août 2017
Émergence

Rwanda : le miracle et ses limites

Par KROUB Saith
Partage

Le gouvernement met en avant la bonne gouvernance, le climat des affaires et la vitalité d’une économie dopée par l’aide internationale. Mais la réalité, évidemment, est plus complexe. Enquête.

Sur le papier, c’est le paradis des businessmen : « 7 % de croissance en moyenne durant les vingt dernières années, c’est quand même impressionnant ! », s’enthousiasme Alun Thomas, le représentant spécial du Fonds monétaire international (FMI) dans le pays. Sans conteste, vingt-trois ans après la fin du génocide de 1994, la transformation du Rwanda est radicale. L’ombre des immeubles de verre s’étend sur des rues étincelantes de propreté. La sécurité est érigée en priorité numéro un. Disciplinés, les habitants s’affairent, nettoient et travaillent. Le produit intérieur brut (PIB) a été multiplié par cinq en vingt ans, atteignant désormais à près de neuf milliards d’euros. Et son taux de croissance continue d’atteindre des niveaux records, 6,2 % cette année et 6,8 % l’an prochain selon les prévisions du FMI.

« La vitalité de l’économie dépend encore largement de l’aide internationale [environ 35 % du budget, NDLR] mais, au moins, le pays a une vraie vision, il sait faire bon usage de ces fonds », ajoute Alun Thomas. D’ailleurs, les rapports des institutions financières internationales et la presse économique sont unanimes, souvent dithyrambiques, parlant même de « miracle ». L’État confetti, dirigé par Paul Kagame depuis 2000, est ainsi classé par la Banque Mondiale comme le deuxième pays africain où il est le plus facile de faire des affaires après l’île Maurice. Dans l’optique de devenir « business friendly », le Rwanda Development Board (RDB), l’agence étatique en charge du développement économique, a décortiqué les critères de l’institution de Bretton Woods et s’emploie à progresser point par point.

« Il ne m’a fallu que trois heures pour enregistrer mon entreprise, c’était très rapide et efficace, témoigne un entrepreneur préférant conserver l’anonymat. Toutefois, c’est après que les difficultés commencent. » « Le RDB déroule le tapis rouge aux investisseurs mais le Rwanda Revenue Authority [le fisc, NDLR] ne tiendra pas forcément le même discours », confirme Alun Thomas. « Le régime de taxation est parfois imprévisible », reconnaît également un diplomate européen en poste dans la capitale rwandaise.

HARO SUR LA CORRUPTION

Reste qu’en termes de gouvernance, de l’avis de tous, le pays est le « bon élève » du continent. Car, pour cocher une case supplémentaire, la lutte contre la corruption a été érigée en priorité nationale. « Au début, les autorités locales m’ont rendu visite, mais je n’ai jamais eu à payer de dessous de table », reprend le chef d’entreprise qui a démarré son activité il y a environ cinq ans. Avec ces réformes, le Rwanda a réussi à se placer sur la carte mondiale des pays attractifs. En 2016, il a attiré un peu plus de 400 millions d’euros d’investissements directs étrangers, principalement dans le secteur manufacturier.

L’entreprise chinoise C&H Garment, spécialisée dans la fabrication de vêtements, s’est installée dans la zone économique spéciale, située à une dizaine de kilomètres du centreville. Le géant argento-brésilien Positivo BGH a construit la première usine d’assemblage d’ordinateurs en Afrique au même endroit. Mais c’est certainement la promesse d’investissement du géant mondial Volkswagen, fin 2016, qui a eu le plus de retentissement. Si le groupe en est toujours à l’étude de marché, il devrait implanter une usine d’assemblage d’une capacité annuelle de 5 000 véhicules utilisant des technologies vertes. Un projet chiffré à environ 30 millions d’euros, selon nos informations.

(...)

RETROUVEZ L'INTÉGRALITÉ DE CET ARTICLE DANS LE DERNIER NUMÉRO D'AMB, EN KIOSQUE ! 

Partage
à lire du même auteur
À lire aussi dans AM BUSINESS
AM BUSINESS Moyen-Orient Iran : le réveil contrarié
AM BUSINESS Économie Les quatre ouvrages du moment à ne pas rater
AM BUSINESS Portrait Pierre Thiam : un chef sénégalais à New York
AM BUSINESS Maroc - groupe BCP Kamal Mokdad : « Nous avons les moyens de nos ambitions »

Suivez-nous