octobre 2013

LE KENYA, APRÈS L’ATTAQUE

Par George OLA-DAVIES
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PENDANT UN INSTANT, l’après-midi de ce samedi 21 septembre, le Kenya tout entier a retenu son souffle. Le siège du centre commercial Westgate, à Nairobi, a brutalement rappelé l’attaque à la voiture piégée contre l’ambassade américaine, le 7 août 1998, qui avait elle aussi fait de nombreux morts. Une fois de plus, ceux qui ont revendiqué cet attentat portent le sceau des jihadistes liés à Al-Qaïda. Cette fois, l’attentat a été revendiqué par les Shebab, groupe islamiste originaire de Somalie, plongée dans le chaos depuis 1991. Ceux-ci ont affirmé avoir agi en représailles de l’intervention kényane dans leur pays, aux côtés des forces de paix de l’Union africaine. Nairobi y avait envoyé 4000 hommes, qui y jouent un rôle clé pour tenter de restaurer l’ordre.

L’attaque s’est déroulée alors que le Kenya est divisé par d’immenses clivages politiques depuis l’élection présidentielle de décembre 2007, à la suite de laquelle le président Uhuru Kenyatta et son vice-président, William Ruto, sont en procès à la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye. Les tensions et les accusations de fraude lors du dernier scrutin présidentiel, il y a six mois, n’ont en rien amélioré la situation.

Face au drame, les Kényans ont eu l’intelligence de mettre de côté tout clivage politique et de laisser derrière eux leurs différences ethniques et religieuses. Le mérite de cet élan revient au leader de l’opposition, Raila Odinga, le premier à condamner ce qu’il a qualifié d’« acte de barbarie insensé ». C’est lui qui a appelé les Kényans à rester unis. Il s’est même tenu aux côtés du président Kenyatta lors de sa première prise de parole à la télévision nationale.

Les conséquences à venir se dévoilent peu à peu. Il y a tout d’abord l’enquête qui devra apporter des réponses à des questions extrêmement délicates sur les failles de la sécurité nationale. Sur le comment d’une opération commando lourde qui a dû nécessiter des mois de préparation minutieuse. Les investisseurs étrangers vont également réévaluer leur présence dans le pays. À court terme, la principale industrie, le tourisme, sera forcément entravée. Le Kenya accueille le plus grand bureau des Nations unies en Afrique, ainsi que les sièges régionaux de nombreuses organisations internationales. Le pays est le poumon économique de la région, un hub aérien incontournable pour les voyageurs...

Les Shebab ont également menacé, sur leur compte Twitter, de s’en prendre aux autres États ayant envoyé des troupes en Somalie : Sierra Leone, Ouganda, Burundi, Ghana... Ces nations prennent-elles ces menaces au sérieux?

Sur le front politique, l’attaque aura apporté un peu de répit au président kényan, à quelques semaines de son procès devant la CPI. La moindre des choses serait que la communauté internationale ne reste pas les bras croisés et fasse preuve de compréhension à un moment aussi éprouvant. Il serait en effet très malvenu de faire comparaître à La Haye un chef d’État en exercice, l’obligeant à gérer une crise de cette ampleur à distance. Son refus de se présenter à La Haye serait alors certainement soutenu par la plupart des dirigeants africains.

Par George OLA-DAVIES (Journaliste sierra-léonais il a couvert l’Afrique, pendant près de trente ans, notamment pour la BBC. Il a vécu quatre ans au Kenya, où il a travaillé pour les Nations unies, dans le cadre de la mission de stabilisation de la région des Grands Lacs.)

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