août 2017
Sindika Dokolo

Pourquoi je me bats

Par Zyad LIMAM
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Il est l’époux d’Isabel Dos Santos, l’autre moitié d’un incroyable power couple. Entrepreneur et homme d’affaires de talent, collectionneur d’art, mécène, il se jette, à 45 ans, dans la bataille pour la transition politique en RD Congo. Une interview exclusive.
 
La caricature consisterait à le réduire à quelques clichés qui ont la vie dure : celui de « mari de », celui d’une « PEP », personnalité politiquement exposée, au parcours de jet-setteur financier à la fois efficace et flamboyant, au carrefour des affaires internationales, des enjeux stratégiques, de la politique et des arts… Évidemment, les choses ne sont pas si simples. L’histoire de Sindika Dokolo n’est pas celle d’un nouveau riche. On pourrait au contraire parler de dépossession, de reconstruction d’un héritage familial, de redonner de la force à un nom. Tout en écrivant sa propre histoire. Sindika est l’un des quatre enfants d’Augustin Dokolo Sanu et Hanne Kruse, citoyenne danoise, épousée en 1968.
 
Dokolo père construit un vaste empire économique dans le Zaïre de Mobutu, avec pour fleuron la Banque de Kinshasa. Sindika, enfant de bonne famille, grandit entre l’Afrique et l’Europe, où il fréquente à Paris le lycée jésuite Saint-Louis-de-Gonzague. À la fin des années 90, un Mobutu sur le déclin s’attaque à Augustin Dokolo, devenu trop puissant au goût du pouvoir (ou de ce qu’il en reste). L’entrepreneur ne se remettra pas du dépeçage de son oeuvre. Il meurt en 2001. La famille quitte Kinshasa. Sindika s’installe à Luanda. Où il épouse la belle Isabel, fille de Eduardo dos Santos, président depuis 1979. La reconquête est en marche. Métis culturel, précis, ambitieux, sans complexe, il défend son patrimoine congolais, investit dans le diamant, l’orfèvrerie et tout récemment dans les ciments. Il constitue la plus importante collection d’art contemporain africain. Et a décidé aujourd’hui de mettre tout son poids dans la balance pour mettre fin au pouvoir de Joseph Kabila et entamer une vraie transition démocratique en RD Congo.
 
AM : Vous êtes entrepreneur, collectionneur, mécène. Avez-vous une ambition politique en RD Congo ? 
Sindika Dokolo : Ma motivation n’est pas de me positionner sur l’échiquier politique congolais. Il y a suffisamment de politiciens et de candidats présidents en RDC. Ce qui nous manque, c’est la prise de conscience collective qu’il nous faut défendre nos acquis démocratiques face à M. Kabila, qui veut rester au pouvoir. Ma démarche est avant tout un engagement citoyen qui a pour point de départ une double conviction. La première est que les maux de la RDC viennent du choix délibéré du président de la République de ne pas respecter notre Constitution, et notamment l’obligation de tenir les élections dans les délais et de respecter le principe de l’alternance. La seconde est que seule la masse citoyenne congolaise résolue dans la défense de notre démocratie peut empêcher le sabordage de nos institutions. Je fais donc à ce stade davantage partie de la société civile que de la classe politique.
 
Pour quelle raison vouloir faire de la politique, prendre part au débat congolais ? Pourquoi prendre ce risque ? 
Lorsque les institutions d’un pays sont prises en otage par ses dirigeants, il appartient à chaque citoyen d’agir selon sa conscience. La prise de risque est à la mesure de l’enjeu.
 
L’Afrique reste un continent d’hommes. Vous êtes marié avec une femme puissante, qui mène une carrière en vue. Comment vivez-vous ce rôle particulier, celui « d’homme à égalité » ou de « mari de » ? 
Son succès est pour moi et les miens une source de fierté. Je suis convaincu que le secret du développement de l’Afrique repose sur les femmes. Les hommes devront s’y faire. C’est incontournable. Par son exemple, Isabel inspire d’autres jeunes femmes du continent et c’est tout ce qui compte. Et puis, lorsque nous allons au musée, c’est elle qui est la « femme de » (…)
 
(...) RETROUVEZ L'INTÉGRALITÉ DE CETTE INTERVIEW DANS LE NUMÉRO DOUBLE (371-372) D'AM, EN KIOSQUE !
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