janvier 2018

TUNISIE : DES VOIES AUX MULTIPLES IMPASSES

Par Frida DAHMANI
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Reportées par quatre fois depuis 2015, les élections municipales devraient se tenir, peut-être, le 25 mars 2018. Ou un peu plus tard… Quant aux régionales, elles ont été reportées aux calendes grecques. Deux scrutins pourtant essentiels pour clore le processus de transition politique entamé depuis l’adoption de la nouvelle Constitution en janvier 2014. D’autant que la décentralisation est l’un des axes clés pour le développement inscrit dans la Loi fondamentale. Avec un volet participatif et de larges manoeuvres de décision, elle devrait accentuer le désenclavement et l’autonomie des régions. Sur le papier, le projet est formidable. Dans les faits, il semble que les pouvoirs centraux renâclent à céder des prérogatives et ne plus être maîtres des décisions. Premiers responsables, les partis politiques. Faute de majorité parlementaire, la bipolarisation ébauchée en 2014 entre les islamistes d’Ennahdha et les « séculiers » Nidaa Tounes (respectivement 69 et 67 sièges sur 217 à l’Assemblée), tourne au compromis permanent. L’union nationale revendiquée par le président Béji Caïd Essebsi et le leader islamiste Rached Ghannouchi freine les réformes, y compris celle concernant les modes de scrutin. En face, personne, ou presque. L’opposition et les partis historiques (Ettakatol, Al Joumhouri, Al Massar) ont été laminés par le scrutin des législatives de 2014, et les nouveaux partis qui se sont créés (Machrou3 Tounes, Al Badil, Beni Watani) sont trop récents pour faire le poids. Si tous sont focalisés sur les élections législatives et présidentielle de 2019, aucun n’est prêt, hormis Ennahdha. À cette laborieuse recomposition politique s’ajoute à la défiance grandissante des électeurs ; pour les municipales, l’abstention attendue serait de 70 %. Sept ans après la révolution de 2011, la Tunisie se cherche toujours un projet, une vision.
Dix gouvernements, quinze lois de finances… Les chiffres soulignent les difficultés politiques et économiques. Avec l’incapacité à équilibrer les finances publiques et la spirale de l’endettement, tout pousse la Tunisie vers la tempête financière. Pour 2018, il lui faut ainsi trouver 13 milliards de dinars (environ 4,5 milliards d’euros) pour boucler le budget de l’État et régler près de 8 milliards de dinars au titre du service de la dette ; d’autant qu’en 2017, le Trésor n’a soldé que 5 des 7 milliards dus sur l’année. Depuis 2011, le pays a largement emprunté sur le marché international au point que sa dette extérieure atteint en 2017 les 43 milliards de dollars pour un endettement global de 63 milliards de dollars. Un montant qui a triplé depuis 2010… Dans ce contexte, il sera difficile de rééchelonner la dette et d’avoir recours à des levées de fonds sur le marché extérieur sans véritables réformes profondes, demandées avec insistance par les bailleurs de fonds. La situation du pays est rendue délicate par les notes négatives des agences de notation et par son apparition sur la liste des paradis fiscaux publiée par l’Union européenne en décembre 2017. Une situation d’autant plus préoccupante que la plus grande partie des prêts a servi à financer la consommation et l’explosion du poids de la masse salariale du secteur public. Résultat, la loi de finances 2018 prévoit une importante pression fiscale, mais ces recettes serviront à faire face aux dépenses courantes et à éponger la dette et ne seront que faiblement dédiées à l’investissement. L’État étant le premier donneur d’ordres du pays, cette configuration ne permettra pas à la Tunisie de renouer avec la croissance et d’envisager sa relance. Seule certitude, la dette impactera durement les générations futures.
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