par exemple, la Côte d’Ivoire et le Sénégal se sont largement émancipés de la France, financièrement et culturellement. Ils prennent le chemin des « dragons asiatiques », avec des taux de croissance parmi les plus élevés au monde.
 
3) L’accès aux marchés de capitaux et la diversification des ressources
La plupart des pays ont accès à de nombreuses sources de financement, bien au-delà des anciens prêts bilatéraux « souverains » conclus sous la tutelle coloniale. Donations, prêts concessionnaires des institutions financières internationales (FMI, BM, BAD, AFD, etc.), apports d’États intéressés par des projets de développement (pas seulement les pays du Club de Paris ou la Chine), diaspora… Surtout, de nombreux gouvernements ont réussi à intégrer les marchés internationaux de financement (en euros ou en dollars), en laissant ces mêmes marchés déterminer leurs taux d’emprunts souverains. On voit également se développer une activité sur le marché national, en monnaie locale, souscrit en général par les banques et les assurances. Par ailleurs, une gestion active de l’épargne et des retraites se met en place progressivement. S’appuyant sur ce cercle vertueux, les institutions économiques phares des pays (banques, assurances, grandes entreprises…) s’ouvrent à la possibilité d’emprunter à un « spread » au-dessus des obligations d’État auprès d’investisseurs locaux ou internationaux.
 
4) Une bonne gestion macro-économique et une capacité de paiement
La crise des matières premières qui touche les pays exportateurs s’est accompagnée de politiques monétaires responsables : montée des taux directeurs pour contenir l’inflation, prudence fiscale, dévaluation des monnaies locales par rapport au dollar, des mécanismes préconisés par le FMI pour maintenir les recettes et attirer les capitaux privés. La majorité des banques centrales ont eu une gestion orthodoxe de la crise, à l’exception notable du Nigeria, qui tente de maintenir le naira à un niveau élevé. Par conséquent, les investisseurs sont toujours présents et les réserves de change se stabilisent, couvrant souvent plus de trois mois d’importations. L’endettement, déjà bien apuré avant la crise financière mondiale de 2008, reste maîtrisé dans la majorité des cas. Ce qui implique une capacité de paiement consolidée. La croissance se maintient et devrait rebondir en 2018. À cela s’ajoute une volonté de rembourser les créanciers et de tenir les échéances.
 
5) L’Afrique propose un modèle novateur
Son développement économique ne passe pas forcément par une étape industrielle à l’instar de ce qu’a connu l’Europe. Comme l’Asie, le continent brûle les étapes et multiplie les innovations, tant sur le plan technologique que financier. Exemple : pas de bancarisation via une institution traditionnelle mais via le mobile, pour accéder à une ligne de crédit, gérer sa propre mini-épargne ou encore souscrire à une obligation souveraine, comme au Kenya à travers M-Akiba, une première mondiale. Question de survie physique ou identitaire, le continent, c’est l’entrepreneuriat au quotidien. Les investisseurs innovants, curieux et attirés par des rendements forts, prendront ce train en marche. Les autres, avec de vieilles recettes financières inadaptées, passeront complètement à côté.»
 
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