février 2017
Côte d'Ivoire

Quand « AGC » monte au front

Par Zyad LIMAM
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Méthodique, politique, fidèle d’entre les fidèles du chef de l’État, le nouveau Premier ministre devra mener à bien les changements. Et assumer un rôle nettement plus public.

«Entre moi et lui, dit souvent Alassane Ouattara, il n’y a pas l’ombre d’une feuille de cigarette. » Amadou Gon Coulibaly, dit AGC, est sans conteste « le fidèle parmi les fidèles », l’un des rares dans l’entourage politique à bénéficier de l’amitié présidentielle. Et l’un des très rares qui puisse dire « le président m’a dit » ou « j’en parlerai au président », sans que sa parole puisse être mise en doute. Celui qui fut un puissant ministre d’État, secrétaire général de la présidence depuis 2011, est donc dorénavant Premier ministre. Le changement est majeur. L’homme des dossiers devient un personnage public, maître d’ouvrage du « plan ADO ». En première ligne sur le front. Garant de la réussite de la seconde partie du mandat présidentiel.
 
Le successeur de Daniel Kablan Duncan (DKD) a de l’expérience à tout point de vue. Né le 10 février 1959 à Abidjan, fils aîné du député dont il porte le même nom, membre d’une famille influente enracinée dans l’histoire (son arrière-grand-père était l’un des chefs suprêmes des Senoufos), dont les origines remontent à la fondation de Korhogo. Une famille proche et alliée de Félix Houphouët-Boigny. Lorsqu’en 1990 Alassane Ouattara est chargé de former un gouvernement de sauvegarde par « le Vieux », il fait appel à des valeurs sûres mais aussi à des nouveaux profils, dont AGC, au titre de conseiller technique. Ingénieur de formation, diplômé du Centre des hautes études de la construction de Paris, il dirige alors le DCGTX (l’actuel Bureau national d’études techniques et de développement, (BNETD)).
 
Engagé au Rassemblement des républicains (RDR) dès sa création, en 1994, AGC suit l’homme qu’il a décidé de soutenir et de servir. Policé, à l’écoute, sans excès, il sait néanmoins ce qu’il veut et sait faire de la politique. En novembre 1995, il remporte le siège de député de Korhogo au nez et à la barbe d’un cousin de son père, soufflé par l’impertinence et l’audace de ce « petit ». AGC impose progressivement son autorité, sur sa région et son influence au sein du parti. À l’Assemblée, il parvient à se faire entendre à une époque où la rupture entre Henri Konan Bédié et ADO est consommée.
 
En octobre 1999, Amadou Gon, Henriette Dagri Diabaté et plusieurs de leurs camarades « républicains », accusés de violences au cours d’une manifestation contre le régime Bédié, sont arrêtés et condamnés à deux ans de prison. Tout le monde est libéré deux mois plus tard, en décembre, à la faveur du coup d’État du général Robert Gueï. Un premier baptême du feu…  Amadou Gon Coulibaly sera ministre de l’Agriculture sans interruption d’octobre 2002 à la fin 2010, survivant aux années Gbagbo dans de bien précaires gouvernements de cohabitation. Il participe à la montée au pouvoir de « son » président. AGC a de la ressource, il tient, même s’il est fragilisé à l’époque par de sérieux problèmes de santé.
 
En fin politique, il s’entoure de personnalités sur lesquelles il peut s’appuyer. Gouvernement, haute fonction publique… La génération AGC est là, modelée au fil des années. Certains sont entrés avec lui au gouvernement. Son bras droit fidèle et proche d’Alassane Ouattara, Philippe Serey-Effeil est directeur de cabinet du Premier ministre, un poste stratégique.
 
Amadou Gon Coulibaly aura vécu, dès les premières heures de son installation, un nouveau baptême du feu. Pleinement engagé dans la négociation sociale, recevant les syndicalistes dans son bureau, il aura obtenu le retrait des préavis de grève et une reprise du travail. À ce poste très exposé, il lui faudra agir à court terme et au long cours, maîtriser le rythme dit-on infernal de toute primature : réformes économiques, justice, dossiers sociaux, financement, budget, crises… D’autant plus que la rumeur des salons abidjanais, essentiellement on le sait préoccupés par l’agenda 2020, voit évidemment en cet homme de 58 ans l’un des successeurs idéals du président Ouattara…
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