avril 2017

Quelque chose de rassurant

Par Zyad LIMAM
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Les images sont d’une violence insoutenable. Des enfants qui meurent de soif et de faim. Le spectre de la famine s’abat sur l’Afrique de l’Est. En 2017. La sécheresse joue son rôle. Mais les guerres qui ravagent le Soudan du Sud participent à ce désastre. Les États de la région, les institutions sont incapables de proposer un début de solution concrète.
 
En France, on célèbre une autre Afrique. Paris se retrouve à l’épicentre de la création artistique continentale. « Afriques capitales » au parc de la Villette, expositions à la fondation Louis Vuitton, mise en scène dans un célèbre grand magasin, invitation d’honneur (qui ne va pas sans polémiques) au festival d’Avignon… Les couvertures de magazines célèbrent le dynamisme du continent, sa créativité. De la Ville lumière à Londres, en passant par New York ou Berlin, on peut même évoquer une forme d’« afromania » rafraîchissante et encourageante.
 
Ce qui nous laisse perplexe sur l’état réel de notre continent. Si l’on regarde la situation politique, économique, sociale, le tableau peut se montrer déprimant. La croissance est trop faible et mal répartie, les problèmes de gouvernance sont si profonds que la pauvreté ne recule pas, au contraire. La croissance profite à quelques élites urbanisées (qui avaient déjà beaucoup). La plupart des grands pays sont en crise ou en stagnation : Nigeria, Afrique du Sud, Égypte, Algérie… L’Éthiopie part de très loin et reste menacée par des conflits ethnico-régionalistes. La République démocratique du Congo offre le visage d’un « État » au bord de la guerre civile permanente.
 
Autre point : la question sécuritaire et le terrorisme, qui soulignent la fragilité des structures de défenses institutionnelles. Sur le plan des infrastructures, l’Afrique reste « un continent dans le noir » : 600 millions d’Africains vivent sans électricité et la plupart des autres n’y ont accès que par intermittence. Comment construire une stratégie économique sans énergie ? Poussés par la démographie, des dizaines de dizaines de millions de jeunes Africains n’ont aucune chance ou presque de trouver un emploi dans le secteur formel. On pourrait évidemment évoquer la santé. Ou bien l’éducation. On pourrait céder à l’afro-pessimisme. Et pourtant, en voyageant, en écoutant, il y a quelque chose de rassurant, qui relève de l’énergie positive.
 
Une manière encore confuse mais vivace de dire non à la résignation. Partout, des entrepreneurs émergent. Ils cherchent à sortir des sentiers battus. Le boom de la scène artistique est un marqueur fort de cette nouvelle vivacité. Tout comme l’émergence du nord au sud de sociétés civiles actives, qui interpellent les pouvoirs et les institutions, dopées par les technologies et les réseaux sociaux. Je peux paraître naïf, mais il y a quelque chose qui bouge dans cette Afrique aux problèmes immenses. Quelque chose qui a trait à l’innovation, à l’imagination, à l’ambition, à l’inclusion, aux nouvelles solidarités, qui part du bas et remonte vers le haut, vers les vieilles élites, issues d’un monde ancien. Cela peut sembler encore modeste, désordonnée, mais c’est là, et c’est le plus important. 
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