octobre 2018

Lola Shoneyin : « Un chaos magnifique »

Par Christophe Langevin
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Écrivaine à succès, Lola Shoneyin, 44 ans, a notamment publié Baba Segi, ses épouses, leurs secrets. Un roman féministe traduit dans une dizaine de langues, dont le français (éd. Actes Sud, 2016). Cette poétesse yorouba vit à Lagos depuis près de vingt ans. Belle-fille de Wole Soyinka, le premier auteur africain lauréat du prix Nobel de littérature (1986), elle nous explique pourquoi elle ne pourrait pas vivre ailleurs.
 
AM : Comment définissez-vous Lagos ?
Lola Shoneyin : Lagos est un chaos magnifique. Un espace inouï avec une personnalité détonante. Façonnée par la créativité de ses habitants. Le bruit, les embouteillages, le « fighting spirit », la volonté de faire, d’agir… tout cela, c’est l’âme de Lagos. Les Lagotiens ne s’abandonnent jamais au découragement. Ils possèdent cette énergie incroyable que l’on ne retrouve nulle part ailleurs sur le continent.
 
Beaucoup considèrent que Lagos est le « New York de l’Afrique ». Avez-vous ce sentiment ?
Chaque jour, Lagos attire de nouveaux habitants venus de tout le Nigeria et du reste du continent. Souvent, ils viennent les mains vides et la faim au ventre… Et ils réussissent des prouesses. C’est clairement un lieu où des rêves deviennent réalité.
 
Cette ville constitue-t-elle vraiment un melting-pot ou est-ce avant tout une cité yorouba ?
Les deux à la fois. Lagos est située sur un territoire qui se trouve dans le « yorouba land ». Mais ses habitants viennent de partout et toutes les ethnies et identités sont reconnues et appréciées. Je parle yorouba, c’est ma langue, et en même temps, j’écris en anglais. La tolérance est l’une de nos forces, et l’accueil de l’étranger, une valeur essentielle.
 
Les industries culturelles se développent très rapidement à Lagos. Pourquoi ici, et pas ailleurs au Nigeria ?
La culture est avant tout consommée par les urbains. Au Nigeria, Lagos regroupe les populations les plus éduquées, ainsi que celles qui ont du pouvoir d’achat…
 
Aimez-vous votre ville ?
J’ai développé une relation « d’amour-haine ». J’aimerais que les richesses y soient mieux distribuées, de façon plus équitable. Mais Eko est devenue ma maison, mon foyer. J’ai parfois l’impression que le fait d’être enveloppée dans cette folie est important pour moi. Je ne m’imagine pas vivre ailleurs… C’est l’effet que cette cité a sur vous. Elle vampirise votre énergie et prend possession de vous.
 
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