février 2017

Notre problème à tous

Par Zyad LIMAM
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Pour la plupart, ils restent encore insensibles à l’angoisse « Trump » qui a saisi la plus grande partie du monde. Hauts responsables, journalistes, hommes politiques, les Africains ne semblent guère concernés par le nouveau président des États-Unis. « De toute façon l’Amérique ne s’intéresse pas à nous, et donc, cela ne changera rien. Même Obama, “le Kényan”, est resté dans la cosmétique, l’apparence et le discours. Trump fera pareil, à part défendre quelques intérêts essentiels, comme le pétrole… ». Certains ne cachent pas 
une forme de cynisme souriant devant les convulsions qui attendent ce « monde blanc » d’habitude si sûr de lui et si condescendant… D’autres enfin, surtout certains chefs, se disent : « Vivons heureux, vivons isolés. »
 
Certes, mais le « Donald Trumpisme » est porteur d’un message de rupture et de bouleversements qui touchera le monde at large. Y compris l’Afrique. Des grandes capitales aux villages. Le protectionnisme n’est pas qu’une question américano-chinoise, américano-mexicaine ou américano-européenne. Le libre-échange régulé et l’ouverture du commerce mondial ont contribué directement à la naissance des nations émergentes. Ils ont contribué directement à la réduction de la pauvreté de masse de l’humanité. 
 
À une inversion progressive du rapport de force entre un Nord ultra-dominant et des « Sud » à genoux. Rien ne prouve d’ailleurs qu’un jour le tempétueux Donald ne voie en l’AGAOA (Association of Government Accounts Organizations of Asia) une menace existentielle pour le travailleur américain. Le retour aux frontières, aux nationalismes économiques, ne ferait que ralentir dramatiquement ce grand mouvement d’émancipation. Autre point capital, la politique clairement agressive de la Maison Blanche et des idéologues qui s’y sont installés vis-à-vis des mondes de l’islam. Sous prétexte de lutte antiterroriste. L’Afrique, continent multiple, où l’on compte près de 600 millions de musulmans, où les équilibres sont encore instables et fragiles, ne sera pas à l’écart de cette guerre des civilisations que voudrait imposer certains faucons de Washington. 
 
On sait où mènent systématiquement ces « croisades », ces grandes expériences nationalistes, protectionnistes, populistes. À l’échec et aux conflits. Le monde d’aujourd’hui, on l’espère vivement, est différent de celui de la première moitié du XXe siècle. Mais les années qui viennent risquent d’être marquées par un désordre général. Soumis au stress Trumpien, les grands acteurs de la géopolitique mondiale vont agir. Ou tenter d’agir. L’Europe, sans le Royaume-Uni, devra se réorganiser, se refonder, investir massivement dans sa défense. Ou se disloquer. La Chine va devoir assumer sa position de leadership, étendre et financer son influence politique, et ouvrir mieux et plus ses marchés. L’Afrique, elle aussi, doit prendre la mesure des enjeux. Certains des nouveaux habitués du Bureau ovale imagineraient, dit-on, la « recoloniser ». À elle de se montrer forte. Elle doit s’intégrer, se réformer plus vite encore, se moderniser, s’allier, pour mieux affronter notre futur commun et incertain.
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