juillet 2017
Qatar

Tamim Ben Hamad Al Thani, l’épreuve de force

Par Julien WAGNER
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Jeune, riche, sportif, il tente de maintenir les équilibres et de faire face à la véritable crise existentielle qui menace le pouvoir de sa famille.

Troisième chef d’État le plus jeune au monde (37 ans) et quinzième le plus riche (2,5 milliards de dollars), Tamim Ben Hamad Al  hani est le point de départ de la crise politique en cours dans le Golfe. Ce sont ses «  supposées  » déclarations favorables à l’égard de l’Iran et des Frères musulmans début juin (qu’il dément) qui ont mis le feu aux poudres. Depuis lors, celui qui a succédé à son père, Hamad Ben Khalifa Al Thani, en 2013, a plutôt étonné par son sang-froid. Aucune mesure de représailles diplomatiques n’a par exemple été prise par l’émirat à l’encontre des pays (africains, notamment) qui ont soutenu Riyad. Décrit par ses interlocuteurs comme un homme « chaleureux » et « affable », Tamim, qui a trois épouses et neuf enfants, est surtout présenté comme étant de caractère plus conservateur que son père, soucieux aussi d’accentuer la « qatarisation » de l’économie.

L’émir, formé comme ce dernier à l’Académie royale de Sandhurst (Royaume-Uni), l’école des élèves-officiers de la British Army, a eu le temps de se préparer à l’exercice du pouvoir. Avant même son accession, il conduit les discussions avec l’Arabie saoudite au sujet de litiges frontaliers et est chargé du suivi des contrats d’armement avec les États-Unis et la France. Dès 2003 en fait, à la faveur d’une modification de l’ordre de succession, il est consacré héritier. Pourtant, il était loin d’y être destiné : il n’est en effet que le deuxième fils de la deuxième épouse de Hamad Ben Khalifa, Cheikha Mozah Nasser Al Missned. Il va en fait bénéficier de la perte d’influence de ses trois grands frères Mishal (héritier désigné de 1995 à 1996), Fahd puis Jassim (héritier désigné de 1996 à 2003). Il s’agit surtout de la première passation « normale » de pouvoir dans la jeune histoire du pays.

Son père avait fait montre de plus d’« audace » pour accéder au trône. En 1995, à la faveur d’un coup d’État, Hamad Ben Khalifa avait confisqué le pouvoir alors que son propre père était en déplacement en Suisse. Avec Hamad, l’État « tête d’épingle » va se transformer en premier exportateur de gaz liquéfié au monde. C’est aussi lui qui établit une nouvelle stratégie de rayonnement à l’international au travers d’investissements massifs dans les médias (Al Jazeera), le tourisme ou le sport. C’est lui encore qui décide de soutenir les Frères musulmans ou apparentés, le Hamas à Gaza, en Tunisie (par son soutien à Ennahdha), en Égypte à l’époque du régime des Frères musulmans et du président Morsi.  Tout en se ménageant des alliances en Occident avec les États-Unis, la France ou le Royaume-Uni. Et c’est encore lui qui signe en 2010 des accords de sécurité et de défense avec Téhéran, honni par l’Arabie saoudite. Une stratégie d’équilibriste, sur le fil, que son fils tente de maintenir.

En Afrique, Doha s’est jusqu’ici surtout concentré sur le Maghreb où l’émirat a investi dans l’énergie et le tourisme. Mais il s’est aussi impliqué directement sur le continent, comme médiateur de crises, entre le Soudan et le Tchad ou entre Djibouti et l’Érythrée. Malgré l’ouverture régulière de nouvelles ambassades africaines à Doha, le Qatar reste une puissance relativement discrète en Afrique subsaharienne. On lui reproche même d’y « promettre beaucoup mais de donner peu ».

Le prince s’est d’abord et avant tout fait connaître à travers sa passion pour le sport. Il est ainsi le grand artisan de la sulfureuse obtention par son pays de la Coupe du monde de football 2022 (après l’échec d’une tentative pour organiser les JO de 2020). Joueur de tennis confirmé, il a occupé les fonctions de membre du Comité international olympique (CIO). Le 6 mars 2012, à travers Qatar Investment Authority, il devient aussi l’unique actionnaire du club de football Paris Saint-Germain. Malgré ses nouvelles fonctions, aujourd’hui encore, à Paris, le Parc des Princes ne cesse de bruisser des humeurs du monarque envers « son PSG ».  Pas plus tard que l’an dernier, furieux que son équipe ait été éliminée en quart de finale de Ligue des champions par Manchester City (propriété de fonds émiratis), c’est lui qui décide de congédier l’entraîneur, Laurent Blanc, deux mois seulement après que celui-ci ait renouvelé son contrat. Une décision à 20 millions d’euros.

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