octobre 2016

Sachons chasser les sachets

Par Cédric GOUVERNEUR
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Depuis dix ans, le Rwanda a totalement interdit les sacs plastiques, contribuant. à faire de Kigali la ville la plus propre du continent, selon l’ONU. De plus en plus de pays suivent cet exemple, mais il reste difficile pour les consommateurs et les industriels de se passer de cette matière, étanche, solide et bon marché…

En Afrique de l’Ouest, on les surnomme les « fleurs du Sahel », tant ils sont omniprésents dans le paysage. Solidité et étanchéité – les qualités qui ont depuis un demi-siècle assuré leur succès – s’avèrent d’insurmontables défauts : ils obstruent les canalisations, les caniveaux, les fossés et les rivières. Enterrés, ils provoquent le ruissellement des eaux, favorisent les inondations, empêchent la recharge des nappes phréatiques et entraînent une baisse de la productivité agricole. Pire : le bétail les ingère par mégarde, et ils seraient responsables d’un tiers des décès du cheptel en Afrique de l’Ouest…

Après avoir pollué terres et rivières, ces sacs achèvent leur parcours dans les océans. La fondation Ellen MacArthur (créée par une navigatrice anglaise exaspérée de les voir dériver au large), estime dans un rapport fait aux Nations unies qu’à chaque minute, l’équivalent d’un camion de plastique se déverse dans les mers du globe, soit 8 millions de tonnes par an. Cent cinquante millions de tonnes de plastique polluent déjà les océans. Vision apocalyptique : à ce rythme, compte tenu de la fragilité des ressources halieutiques, les mers pourraient, dès 2050, contenir davantage de plastique que de poissons !

À l’origine de cette pollution, l’insuffisance du recyclage, qui ne concerne globalement que 5 % des sacs… Au Mali, sur les 46 tonnes de déchets plastiques produits chaque jour, seules 3,5 tonnes sont revalorisées. Partout sur le continent, on cherche des solutions pour trouver une seconde vie au plastique. Au Cameroun, au Togo, des associations ramassent les sacs, qui sont broyés, passés au four et transformés en pavés de construction. Au Burkina Faso, les autorités organisent régulièrement des concours de collecte, récompensant la commune la plus méritante. Des initiatives sympathiques, mais insuffisantes vu l’ampleur du péril.

Au Rwanda, les autorités ont, dès 2006, opté pour une mesure radicale : l’interdiction absolue de tous les sacs plastiques, quels qu’ils soient. À leur arrivée à l’aéroport de Kigali, passagers et bagages sont fouillés : les sachets sont confisqués et remplacés par des sacs en feuilles de bananier. Partout au pays des mille collines, des associations de tresseuses confectionnent des sacs en feuilles ou en écorce, ainsi que des paniers en osier. En quelques années, le plastique a ainsi disparu du paysage. En 2013, la Première ministre sénégalaise, Aminata Touré était revenue époustouflée d’une visite officielle en constatant que pas un seul sac plastique ne traînait dans les rues ou les arbres. Kigali est devenue, et de loin, la ville la plus propre du continent.

Certains consommateurs rwandais ne sont cependant guère satisfaits : les sacs en matières végétales s’avèrent cinq fois plus chers, moins étanches et moins résistants . Un sac plastique coûte 100 francs rwandais (0,2 dollar) et dure en moyenne deux mois ; un sac végétal, 500 francs rwandais (1 dollar) et s’use au bout d’un mois…

Les entreprises rwandaises sont également impactées par cette interdiction : « Emballer des produits alimentaires dans du carton recyclé pose problème, explique un observateur. Le carton est plus fragile que le plastique. Et des encres imprimées sur le carton lors de sa première vie peuvent migrer et polluer les denrées emballées. » Résultat, un surcroît d’investissement pour les entreprises, ce qui rend moins compétitif le Rwanda, grand exportateur de café et de thé.

Gare cependant aux contrevenants : ils s’exposent à une amende de 100 000 à 500 000 francs rwandais (200 à 1 000 dollars) ! Et ces sanctions sont appliquées, pour le meilleur et pour le pire… L’organisation de défense des droits de l’Homme, Human Rights Watch (HRW) dénonce la « détention arbitraire » de Rwandais arrêtés avec des sacs plastiques, et incapables de payer ces amendes faramineuses. Autre souci : un véritable trafic de sachets s’est instauré avec les pays voisins. Des contrebandiers franchissent la frontière congolaise avec des centaines de sacs dissimulés sous leurs vêtements. Malgré ses limites, l’exemple rwandais pourrait se généraliser sur tout le continent, tant est dramatique la pollution provoquée par le plastique. Près d’un tiers des État africains ont commencé par interdire les sacs les plus minces (50 microns d’épaisseur) : l’Afrique du Sud, la Tanzanie, le Gabon, la Somalie, le Botswana, le Tchad, le Maroc, le Cameroun, le Mali, la Mauritanie, le Togo, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, la Guinée, le Niger… et tout dernièrement, en avril 2015, le Sénégal. L’Afrique a, sur cette question du plastique, une longueur d’avance : la France n’a interdit les sacs fins qu’en juillet dernier… Reste cependant à faire respecter ces interdictions et à proposer des alternatives au plastique dont le surcoût ne pénalise ni les consommateurs, ni les entreprises.

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