février 2018
Dossier

TOGO : SORTIES DE CRISE

Par Emmanuelle Pontié/Nataka Noun
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Avec un taux de croissance de 5 %, et l’essor des secteurs de l’énergie, des technologies ou de l’agriculture, le pays peut envisager des lendemains meilleurs. À condition que citoyenneté et dialogue démocratique soient au rendez-vous.

Dékon. Quartier des affaires situé en plein milieu du boulevard circulaire, pas loin du grand marché de Lomé. Ici, comme toujours, divers commerces et une circulation dense s’entremêlent. Mais l’environnement a évolué. De nombreux immeubles ont remplacé les vieilles bâtisses au bord de l’artère principale. Ici, plus qu’à l’accoutumée, c’est la course aux petites affaires : vente et réparation de téléphones portables, fourniture d’appareils électroménagers, motos, prêt-à-porter, restaurants, etc. Tout ce remue-ménage, c’est le quotidien de Joël, gérant d’une boutique de gadgets électroniques. Sourire aux lèvres, il déclare fièrement : « J’ai ouvert mon affaire depuis plusieurs années. D’ici, je suis un témoin privilégié de tout ce qui se passe à Lomé, de l’avancée du business aux différentes crises politiques. En passant bien sûr par les travaux et les embellissements qui ont été réalisés en ville. » 
En effet, la capitale togolaise changé de visage depuis près d’une décennie. Des immeubles neufs sont sortis de terre un peu partout. En périphérie, un quartier administratif est en cours de construction autour de la nouvelle présidence. Les différentes artères ont été restaurées. La banque panafricaine Ecobank a construit son imposant siège, Bolloré un troisième quai visible de loin, et de nombreux groupes internationaux ont élu domicile à Lomé, qui s’est construit peu à peu une image accueillante pour les grandes sociétés désireuses de rayonner en Afrique de l’Ouest.
Ces cinq dernières années, et sur de nombreux plans, le Togo a enregistré des progrès notables et affiche des indices plutôt bons. Notamment avec un taux de croissance supérieur à 5 %, projeté en hausse de 0,3 pour 2018. Ou encore en obtenant la deuxième place parmi les meilleurs pays réformateurs selon l’indice 2017 sur la bonne gouvernance en Afrique de la Fondation Mo Ibrahim, qui souligne même des « bonds remarquables ».
 
