septembre 2017
Économie

Les quatre ouvrages du moment à ne pas rater

Partage
Par Akram Belkhaïd et Estelle Maussion
 
 
Face aux déclarations tonitruantes du président, l'ouvrage « Le Nationalisme Économique Américain » rappelle que les États-Unis ont toujours su manier un libéralisme à géométrie variable. On vous parle de ce livre de Christian Harbulot et de trois autres ouvrages que vous ne devriez pas rater.
 
Avec Donald Trump pour président, les États-Unis vont imprimer une nouvelle direction à la mondialisation en relançant les idées de protectionnisme et de nationalisme économique. C’est le point de départ de l’ouvrage dirigé par Christian Harbulot, le directeur de l’École de guerre économique, à Paris. Élaboré avec les étudiants de cet établissement, le livre rappelle que cette nation, souvent présentée comme le fer de lance du libéralisme, a toujours privilégié le protectionnisme quand ses intérêts l’exigeaient. Mieux, rappelle Christian Harbulot, il fut la base de son développement après l’indépendance, au XVIIIe siècle. Plus tard, Ronald Reagan, figure symbolique du capitalisme, n’a pas hésité à protéger le « made in USA » contre les produits extérieurs, notamment les véhicules japonais ou les équipements lourds allemands.
 
Le libéralisme est d’abord un discours, avec lequel les grandes puissances, et donc les États-Unis, se sont toujours accommodées. L’administration américaine, par exemple, est très attentive au respect du Small Business Act (SBA), qui oblige l’État fédéral à réserver une partie de ses commandes à des PME américaines. Un soutien direct que l’Union européenne (UE) interdit à ses membres au nom du dogme de la concurrence. Après ce rappel, les auteurs prennent position : l’idée, d’ailleurs âprement combattue par les institutions internationales, que le protectionnisme puisse être au coeur du développement économique est jugée hérétique, voire archaïque. L’ouvrage ne le fait pas, mais la question mériterait d’être posée concernant les zones en développement, le continent africain, notamment : ne doit-il pas protéger ses industries s’il veut se développer ?
 
Pour revenir à l’ouvrage, ce dernier note que le nouveau locataire de la Maison-Blanche va au-delà du simple pragmatisme reaganien. Convaincu des « effets dévastateurs de l’agressivité commerciale d’économies étrangères sur l’emploi aux États-Unis », Trump veut renégocier les accords commerciaux multilatéraux, et notamment l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena). Si le Canada, l’un des trois signataires, attend de voir venir, le Mexique s’inquiète ouvertement d’une remise en cause des clauses lui permettant d’exporter à bas coûts ses productions vers son grand voisin du Nord.
 
Rien ne dit que la démarche va réussir : le monde a changé depuis les deux présidences de Reagan, il est plus interconnecté. De plus, Trump et sa doctrine entrent en confrontation avec l’un des moteurs majeurs de la croissance américaine, à savoir la Silicon Valley et ses grandes multinationales high-tech. Ces dernières ne veulent pas de protectionnisme et s’insurgent contre les restrictions liées à la libre circulation de leur main-d’oeuvre qualifiée. Un compromis sera-t-il trouvé ? En attendant, Pékin, dirigiste et protectionniste, observe. C’est ce qu’explique le dernier chapitre du livre : le face-à-face États-Unis - Asie (Chine surtout) prendra une nouvelle dimension si Trump met en application ses projets de nationalisme économique.
 
CANCRE
Sus à la Harvard Business School (HBS) ! Créé en 1908 au sein de la prestigieuse université de droit américaine, cet établissement est devenu l’emblème des écoles de commerce de renom (10 000 demandes annuelles pour faire partie de la centaine d’étudiants retenus en MBA). Pourtant, ce livre va à l’encontre du mythe et prend la forme d’un réquisitoire. La HBS est ainsi présentée comme étant la source originelle de ce qui est arrivé de pire aux États-Unis sur le plan économique (crises fi nancières, spéculation, hausse des inégalités salariales…). L’auteur, journaliste et auteur de The Firm, qui dévoilait les dessous du cabinet de conseil McKinsey & Company, critique une formation biaisée par les relations incestueuses avec les entreprises donatrices. Une charge qui aurait mérité plus de nuances.
 THE GOLDEN PASSPORT, Duff McDonald, HarperCollins.
 
RESPIRATION
C’est le livre qui inspirera certainement vos résolutions de rentrée. Écrit par le célèbre blogueur Mark Manson, il incite à ne plus céder aux injonctions de la pensée positive. Autrement dit, il faut, selon l’auteur, accepter que les choses aillent mal et faire avec. Alléger son fardeau, lâcher prise et, en somme, « cesser de se pourrir la vie » en se fi xant des objectifs de dépassement de soi que l’on est incapable d’atteindre. Attention, il ne s’agit pas d’un manifeste pour paresseux mais plutôt d’un contre-manuel de développement personnel. Un livre bienvenu, ironique, et bien plus subtil qu’il n’y paraît.
L’ART SUBTIL DE S’EN FOUTRE. UN GUIDE À CONTRE-COURANT POUR ÊTRE SOI-MÊME, Mark Manson, Eyrolles.
 
MANIFESTE
Conçu comme un guide de bonne gouvernance à destination des dirigeants africains, cet ouvrage a deux mérites. Tout d’abord, il présente de façon claire et percutante les trois principaux défi s du continent : gérer son essor démographique, son urbanisation et son développement technologique. Ensuite, il fournit, pour chacun, les cinq étapes à suivre pour les relever, montrant notamment que les pratiques de clientélisme ne pourront pas répondre aux besoins du futur. Écrit par trois membres de la Brenthurst Foundation, think tank créé par la famille Oppenheimer, l’ensemble est dense mais didactique, illustré par des graphiques et ponctué de contributions de l’ex-président nigérian Olusegun Obasanjo. Reste à savoir si les intéressés le liront.
MAKING AFRICA WORK, G. Mills, O. Obasanjo, J. Herbst et D. Davis, Tafelberg.
 
 
ET AUSSI...
 
 
GEEKETTE
Elle s’appelle Edwige Gbogou. Étudiante à Abidjan, passionnée de nouvelles technologies et, selon ses propres mots, « grande rêveuse », elle tient un blog qui va à l’encontre de plusieurs idées reçues. Non, la hightech n’est pas une affaire simplement masculine. Non, l’Afrique n’est pas à l’écart du formidable bouillonnement autour du développement du numérique. Dans ses posts, on retrouve le lexique habituel des geeks avec une attention marquée pour l’économie collaborative, la fabrication numérique d’objets connectés ou l’enseignement à distance (Mooc) pour futurs entrepreneurs dans le digital.
gbogouedwige.com
Partage
À lire aussi dans AM BUSINESS
AM BUSINESS Moyen-Orient Iran : le réveil contrarié
AM BUSINESS Portrait Pierre Thiam : un chef sénégalais à New York
AM BUSINESS Maroc - groupe BCP Kamal Mokdad : « Nous avons les moyens de nos ambitions »
AM BUSINESS PAROLE D'EXPERT Il est grand temps d’offrir un cadre légal à l’entrepreneuriat social

Suivez-nous