juillet 2017

Le choix de l’originalité

Par Jimi Weston
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Les sept premières éditions ont connu des succès plus ou moins importants, dans des contextes parfois compliqués, mais l’accent mis en continu sur la culture et l’art confère à ce rendez-vous international une singularité incomparable.

«La référence, c’est Niamey. » Po ur ceux qui suivent de près les Jeux de la Francophonie, cela ne fait aucun doute, l’édition 2005 a bien été la plus marquante d’entre toutes. « Au Niger, la mobilisation et l’enthousiasme de la population ont été énormes. Les stades étaient pleins, l’accueil des concurrents a été formidable, la capitale était en fête… L’accueil des Nigériens avait tout simplement été exceptionnel », se souvient Thomas Gil, responsable de la communication du Comité international des Jeux de la Francophonie (CIJF), qui assistait alors à ses premiers Jeux. L’engouement pour ce rendez-vous est bien plus fort dans les pays du Sud que dans ceux du Nord en général, « le nombre de téléspectateurs comme de spectateurs en témoigne », soulignet- il. Mais cela n’explique pas tout. La communication auprès de la population avait été particulièrement soignée et l’organisation avait vu juste en introduisant la lutte africaine, l’un des sports les plus populaires au Niger, parmi les épreuves sportives. Une discipline qui n’a d’ailleurs plus jamais quitté la programmation depuis.

La dernière édition, à Nice, ne peut pas en dire autant, et le bilan a été beaucoup plus mitigé. La ministre française déléguée à la Francophonie à l’époque, Yamina Benguigui, s’était même dite « déçue » du manque de retentissement médiatique de l’événement en France. Pourtant, c’était bien l’édition de tous les records (dont la plupart seront battus à Abidjan) : 54 États et gouvernements représentés, 3 200 participants (2 700 concurrents et plus de 500 accompagnateurs), des centaines de médias internationaux présents, des retransmissions télévisuelles en direct – 49 heures de programmes au total suivis par 200 à 250 millions de téléspectateurs cumulés –, des émissions radio quotidiennes avec près de 50 millions d’auditeurs au total et une présence presque continue sur les cinq continents.

Si les épreuves artistiques, qui se déroulaient dans le centre de Nice, ont été d’un bon niveau et bien suivies par le public local, en revanche, les épreuves sportives avaient été programmées trop loin du coeur de la ville, et des problèmes de transport ont nui à l’audience. La judokate ivoirienne Zoulehia Dabonne, présente en 2013, nous a d’ailleurs confié combien elle avait été « déçue par le nombre de spectateurs durant les épreuves de judo ». Incontestablement, la communication autour de l’épreuve et sa diffusion en France n’avaient pas été suffisantes. L’absence totale de retransmission en direct sur une chaîne nationale a par exemple fortement pénalisé l’intérêt de la population française. Différents couacs avaient également émaillé les compétitions, dont la « disparition dans la nature » d’une trentaine de concurrents africains. L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) plaide la jeunesse.

« Il ne faut pas non plus oublier que cet événement est relativement récent, tempère Thomas Gil. Sept éditions, ce n’est rien en termes d’expérience comparé aux 30 éditions des Jeux olympiques ou aux 21 éditions des Jeux du Commonwealth. » À chaque fois en tout cas, les cérémonies d’ouverture ont donné lieu à des spectacles grandioses suivis par des millions de téléspectateurs à travers le monde. Avec une mention spéciale pour celle de Beyrouth 2009 et la performance inoubliable de la soprano libanaise Majida El Roumi. Hélas, ces Jeux libanais ont eu lieu à une très mauvaise période pour le Pays du cèdre, qui faisait alors face à des regains de tension avec Israël.

Deux mois avant le début des Jeux, début août 2009, des affrontements entre les armées des deux pays avaient fait cinq morts. Il avait même été question un temps d’annuler les compétitions. Finalement, par mesure de sécurité, la plupart des Libanais étaient restés chez eux et avaient regardé les retransmissions télévisées. « Malgré ces difficultés, les compétitions sportives et artistiques ont été suivies par des millions de téléspectateurs, rappelle Thomas Gil. Les Libanais ont gardé un très bon souvenir de ces Jeux. »

Depuis la toute première édition à Casablanca en 1989, décidée deux ans plus tôt lors du sommet de la Francophonie à Québec (Canada), les Jeux ont fait le choix de l’originalité en introduisant des épreuves non sportives, « comme au temps de la Grèce antique », rappelle avec fierté l’OIF. Au Maroc, où 70 000 spectateurs avaient assisté à la cérémonie d’ouverture, sept épreuves artistiques et quatre épreuves sportives seulement s’étaient tenues. Une inclination jamais démentie par la suite, et même cultivée au fur et à mesure du temps, avec aujourd’hui dix épreuves artistiques et deux épreuves de création, écologique et numérique.

« Le niveau est globalement très élevé, que ce soit en photographie, en peinture, en sculpture, les artistes sont confirmés et certains déjà connus, alors que les athlètes sont le plus souvent des talents en devenir », fait remarquer Thomas Gil. Depuis 2013, l’OIF a même choisi d’accompagner et de promouvoir les lauréats après les Jeux, en plus des primes reçues de la part des pays qu’ils représentent. L’organisation s’engage ainsi à les valoriser, à les prendre en charge pour participer à des festivals, à les exposer par des pages personnelles et des portraits sur Internet et à communiquer sur leur talent.

Le chanteur haïtien Jean Jean Roosevelt, devenu une star dans son pays après avoir remporté la médaille d’or dans l’épreuve de chanson en 2013, est une belle illustration du potentiel de découvertes que peuvent receler ces compétitions. Le groupe Ivoire Marionnettes médaille d’or en 2013, est aujourd’hui invité à participer à des festivals un peu partout à travers le monde. En sport, les Jeux ont aussi eu la chance d’accueillir quelques « grands noms ». De la sprinteuse française triple championne olympique Marie-José Pérec, au coureur de fond marocain double médaillé olympique Hicham El Guerrouj, en passant par le sprinteur canadien double médaillé olympique Donovan Bailey. À Abidjan, cette année, aucun nom ronflant n’est attendu. Mais qui sait ? Certains peutêtre se révéleront.

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