Énergie et nouvelles technologies
L’ambition du pays, fort de 7 millions d’âmes et encore classé à la 162e place pour l’indice de développement humain, est claire : s’offrir une place de hub sous-régional. Avec une belle ouverture sur l’océan et des infrastructures de qualité. En 2017, la capitale a accueilli le 16e forum de l’AGOA (Africa Growth and Opportunity Act), deux rencontres de l’UEMOA, une réunion de la Cédéao, etc. Une politique active de grands travaux a été menée, avec la réalisation du nouvel aéroport Gnassingbé- Eyadéma, la restauration du port autonome de Lomé, poumon économique du pays, ou la construction du nouveau port de pêche attenant, qui devrait être livré dans à peine un an. Le réseau routier a été renforcé. D’autres secteurs bougent, de l’énergie aux nouvelles technologies. Le Togo vient par exemple de signer avec l’AFD (Agence française de développement), l’Union européenne et la banque allemande de développement KFW un prêt de 37,9 milliards de francs CFA qui permettra au pays d’étendre le réseau électrique dans les environs de Lomé et réhabiliter 911 kilomètres de pistes rurales dans les régions cotonnières, ou productrices de café/cacao. Les universités et les centres hospitaliers du pays se sont vu doter d’Internet haut débit accessible gratuitement pour les étudiants et le personnel médical. En parallèle, en avril 2017, 250 kilomètres de fibre optique ont permis le raccordement à l’Internet haut débit de 560 bâtiments (543 à Lomé et 17 à Kara) pour constituer le nouveau e-gouvernement, qui marque le début d’une administration modernisée, capable de délivrer des services améliorés aux citoyens. La liste est longue en matière de dons, prêts, projets, dans une kyrielle de domaines. Et des gens comme Joël, depuis Dékon, sont comptables d’avancées palpables. Pourtant, comme souvent, les retombées des bons indices macroéconomiques peinent à rejaillir sur le panier de la ménagère, malgré les efforts du gouvernement pour l’amélioration des conditions de vie des populations. Le chômage, l’accès aux soins, à l’électricité ou à l’eau potable pour tous sont autant de questions non résolues et de défis majeurs que doit encore relever le locataire de la nouvelle présidence. Il le sait, connaît l’urgence et a notamment lancé le Programme d’appui aux populations vulnérables (PAPV) en 2015, puis rendu opérationnel en juillet 2016, le Programme d’urgence de développement communautaire (PUDC). Le gouvernement promet rapidement des retombées positives des batteries de mesures qu’ils contiennent, dès cette année qui commence. Faure Gnassingbé, pour sa part, a par exemple assuré aux deux millions d’élèves togolais début janvier qu’ils bénéficieraient d’une couverture maladie dès cette même année 2018.
Pour les nouveaux arrivants sur le marché de l’emploi, plusieurs projets, comme le Fonds d’appui aux initiatives et à l’entrepreneuriat jeune (FAIEJ), le Programme d’appui au développement à la base (PRADEB), et l’Agence nationale du volontariat au Togo (ANVT), ont vu le jour. Objectif du gouvernement : promouvoir l’autoemploi et détourner la jeunesse togolaise de sa vocation naturelle pour la fonction publique. Par ailleurs, 20 % des marchés publics pourraient dorénavant être réservés en priorité aux jeunes entrepreneurs et aux femmes. Une initiative originale, qui, si elle se concrétise, pourrait être plutôt bien accueillie par l’opinion.
Dans l’entourage du chef de l’État, on sait que l’année 2018 sera déterminante. Car côté pouvoir, on a urgemment besoin de mettre en avant un bilan. Économique, social. Politique aussi. En particulier depuis août 2017 et les mois qui ont suivi, où le pays a été secoué par la montée de violentes tensions. Une série de manifestations hostiles au pouvoir ont eu lieu à Lomé. Elles ont occupé le paysage médiatique et enflammé les réseaux sociaux à l’étranger, où la diaspora, qui n’est toujours pas autorisée à voter, est particulièrement réactive. Le bras de fer qui se joue porte sur le changement ou non de la Constitution et la date de départ du président Faure Gnassingbé, élu le 24 avril 2005, qui devrait terminer son 3e quinquennat en 2020. L’opposition, avec en tête le Parti national panafricain (PNP) de Tikpi Atchadam, demande le départ immédiat du chef de l’État, qui a succédé aux trente-huit ans de pouvoir de son père le général Gnassingbé Eyadéma au Palais présidentiel de Lomé II. Le président Faure Gnassingbé, pour sa part, souhaite modifier la Constitution et notamment limiter à deux le nombre de mandats présidentiels à partir de 2020, en instaurant désormais un mode de scrutin à deux tours. Une manière, selon certains, de remettre les compteurs à zéro. Les slogans de l’opposition sont plus ou moins cristallisés sur un seul sujet : le maintien au pouvoir d’une même famille durant plus de 50 ans. Les réformes institutionnelles et constitutionnelles, selon le discours de présentation des voeux du chef de l’État le 3 janvier dernier, seront soumises à référendum en 2018. Vers le mois d’avril selon des sources concordantes. Suivra l’organisation des élections législatives et locales.
 
Le dialogue, à privilégier
En ce mois de février, à Lomé, comme dans l’ensemble du pays, on est suspendu aux évolutions prochaines du contexte politique, qui pourrait impacter les efforts de développement et d’apaisement, indispensables au maintien de la croissance économique et à la confiance des investisseurs. Le président togolais a donné, pour sa part, des signaux positifs pour une sortie de crise politique, en prononçant ces mots lors de son dernier discours : « Le dialogue doit rester la voie privilégiée de résolution des désaccords entre les acteurs politiques. » Un dialogue dont il reste encore à définir le cadre, mais qui représentera, certainement, de Lomé à Kara, un gage de stabilité propice à la poursuite du développement du Togo.
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