juin 2018

Le logement, priorité nationale

Par Cherif Ouazani
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Croissance rapide, urbanisation effrénée et démographie galopante : le secteur vit sous état d’urgence.
 
Née d’un déséquilibre entre l’offre et la demande, la crise du logement est un défi majeur à Djibouti. Le déficit est d’ores et déjà estimé à 10 000 logements. À cela s’ajoute une croissance démographique de l’ordre de 2,8 % doublée d’une urbanisation à un rythme effréné : deux Djiboutiens sur trois vivent dans la capitale. Les besoins en logements nouveaux sont de l’ordre de 2 500 unités par an, dont 60 % sociaux. Dans un pays qui se singularise par une croissance économique soutenue et une spectaculaire transformation de la ville et des régions, la pauvreté urbaine fait tache.
 
Entre 2012 et 2017, 1 587 habitations ont été livrées, dont 261 construites par le secteur privé. Un rythme très insuffisant pour résorber le déficit. C’est pourquoi, le président Ismaïl Omar Guelleh a érigé la question du logement en priorité nationale et en priorité de son mandat. Il préconise la mise en place d’un cadre d’intervention pour faciliter l’accès des ménages à faibles revenus à un logement décent et améliorer l’accès à la propriété foncière. Outre l’intensification de la production de logements sociaux, il s’agit d’accroître l’offre de parcelles équipées pour produire des espaces constructibles. Avec l’assistance technique de la Banque mondiale, la définition d’une stratégie nationale a permis d’identifier les actions à entreprendre au profit de quatre catégories sociales : les ménages à très faibles revenus, ayant des capacités d’investissements insuffisantes, ceux à revenus faibles, les foyers à revenus moyens et enfin les familles à revenus supérieurs. Les cibles identifiées, il a fallu mettre en place le dispositif pour la promotion du logement toutes catégories. D’un point de vue institutionnel, l’État, propriétaire exclusif du foncier, a confié la gestion de son parc immobilier à deux institutions : la société immobilière de Djibouti (SID) et le Fonds de l’Habitat, créé en 2001. « Le positionnement des deux institutions n’était pas très clair, analyse Amina Abdi Aden, ministre déléguée en charge du Logement (voir ci-contre), leur vocation faisait doublon. Une réforme était nécessaire. » Chose faite en 2017. La SID est transformée en Société immobilière de l’aménagement foncier (Siaf) avec pour principale vocation la viabilisation des terrains à bâtir. Quant au Fonds de l’habitat il devient Agence de rénovation urbaine et du logement social en charge de la résorption de l’habitat précaire. Ce dispositif est consolidé par la création d’une Banque de l’habitat spécialisée dans le financement de la promotion immobilière privée. Les opérations en cours prévoient la réalisation de 3 124 unités pour un montant de 105 millions de dollars financés pour la plupart par des fonds arabes.
 
Appel à la solidarité
Le budget national n’étant pas en mesure de faire face au financement du logement social, le président Ismaïl Omar Guelleh a lancé, en octobre 2016, un appel à la solidarité nationale pour financer le logement au profit des catégories les plus vulnérables, personnes insolvables, handicapées… Il a créé une fondation à son nom pour recevoir les dons. Institutions financières locales et internationales, particuliers et grands groupes économiques ont répondu à l’appel. Première opération : 450 maisons de 96 m2, dotées de toutes les commodités réalisées (un peu plus de 1 million de francs-Djibouti l’unité) et distribuées quelques mois après la création de la fondation. « 1 476 logements sont en cours de réalisation, explique Mahamoud Ali Osman, directeur général de la fondation IOG, dont 1 000 offerts par China Merchants Holdings. Notre objectif est de construire 20 000 habitations pour les catégories les plus faibles de notre société. » À Djibouti, riche ou pauvre, chacun devra avoir son toit.
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