octobre 2018

Parlons d'AM

Par Zyad Limam
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Depuis le mois de mai dernier, nos lecteurs algériens n’ont plus le choix de pouvoir nous lire. En tous les cas pas dans notre version papier, « print » (y compris les hors-séries éventuels). Nous ne sommes plus autorisés à être importés, et donc distribués. Aucun exemplaire. Zéro. Pas d’explications particulières pour ce qui s’apparente, en gros, à une interdiction. On évoque un problème de devises. On a du mal à y croire. Un grand pays comme l’Algérie, puissance africaine, puissance pétrolière, avec une vocation diplomatique continentale, serait mis en danger par des importations culturelles qui représentent epsilon dans sa balance commerciale…

De fait, aujourd’hui, l’Algérie est le seul grand pays francophone au monde où AM, Afrique Magazine, n’est pas disponible. L’un des rares pays africains où les restrictions sur la presse sont encore d’actualité – nous ne sommes d’ailleurs pas les seuls à faire l’objet de mesure d’interdiction ou de limitation drastique. À l’époque d’Internet, des réseaux sociaux, de la digitalisation… Au moment aussi où la société civile, la jeunesse, les élites du pays cherchent à s’ouvrir plus encore sur le monde. C’est déprimant. Les Algériens sont des citoyens. À eux de décider ce qu’ils veulent lire. Ou pas. Étonnamment, la mesure ne concerne pas notre seconde publication, AMB, Afrique Méditerranée Business. Ce qui me donne l’occasion de refaire une mise au point toujours utile : AM et AMB sont des titres de presse édités par l’entreprise AM International, une société indépendante dont le signataire de ces lignes est l’actionnaire majoritaire. Il n’y a ni grand groupe derrière nous, ni intérêts cachés.

Cela nous amène à parler justement d’AMB, notre publication économique née il y a un peu plus de cinq ans. Le dernier numéro est sorti en décembre 2017-janvier 2018. Malgré notre enthousiasme et notre volonté, nous n’avons pas pu maintenir sa parution papier. La conjoncture économique très difficile de la presse et de la distribution, les mutations technologiques, les transformations du marché publicitaire rendent pratiquement impossible, pour un éditeur indépendant, tout investissement majeur dans le domaine du print. Nous aurons fait 21 parutions d’AMB, 21 parutions dont nous pouvons être particulièrement fiers ! Nous avons amené un style, un regard sur les mutations économiques du continent. Nous avons donné la parole à de nombreux acteurs de ces mutations. Nous avions des lecteurs motivés, des partenaires, des annonceurs. Je remercie très, très chaleureusement tous ceux qui ont participé à cette belle aventure.

Ce n’est pas pour autant la fin de notre ambition AMB. Nous avons des acquis, une expérience. Et la sphère « éco-business-développement » est au centre des enjeux africains. Notre ambition de nous investir dans les questions économiques, l’entrepreneuriat, les débats sur le développement reste intacte. Nous serons donc toujours présents, actifs et créatifs.

Première étape, la mise en place d’un cahier business dans notre titre amiral, Afrique Magazine. Vous trouverez en page 92 la première édition. C’est un redémarrage et nous comptons bien monter en puissance, en qualité, offrir, à chaque parution d’AM, un magazine dans le magazine. Avec notre regard et notre style particulier. Deuxième étape, la réalisation d’un ou deux grands hors-séries par an, thématiques, avec un angle original, un projet rédactionnel que l’on souhaite hors normes, à la fois durable et accroché aux grands enjeux du continent.

Ces projets doivent évidemment s’inscrire dans l’évolution des modes de lecture, les exigences des nouvelles générations, la digitalisation des médias. Pour toute entreprise de presse traditionnelle, et en particulier pour toute entreprise de presse indépendante, c’est un formidable défi, un saut impératif dans un inconnu exigeant et prometteur. Nous allons y consacrer une bonne partie de notre énergie et de nos moyens.

Dès à présent, Afriquemagazine.com vous attend. Bonne lecture donc, qu’elle soit print ou digitale !

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