août 2017
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Quatre films à regarder en ce moment

Par Jean Marie Chazeau
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À travers l’histoire de Charles, chef d’un groupe de rabatteurs pour salons de coiffure afro, c’est le portrait du célèbre quartier parisien de Château d’Eau qui se dessine. "La vie de Château" est l'une de nos quatre recommandations CINÉMA pour les mois à venir. Voici notre sélection !
 
LA VIE DE CHÂTEAU
 
Toute l’Afrique connaît le quartier Château d’Eau à Paris : autour de cette station de métro, la plus grande concentration de salons de coiffure afro de France donne la tendance jusque sur le continent noir en matière de mode du cheveu. Mais on s’y livre aussi une concurrence féroce, avec ces équipes de rabatteurs aux sorties du métro qui rivalisent de tchatche pour attirer les clientes vers le meilleur lissage ou la plus belle mèche. Un vrai spectacle qui a inspiré deux réalisateurs parisiens d’origine africaine, pour leur premier long-métrage : Modi Barry et Cédric Ido. Ce dernier en a confié le rôle principal à son frère Jacky, dont le charisme sert parfaitement le personnage, Charles (« comme le prince »), qui se veut à la pointe de l’élégance sur son bout de trottoir.
 
L’argent circule, mais les affaires sont difficiles, le quartier étant « coincé entre les Chinois et les bobos », menacé de transformation par l’évolution immobilière et sociologique du centre de Paris. Dans ce contexte, toute une galerie de personnages hauts en couleur se croise entre quiproquos et magouilles (y compris autour des crèmes de blanchiment interdites en France…).

Mais rien de méchant, on est plus proche des Pieds nickelés, et ce sont finalement les femmes qui semblent tirer les ficelles. Dommage que le rythme du film ne corresponde pas toujours à la vie trépidante qu’il décrit, et que les effets comiques soient parfois dilués dans des séquences qui s’étirent. Mais on apprécie le jeu des acteurs, dont celui de Tatiana Rojo, décidément très en vue (lire ci-contre), et l’aspect documentaire sur un milieu fermé : les deux cinéastes se sont immergés pendant trois ans dans ces rues et ces boutiques, pour pouvoir tourner avec la complicité des habitants et des travailleurs du quartier. Ivoiriens, Congolais, mais aussi Chinois, Indiens ou Kurdes, se côtoient dans un melting-pot très… parisien. Un témoignage drôle et doux à la fois, assez loin finalement de la caricature des habitants d’un quartier tout proche, celui du Sentier, dans La vérité si je mens !

 
LAURENT ET SAFI
 
« JE NE SUIS PAS UNE FEMME AFRICAINE, je suis une femme ! », s’écrie Safi, qui réclame à sa famille le droit d’épouser qui elle veut… Il faut dire qu’elle aime un jeune homme de bonne famille de Neuilly, alors qu’elle, de Montreuil, est promise à un riche cousin à Bamako. Chez les Maliens comme chez les grands bourgeois parisiens, pas question de se marier hors de son milieu. C’est l’habileté du scénario d’insister sur ce racisme qui ne s’assume pas, même si côté blanc, la caricature est lourde et presque sinistre, quand elle est exubérante et drôle chez les Africains de Paris. Une comédie musicale où Laurent, le toubab amoureux, sombre dans la guimauve (et tente un zouk) alors que Safi (Tatiana Rojo, subtile dans ce roman-photo) baigne dans le coupé-décalé et le zouglou les plus débridés.
 
O KA, NOTRE MAISON 
 
« O KA », en soninké, c’est « notre maison », celle de la famille Cissé où le réalisateur malien est né, dans le quartier de Bozola (Bamako). Sur son seuil, ses quatre soeurs, expulsées à la demande des Diakité, à qui la justice corrompue a reconnu la validité d’un faux titre de propriété…
 
Le Mali d’aujourd’hui n’a décidément plus rien à voir avec celui de la tradition et de la tolérance, nous dit le grand cinéaste, en partant de ce contentieux qui l’a touché de près.

Deux ans après sa présentation au Festival de Cannes, le film n’a rien perdu de son acuité, en mêlant enquête, archives et fiction. Depuis, la cour suprême du Mali a rendu justice à la famille Cissé, confirmant l’espoir qui transparaît malgré tout.

 
GABRIEL ET LA MONTAGNE
 
Gabriel, étudiant brésilien parti faire le tour du monde, boucle son périple au Kenya et veut faire une incursion au Malawi pour gravir une montagne sacrée, malgré les mises en garde des locaux… Cette histoire vraie qui finit mal, comme on l’apprend dès le début, est une fiction qui a des allures de documentaire : le réalisateur, ami d’enfance du jeune homme, a tourné sur les lieux mêmes en faisant rejouer aux témoins les scènes vécues avec Gabriel. Le personnage force l’empathie, refusant de se comporter en touriste, vivant chez les habitants, apprenant leur langue, etc. Le résultat est troublant et lumineux, et aborde frontalement le comportement des Occidentaux qui, voulant bien faire, ne voient pas forcément leur arrogance…
 
 

 

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