février 2018
C'est comment?

Lettre à M. Trump

Par Emmanuelle Pontié
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Monsieur,
J’ai été ravie pour vous le 16 janvier dernier d’entendre la lecture de votre bulletin de santé et d’apprendre que vous étiez donc en pleine forme. En effet, vos propos du 11 janvier où vous avez qualifié Haïti et des États d’Afrique de « pays de merde », auraient pu laisser entendre le contraire. Chacun, bien entendu, a le droit de penser ce qu’il veut. Et dans le cas d’espèce, personne ne doute que vous ayez été très sincère en prononçant ces mots, au vu de votre méconnaissance et de votre mépris du continent, dont vous êtes incapable d’écrire le nom des pays avec la bonne orthographe. Le problème, c’est que vous êtes chef d’État, et de surcroît d’une nation qui
pèse plutôt lourd dans le paysage international. Vos propos, véritable insulte à toute règle diplomatique d’abord, sont donc inadmissibles. Et le courrier (une prouesse quand l’on sait que vous n’affectionnez que les tweets et leur mode minimal d’expression) que vous avez adressé au président de la Commission de l’Union africaine dix jours plus tard, pour rappeler que vous respectez les nations du continent et leurs citoyens, est bien le constat d’un drôle de rétropédalage. Comme pour rattraper en vitesse une « boulette ».
Heureusement, vos propos choquants ont entraîné une levée de boucliers globale. Laissons de côté quelques intellos avides de pensées à rebrousse-poil qui ont glosé sur le thème « Vous avez raison, on est des nuls, il faut prendre notre destin en main, bla-bla… ». Comme si le continent avait besoin de votre grossièreté pour savoir que l’Afrique a ses défauts, ses travers, ses faiblesses. Comme si on avait besoin de vous pour ouvrir le débat. J’ajouterai d’ailleurs un carton rouge au passage au président ougandais, Yoweri Museveni, qui a cru bon d’en rajouter une couche en avouant que sur le fond, vous n’aviez pas tort de pointer ces faiblesses. Vous, un si grand manitou du business au départ, devriez pourtant savoir que l’Afrique, c’est aussi l’avenir, votre richesse de demain, un immense marché de consommateurs, et une terre d’opportunités d’affaires aussi. Mais c’est sûrement un peu loin, un peu compliqué pour vous. Ce n’est pas grave. Essayez juste de respecter votre fonction, Monsieur Trump, et d’éviter à l’avenir ce genre de (grand) écart de langage. Lorsque vous ne serez plus président, vous serez libre de traiter qui vous voudrez de ce que vous voudrez, tout le monde s’en moquera comme de sa première frite d’igname. Car on se sera tous empressé de vous avoir oublié. Mais ces propos n’engagent que moi !
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