août 2018

Les Algériens, ailleurs mais chez eux

Par Frida DAHMANI
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À Tabarka, dans le Nord-Ouest, Khmiss est satisfait : sa gargote ne désemplit pas depuis la fin de ramadan. « Les Algériens sont revenus, les affaires ont repris, la saison sera bonne », claironne-t-il. Cette petite ville somnolente à la frontière tuniso-algérienne est le point de passage de ces vacanciers qui arrivent en famille pour sillonner le littoral tunisien, avec une préférence pour Sousse et Hammamet. « Cette année, nous découvrirons aussi Kélibia », projette Hamid, en quête d’une villégiature abordable et offrant des loisirs pour tous. La ministre du Tourisme, Selma Elloumi, sait « compter sur la clientèle algérienne » : « Ils étaient 2,5 millions en 2017 et seront 3 millions durant la haute saison 2018. » Depuis 2011, malgré la menace terroriste et les difficultés du tourisme, les Algériens ont toujours été fidèles à leurs habitudes. « Le pays est voisin, partage une langue commune et propose un dépaysement sans nécessiter de visa », indique Hamid, qui revient pour le cinquième été consécutif, mais souhaite que des tarifs spéciaux leur soient accordés. « Les prix sont moins chers pour ceux qui viennent d’Europe. La partie tunisienne doit revoir sa stratégie commerciale à l’égard de son voisin et allié de toujours. Pourquoi ne pas accorder aux Algériens des avantages ou encore les aligner sur ceux du tourisme local ? », se demande Amar Khelifati, gérant de l’agence de voyages Plein Soleil à Alger. Néanmoins, les Algériens ne sont pas des touristes classiques en Tunisie : ils sont d’abord consommateurs et fans de loisirs, se consacrent au shopping, profitent des soldes, font leurs courses pour la rentrée scolaire, se fournissent dans les supermarchés et assistent à des spectacles. Ils sont moins attirés par l’artisanat local, mais profitent de l’atmosphère de liberté. Des rapports sociaux plus conviviaux et un mode de vie plus spontané leur donnent la sensation de vivre sans les tabous de la société algérienne, un peu comme avant la décennie noire. « Ici, ils sont attirés par la liberté. Il n’y a jamais de regards réprobateurs. Un homme algérien peut siroter une bière tranquillement, et sa femme se baigner en maillot ou porter un décolleté sans heurter quiconque », avance Aymen, serveur à Gammarth. En Tunisie, les Algériens sont ailleurs, mais chez eux.
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